R̶o̶a̶d̶ Bad-Trip USA (WEST COAST)- PARTIE 2

Suite de la partie 1.

Arizona : Gober les mouches.

L’Arizona est un long désert que l’on traverse les yeux grand équarquillés. Du Nord au Sud et d’Ouest en Est, les paysages défilent fiers et majestueux, exactement comme dans un concours de miss sauf qu’ici, ils sont tous gagnants. C’est bien simple, une fois que vous aurez parcouru l’Arizona, je vous mets au défi de me citer votre Parc National favoris. Ne comptez donc pas sur moi pour vous révéler mon top 5, je n’en ai pas, d’autant plus que nous n’avons visité que deux parcs dans cet Etat: le Grand Canyon et Monument Valley, c’était déjà suffisamment d’émotions.

J’aurai bien aimé faire un tour au célèbre Antelope Canyon, mais je fus vite dissuadée par la masse effrayante de touristes retraités en baggy et par l’accueil hyper hostile des gens du coin à la billeterie. (Oui je suis une touriste susceptible, si on m’agresse, je préfère aller voir ailleurs, surtout pour le prix que c’était, comptez 60 dollars minimum par personne,et non, le parc n’est pas inclus dans le Pass America the Beautiful.)

Un mal pour un bien, puisque cet apres-midi de libre nous a permis d’avoir le temps de visiter la zone autour de Monument Valley, qui n’est autre que le territoire des Navajos. 

Depuis notre arrivée au Canada, nous avons traversé moultes réserves amérindiennes et la plupart du temps nous repartions toujours un peu sonnés de voir l’état de décrépitude de ces endroits et l’errance malheureuse de ses habitants. Une situation très flagrante en Ontario et au Manitoba caractérisée par une misère évidente, beaucoup d’alcoolisme et de drogues dures en tout genre, de la prostitution (souvent infantile), bref, l’autre visage du rêve américain, celui de ceux qui ont tout perdu. 

Je n’avais pas grand espoir à ce que les Etats-Unis disposent de réserves amerindiennes avec de meilleures conditions qu’au Canada, pourtant après plus de 10 000 kilomètres, je pense être en mesure de dire que non, vraiment il y a un problème encore bien plus important au Canada à ce niveau là.

Nous nous sommes arrêtés pendant un temps dans un village Navajo (enfin il n y avait que 10 maisons, est-ce toujours un village ?!) d’artisans, avec qui nous sommes restés une partie de l’apres-midi, loin des touristes pressés par le temps. On y a découvert une vie solitaire et à la fois ultra communautaire, loin de tout (la grande ville la plus proche était à 6h de route) et en plein désert aride. Un style de vie qui m’a sur le coup paru si improbable et pourtant si enviable en même temps. Cette escapade hors du temps était incroyable. 

Nous avons quitté l’Arizona, toujours la bouche grande ouverte, sans compter combien de mouches nous avons pu gober.

Nouveau-Mexique: Des piments et des hommes.

Arrivés au Nouveau-Mexique, le dépaysement est à nouveau total.

Nous nous arrêtons le temps d’une nuit, sur la mythique route 66 pour dormir dans un ancien ranch hotel frequenté par les plus grandes stars de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, ainsi que de quelques anciens présidents (rien que ça). L’endroit est fabuleux . 

Le lendemain après une visite express de la maison de Walter White (oui oui celui-là même de Breaking Bad) à Albuquerque, nous filons droit sur Santa Fé, qui sera pour tous les deux notre coup de coeur de ce road-trip ouest Américain. Afin de vous éviter une liste de superlatifs insupportables, je vous dirais juste une chose: si vous aimez l’art, si vous aimez manger, si vous aimez l’histoire, si vous aimez la musique, si vous aimez l’alcool, si vous aimez danser, si vous aimez la nature: ALLEZ À SANTA FE.

(N’hésitez pas à jeter un œil sur mon prochain article pour avoir des idées d’endroits absolument géniaux à visiter dans cette ville.)

