Quatrième volontariat dans le Manitoba.

Catégories Canada, PVT, Récit, Voyage0 Commentaire

Le récit de ce quatrième volontariat est un peu spécial.

Il y a 5 ans, je savais déjà que je voulais prendre une année à la fin de mes études pour faire quelque chose de totalement différent. Je ne savais pas encore tout à fait où, encore moins quand et certainement pas quoi.

Un PVT au Canada ? C’était très attirant, mais je n’étais pas totalement convaincue.

A force de traîner sur des blogs en tout genre, je suis tombée sur celui de Lætitia(Routes Parallèles) et celui d’Ann (Anolalemag) qui étaient en pleine aventure sur cet immense territoire. Après avoir suivi avec passion ces deux récits de voyage, je n’avais plus de doute.

Le point commun entre ces deux blogs et le lieu même où je me trouve pour écrire cet article: le Falcon Trails Resort. Sans ces deux blogs, je n’aurais jamais entendu parler de cet endroit, et je n’aurai sans doute jamais passé trois mois de ma vie dans le Manitoba. C’est donc grâce à ses auteures que je remercie chaudement, si nous sommes parvenus jusqu’ici…et quelle aventure!

Une des cabines dont nous nous occupions.

Je rêvais donc secrètement de cet endroit pendant plusieurs années, pensant que peut-être, un jour, je pourrais moi aussi y travailler pendant un temps.

Quelques mois avant notre grand départ pour le Canada, j’ai donc tenté ma chance. J’ai envoyé un mail à Barb, la propriétaire du Falcon Trails Resort en lui expliquant toutes les raisons de ma motivation à aller me perdre au fin fond des forêts du Manitoba pour m’engager dans un tel volontariat. La réponse ne s’est pas faite attendre, avec un enthousiasme incroyable, Barb m’a répondu quelque chose comme «avec grand plaisir!»

Le soucis c’est que nous arrivions à Montréal, que nous n’avions pas de voiture et ne pouvions pas estimer combien de temps cela nous prendrait d’en avoir une. Entre temps nous avions programmé d’autres volontariats beaucoup moins lointain et il m’était alors impossible de fixer une date d’arrivée. Nos échanges se tarirent et j’oubliais même pendant un temps que je l’avais contacté, trop préoccupée par tout ce que nous vivions au quotidien.

Et puis, par un jour de janvier pluvieux alors que nous agonisions dans notre premier volontariat à Québec, Barb me recontacta pour me demander si nous pouvions venir au mois de Mars. Nous n’avions à l’époque ni voiture, ni la moindre idée de ce que nous ferions entre ce jour là et le mois de Mars, mais nous nous sommes précipités sur cette proposition. Nous y serions allés en stop s’il le fallait! Tout ce que j’espérais d’un volontariat n’avait été que déception absolue à l’endroit où nous nous trouvions, et le simple fait d’avoir cet hôte à l’autre bout du Canada qui se rappelait de nos messages échangés quelques 4 mois plus tôt me redonnait soudainement espoir.

Je vous passe les détails de notre arrivée, ainsi que la description de ce lieu si exceptionnel où nous avons travaillé durant ces trois mois, et vous propose plutôt de le voir en images.

Par où commencer?

5 Mars 2018

Arrivée à Falcon Lake.
Sortir de la Transcanadienne, celle-là même qui a été notre principal compagnon et notre principale source de divertissement pendant ces quelques 3000 kilomètres parcours depuis Terre-Neuve. Emprunter une route non goudronnée, s’enfoncer à vive allure dans la forêt à la nuit tombante, sillonner pendant plusieurs dizaines de minutes.

Arrivée chez Barb.
Elle nous accueille entourée de trois gros chiens. Une pancarte «Barefoot Friendly» se tient devant la porte d’entrée. De l’autre côté, il y a Craig, le mari de Barb qui se trouve justement pieds nus par -20 degrés.
Quelques pas plus tard, l’émerveillement commence dans le salon de nos hôtes. Le genre de maison que je ne vois que dans mes rêves, se dessine devant mes yeux, je suis ébahie. Barb et son mari étaient charpentiers avant de prendre leur retraite, ils ont construit leur maison eux mêmes, ainsi que toutes les cabines et toutes les structures du Falcon Trail Resort.

Le voyage était épuisant, je suis ébahie, je suis perdue, je ne dis pas un mot.

Il y a à côté de nous des gens très étranges.
Un garçon du nom de Rob qui semble surexcité de vivre et qui nous invite à l’événement de l’année : une célébration du soleil sur une piste de snow. Je lui explique que je ne suis jamais allée au ski de toute ma vie, il me répond que c’est le moment idéal! Et puis il y a Ben, un garçon super grand, super carré, super fin. Il me fait penser à mon frère, il est charpentier et Mennonite. Je ne comprends pas qui ils sont.
Plus le temps passe et plus il y a de gens qui arrivent dans le salon. On finit par comprendre que leur point commun et qu’ils travaillent tous d’une manière ou d’une autre pour le resort et qu’ils s’entendent bien mieux qu’une vraie famille.

 

 

6 Mars 2018

J’aurai bien passé ma journée à dormir, récupérer des courtes nuits que nous avons passé précédemment. Je suis toujours autant perdue. Ce décor, ces gens, ce rythme de vie, n’a absolument aucun point commun avec ce que nous avons vécu à Terre-Neuve.

Le soir, nous sommes conviés à un concert à domicile. C’est bien la première fois que nous en voyons un. Un couple de musicien folk se retrouvent dans notre salon, Clarke & Betsie. Tout comme nous, ils viennent de loin, de Kansas City pour être tout à fait exact. Quel étrange hasard que nos vies se croisent dans un endroit aussi reculé de tout. En les voyant, je me rappelle pourquoi j’aime tant les américains. Ils sont remplis d’ondes positives, posent plein de questions, s’émerveillent de tout et nous parle de leur métier à sillonner les villes pour partager leur amour de la musique folk. C’est un petit concert avec une vingtaine d’invités. Les invités sont pris d’une soudaine fièvre et se mettent tous à chanter, attraper ce qu’ils peuvent dans la maison pour en faire un instrument et rejoindre les deux compères en rythme. Il y en à un au fond du salon qui a attrapé un carton pour en faire une boite à rythme et sa voisine est en folie avec une paire de cueillières. Le spectacle est assez fou à voir. Les invités ne veulent pas partir, chaque fois que la musique s’arrête, quelqu’un propose une nouvelle chanson. Il est 2h du matin quand tout le monde s’en va. A contre coeur mais il le fallait bien!

 

 

10 Mars 2018

L’événement de l’année est arrivé, la célébration du soleil sur les pistes de ski à lieu ce jour.
Si je reste dubitative face à tant d’excitation, je ne suis pas en reste non plus, puisqu’il s’agit de ma première fois sur des skis. Après nos premiers jours de travail, nous voilà invités à descendre les pistes du Falcon Lake. Mon copain me dit que ça ne devrait pas être trop compliqué pour moi puisque les pistes n’ont rien de vertigineuses (c’est le Manitoba, pas les Rocheuses!). C’est tout de même suffisant pour que je reste accrochée en haut de la piste à un lampadère en criant «JE VEUX PAS DESCENDRE » telle Josiane Balasko en perdition. L’abruti d’adolescent qui gardait la remontée mécanique en bas de la piste n’ absolument aucune pitié à mon égard, puisqu’en essayant d’attraper cet objet de torture, j’en ai perdu mes bâtons de ski, ce qu’il a bien évidemment trouvé très drôle de ne pas me redonner. J’ai du mettre à peu près une heure à me plaindre en haut de la piste et à ne pas descendre. Une fois la première descente de faite, ça allait beaucoup mieux.

Pas assez malheureusement pour participer à l’événement de l’année qui était en réalité tout un circuit à bosses et obstacles en snowboard. J’éprouve encore en écrivant ces mots une gratitude absolue envers mes hôtes qui nous ont offert cette journée, et envers mon copain pour sa patience et son amour inconditionnel même dans les situations où je suis totalement exécrable.