Le Nouveau-Mexique m’a mis dans tous mes états. Je ne voulais plus partir. Ce n’est qu’un mois après être rentrée de notre voyage que je réalise que tout n’était pas parfait. L’hotel où nous séjournions m’a volé une grande somme d’argent en utilisant ma carte de débit pour plus de 200 dollars au bar de l’hôtel, un mois après notre départ. Faites donc très attention pendant vos voyages, la duplication des cartes de débit est monnaie très courante dans les lieux touristiques !

Colorado: country & marijuana

Ma peine post Nouveau-Mexique s’est vite dissipée avec la découverte du Colorado. Un État vraiment particulier dont j’ai encore du mal à me faire une opinion. Colorado Springs et Denver sont deux villes charmantes avec un problème assez inquiétant de personnes sans abris en errance constante, de jour comme de nuit. Vous me direz rien de bien choquant quand on vit à Vancouver ou à San Francisco, de mon côté je ne m’y  »habituerai » jamais.

Dans le Colorado, la marijuana est légale. Rien de bien fifou encore une fois pour celui qui vit au Canada ou en Californie. La marijuana est légale récréativement, ce qui autorise tout un bussiness ingénieux autour de produits dérivés tels que les truffes à la marijuana ou encore les diffuseurs d’huile essentielle. Chaque vente est une bonne action, puisqu’une partie de l’argent prélevé par l’État à travers ses taxes et reversée dans le système éducatif.

Apres avoir fait notre bonne action du voyage, nous voilà partis pour l’Ouest du Colorado, un voyage qui nous fera passer par les célèbres montagnes d’Aspen, une TRES TRES luxueuse station de ski aux Etats-Unis, pour séjourner pendant un temps à quelques kilomètres de Grand Junction. 

Ici encore le decor est à couper le souffle. 

Le ranch où nous sejournons est un pur chef d’œuvre, bâtit de la main de ses propriétaires. Nous passons une nuit incroyable au rythme de la country, accompagnés de plusieurs chiens adorables et discutant de tous les trophées de chasse de nos propriétaires. Voilà l’Amérique, comme on l’a toujours imaginée.

Utah: des chevaux et des Mormons

Toujours aussi enthousiastes de franchir de nouveaux Etats. L’Utah vient bousculer le classement de mes États favoris, pour se retrouver dans le top 3 en moins d une heure. 

Notre traversée à cheval y est sans nulle doute pour beaucoup. Étonnamment, nous n’avons aucun accident à déclarer. Nos chevaux étaient géniaux du début à la fin, et notre traversée de Bryce Canyon restera un de mes meilleurs souvenirs de vacances à tout jamais. 

Vous entendrez beaucoup de mal sur l’Utah: rien que du bien sur ses paysages, mais beaucoup de prejugés sur ses habitants. J’ai été très choquée de voir que nombreux étaient les blogs qui, sans aucune impunité, dénigraient assez méchamment Salt Lake City pour n’être qu’une ville remplie par ces bigots de Mormons. Aaah la religion… C’est sûr, ca ne plait pas à tout le monde, mais quand même, vous verrez rarement ces mêmes blogeurs dénigrer les religions qu’ils rencontreront lors de leur voyage en backpack en Asie du Sud Est. Alors pourquoi tant d’étroitesse d’esprit dans ce contexte là ?! Personnellement, je trouve qu’il n’y a rien de plus beau aux Etats-Unis, que son patchwork infini de communautés en tout genre; et c’est ce qui pour moi, à fait de l’Utah, mais aussi de l’Idaho, des endroits vraiment intéressants à visiter.

Salt Lake City est (après Santa Fé) la ville la plus agréable que nous ayons visité durant ce voyage. Ses habitants y sont détendus et avenants. Elle abrite de beaux bijoux d’architecture et une histoire que nous n’avons malheureusement pas eu suffisamment le temps de découvrir. Si Salt Lake City se trouve un jour sur votre chemin, je vous conseille de vous y arrêter, et de prendre le temps d’aller faire un tour à Temple Square, le quartier général des Mormons. Vous en apprendrez davantage sur une religion qui en un peu moins de 200 ans, à réussi à fidéliser plus de 16 millions de personnes à travers le monde. Plutôt intriguant non ?!

Idaho: des patates et des vaches suicidaires

Nous n’avons pas vu grand chose de l’Idaho.