 

24 Mars 2018

Les journées de travail s’enchaînent. Il fait froid encore et toujours. Parfois la température remonte et mon espoir avec. C’est à ce moment précis que des rafales de neige décident de se manifester à nouveau. Nous changeons d’hébergement au rythme de 2 à 3 fois par semaines, nous allons là où il y a de la place. Parfois, nous avons de la chance d’avoir des chalets gigantesques rien que pour nous, mais la plupart du temps nous vivons avec d’autres personnes que ce soit nos hôtes ou des collègues de travail qui sont eux aussi hébergés sur place. C’est épuisant de toujours faire et défaire ses affaires. Nos sorties se résument pour la plupart à aller faire nos courses. Ici, cela nous prend presque une journée entière. Le supermarché le plus près est à 1h de route, uniquement pour l’aller, et il se situe en Ontario, dans une petite ville du nom de Kenora. C’est une ville qui me déprime hautement. Toutes nos sorties devraient être une bouffée d’air frais mais je reviens chaque fois, l’âme en peine. L’hiver me tape sur les nerfs. J’ai du mal à comprendre et intégrer les codes de la vie communautaire dans laquelle nous sommes plongés.

Le Falcon Trails est une affaire familiale, toute la famille travaille ensemble et la plupart des employés sont avant tout des amis de la famille. Toutes les sorties se vivent donc en famille et avec les employés. Les écarts d’âge ici ne posent absolument aucun problème. Au fond je trouve ça génial, mais d’un autre côté, je trouve que les relations manquent d’intimité et de proximité. Chacun apprécie la présence de l’autre, mais le fait d’être en groupe en permanence ne favorise absolument pas les amitiés fortes aux discussions profondes qui me manquent tant. J’ai le don de tout voir de manière assez négative ces derniers jours. Le passé, le présent, le futur, rien ne va. Moi qui pensais être une personne optimiste, j’ai encore beaucoup de travail à faire…

 

11 Avril 2018

Nous n’en finissons plus de découvrir des choses nouvelles, d’expérimenter de nouvelles manières de vivre. En rentrant d’un concert ce soir, Caleigh la fille de Barb, nous ramène en voiture chez nous. Nous nous enfonçons à travers la nuit, quand soudainement, elle se retourne vers nous et d’une voix inquiétante nous dit: « détachez vos ceintures ! » On se regarde sans comprendre. Elle poursuit, « c’est pour si jamais on tombe! » et nous comprenons que nous sommes sur le point de rouler sur un lac gelé pour la première fois de notre vie.

Les toilettes les plus funky du monde!

22 Avril 2018

Week end merveilleux!
Le soleil est revenu, les températures ont arrêté de tirer la gueule.
Dehors, ça sent le barbecue.
Je souris à nouveau.
C’était tout ce qu’il manquait à ma vie.

12 Mai 2018

Le lac a fondu.
En quelques jours seulement. On y croyait plus. Certains disaient même qu’on ne verrait peut-êre pas le lac sans glace avant notre départ.
Avec sa fonte, le printemps est enfin arrivé.
Notre occupation principale est désormais d’aménager notre van.

18 Mai 2018

Gordon, notre van d’amour est terminé.
Juste à temps pour notre grand départ dans une semaine.

15 Mai 2018

Une page se tourne, un chapitre se clôt.
J’écris ces mots en ce jour. Notre travail au Falcon Trail Resort s’est terminé la veille.
Pour nous remercier de notre travail et comme dernier signe de générosité incroyable, nos hôtes nous ont offert deux jours dans un des endroits les plus magnifiques de leur propriété. Nous profitons de ce moment pour nous détendre et repenser à ces 3 mois chargés d’émotions. Nous laissons derrière nous, l’une des plus grosses partie de notre PVT à ce jour, notre premier hiver et notre premier travail, puisque notre volontariat avait fini par devenir un véritable job. Il m’est vraiment très difficile de résumer cet étape comme j’ai pu le faire dans mes précédents volontariats, tant tout ce que nous avons vécu est dense. C’est une expérience qui nous aura fait grandir sans aucun doute. J’y aurai vécu quelques crises de solitude et d’isolation qui m’auront fait soulever beaucoup de questions, auxquelles je n’ai pas forcément trouver de réponses. Elle nous aura donné le temps de faire le point sur nos aspirations pour la suite de notre voyage. Et surtout d’avoir un endroit où il nous fera toujours du bien de retourner sur cet énorme territoire qu’est le Canada !

 

 

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