Non c’est un mensonge… l’Idaho est sans doute l’État de ce voyage que nous avons le plus parcouru dans ses zones reculées et où nous avons rencontré le plus de personnes en un minimum de temps.

C’est d’ailleurs bien simple, il est fort probable que si ses habitants n’avaient pas été aussi bons, nous serions sans doute toujours bloqués en Idaho.

Pour resituer l’histoire (je sais que certains n’ont pas suivi au dernier rang!): alors que notre nuit en Idaho devait être la derniere avant de rentrer à Vancouver, j’ai recu un message de derniere minute de l’hôte chez qui nous devions sejourner. Il annulait tout simplement notre séjour sans en exprimer la raison. Chose fâcheuse, puisque nous étions en Idaho et que pour trouver un hébergement dans cet État remplis de prairies, rien n’était plus compliqué. Fort heureusement, la plateforme de réservation m’est venue en aide, et m’a trouvé un logement de dernière minute… Problème, il n’était pas du tout sur notre route du retour et nous imposait un détour de plus de 400 kilomètres. Apres inspection des points d’intérêts alentours, je me rendis compte que cela nous ferait passer à coté d’un parc national plutôt cool, portant le doux nom de Cratère de la Lune. Il ne m’en fallu pas plus pour accepter ce nouveau logement, tanpis pour le détour, tanpis pour la fatigue.

Idaho: un Etat surpeuplé.

Seulement voilà, après plus de 5h de conduite en quittant Salt Lake City, la nuit commencait à tomber, nous nous enfoncions sur une route un brin inquiétante, isolée de tout, bordée de champs sur plus d’une centaine de kilomètres et sans âme qui vive. C’est bien simple, au moment où tout à basculé, mon copain et moi étions justement entrain de nous dire que ce serait bien la pire route imaginable pour tomber en panne. La ville la plus proche était à 300 kilometres. 

C’est bien évidemment à ce moment précis qu’une vache à decider de traverser la route à la sortie d’un virage avec un bel angle mort. Impossible de l’éviter. 10 secondes plus tard, nous faisions face à une vache de plus d’une demi tonne morte sur le coup et de notre voiture morte sur le coup elle-aussi. 

Comme si la situation n’était pas suffisamment angoissante à ce moment là, je decouvrais quelques minutes plus tard, que nous n avions pas de reseau à cet endroit, qu’il etait impossible d’appeler les secours, qu’il n’y avait aucune lumière alentour en dehors des warning de ma voiture et que la température extérieure était négative. Il ne nous restait plus qu’à prier pour qu’une voiture passe et veuille bien s’arrêter pour nous venir en aide. Quelques minutes plus tard, une première voiture s’approche, nous sommes obligés de l’arrêter quoi qu’il arrive pour qu’elle ne percute pas la vache qui git de tout son long sur la route à son tour. C’est un couple assez agé qui s’arrête. Ils sont terrifiés de la scène qu’ils ont sous les yeux et essayent immediatement de joindre les secours. Eux aussi n’ont pas de réseau, et là, la seule chose qui nous sauve à ce moment est qu’ils possèdent une voiture du futur équipée d’un écran de bord, capable de nous geolocaliser et d’appeller les urgences. Au bout du fil, on me demande si nous perdons du sang, réponse négative. La reponse est sans appel, si nous n’avons aucune blessure majeure, personne ne nous viendra en aide à plus de 300 km de la ville principale du coin. Nous insistons pour qu’ils viennent au moins nous aider pour enlever la vache de la route. Ils nous mettent en connexion avec le sheriff le plus proche, il est en fonction dans une usine nucleaire à 150 bornes de là. En attendant son arrivée, d’autres voitures s’arrêtent. Deux chasseurs nous aident à tirer la vache hors de la route, un moment pas franchement facile. Les gens qui nous sont venus en aide, repartent tour à tour, nous laissant seuls dans la nuit noire à l’exception d’un couple de jeunes mariés de 21 ans à peine, nos sauveurs. Ils attendent avec nous, plus de deux heures dans le froid l’arrivée du sheriff, traumatisés à l’idée de savoir que s’ils étaient passés sur cette route avant nous, avec leur petite décapotable, leur survie à un tel accident aurait été peu probable. Avant l’arrivée du sheriff, nous avons la visite surprise du fermier venant demander de l’argent pour sa vache. (Un épisode bien malaisant dont je vous passerai les details.) Nous avons eu une chance incroyable de tomber sur un sheriff d’une gentillesse rare. Voyant que nous étions étrangers, il s’est occupé de tout prendre en charge pour nous. Notre voiture a été récupérée par une dépanneuse le soir même. Nos deux sauveurs nous ont amenés chez notre hôte, à plus de 2h de route de là, et dès le lendemain nous ont amenés dans la ville la plus proche (à 300km donc) pour que nous puissions louer une voiture et rentrer chez nous.

Ce soir là, quand nous sommes rentrés chez notre hôte, une autre surprise nous attendait. La plateforme d’hébergement avait oublié de me preciser que la cabane où nous dormions n’avait ni chauffage ni électricité et que si notre ancien hôte avait annulé notre nuit dans sa tente, c’est parce qu’une tempete de neige se préparait ce soir là. Cette nuit là, nous avons donc dormi dans une cabane sans lumière, sans chauffage, en plein milieu des bois en regardant la neige tomber, en priant pour ne pas mourir de froid pendant la nuit. C’etait sans aucun doute la pire nuit de notre vie.

Le lendemain, une bonne surprise nous attendait, non je ne parle pas des 25 cm de neige mais de l’hospitalité et de la compréhension de nos hôtes, qui ont littéralement mis leur vie sur pause pour nous aider toute la journee durant dans le dédale administratif que peut causer un accident de voiture pour deux jeunes étrangers.

Après que mon assurance voiture m’ait gentillement dis D’ALLER ME FAIRE FOUTRE, j’ai compris qu’il ne me restait plus qu’à vendre la voiture au plus vite à la casse du coin et continuer notre route. J’étais surtout tracassée à l’idée de perdre mon travail en revenant car sans voiture, comment me rendre de nuit à mon job ?! Je n’avais de toute évidence plus la foi ni les moyens de me racheter une autre voiture, donc il fallait trouver une solution de toute urgence.

Chez nos merveilleux hotes.

Après avoir passé une apres-midi à cuisiner et papoter avec nos hôtes pour transformer cette épreuve traumatisante en une experience positive, nous nous remetions en route pour Idaho Falls.

L’endroit où nous avons eu notre accident.
En route vers Idaho Falls.

La journée suivante, après avoir quitté non sans peine, tous les gens incroyables que nous avions rencontrés ces 24 dernieres heures, nous repartions en direction du Nord à bord d’une jolie petite mini Cooper.

Je ne voulais pas que le dernier jour de notre voyage se passe dans la tristesse et l’inquiétude, alors j’ai décidé que nous irions coûte que coûte voir ce fameux Cratère de la Lune. C’est une decision que je ne regrette absolument pas, cet endroit était MA-gique.

La preuve en image.

Nous nous sommes aussi arrêtés à plusieurs reprises dans des villages abandonnés et pour cause, l’Idaho garde en elle quelques secrets bien enfouis, que je vous partegerai dans mon prochain article.

16h de route plus tard, après avoir fait un crochet par Portland pour récupérer le backpack de mon copain (vous vous souvenez, celui qu’il avait oublié le jour 1 de notre voyage), nous étions de retour à Vancouver. Heureux d’être en vie, notre voiture de location aussi, prêts à reprendre le travail… le jour même.

Pas de repis pour les chats noirs!

A dans une semaine pour le dernier article de la série R̶o̶a̶d̶ Bad-Trip USA.

A Olga, ma plus fidèle amie lors de notre deuxieme année de PVT,
morte en me sauvant la vie <3

2 commentaires pour “R̶o̶a̶d̶ Bad-Trip USA (WEST COAST)- PARTIE 2

  1. Eh ba dis donc!!
    Tellement contente que vous ayez rencontré des gens si gentils en Idaho! Là encore, que d’aventures décidément!! En dépit des malheurs vous avez des bonnes compétences de survie hein !
    Mais les paysages sont effectivement magnifiques 🙂 hâte de lire la suite

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