Trois mois dans l’Ontario//Manitoba

J’avais écrit cet article il y a des semaines, je n’avais plus qu’à le poster avant de nous lancer dans notre road-trip et vous auriez eu de quoi lire en attendant le récit palpitant de notre mois passé sur la route… Mais le destin en a voulu autrement, en essayant d’ouvrir mon document Word, l’article était devenu illisible. Comme je ne crois pas aux hasards, je me dis que c’est sans doute parce que la première version de cet article était un peu trop sévère. Avec un peu de recul sur tout ce que nous avons vécu là-bas, je vais tenter de réécrire cet article avec un peu plus de demi-mesure.

Ontario-Manitoba, la diagonale du vide

Que je vous situe un peu les choses…

Nous sommes arrivés dans le Manitoba au début du mois de Mars, après avoir traversé tout l’Est du Canada depuis Terre-Neuve. Un peu plus de 3500 km au total. Il faisait froid, très froid et les routes que nous avons empruntées étaient à peine visibles sous les monticules de neige. La température moyenne tournait autour de -25 degrés bien que le jour où nous sommes arrivés, il y avait une tempête de neige avec un ressenti bien sympathique de -40 degrés, ce qui avait amené les autorités à fermer les routes autour de Winnipeg (la capitale du Manitoba). Bref, c’était le moment propice pour un voyage au coeur du Canada !

Ce qui nous a permis d’affronter les éléments qui s’élevaient contre nous? L’habitude des déconvenues que nous avons eu sur le chemin, tout particulièrement lors de notre traversée de l’Ontario.

L’Ontario reste jusqu’à présent le souvenir le plus mauvais que je garde de notre voyage à travers le Canada. Beaucoup d’entre vous objecteront sans doute en disant que: 1) j’exagère, 2) c’est pas si affreux quand même, faut pas déconner !

Ne perdez surtout pas le contexte des yeux: mois de mars = conditions hivernales affreuses.

A cette période de l’année, il est bien entendu que tout, absolument TOUT est fermé. Les commerces le long de la route, les lieux touristiques et même les motels. Les seuls à rester ouverts sont : les stations essences, les fast-food et les chaines hôtelières tout droit sorties des années 80, jamais rafraichies depuis, mais qui coûtent quand même une fortune.

Ajoutons à cela que la Transcanadienne (route principale, voire l’unique à cette période de l’année pour traverser cette province) ne passe pas par le Sud donc ni par Toronto ou Kingston. Elle commence à Ottawa pour monter progressivement et se perdre dans le Nord de l’Ontario. Là-bas, les principales villes sont Thunder Bay, Salt Sainte Marie ou encore Petawawa… ces noms ne vous disent rien? C’est normal, il ne s’y passe pas grand chose mais ses habitants y sont adorables pour ceux que nous y avons rencontrés. Ces villes sont séparées par une distance moyenne de 800km. L’Ontario est la province la plus étalée du Canada, il nous aura fallu pas moins de 4 jours pour en venir à bout (soit une traversée plus longue que les provinces de Québec/New-Brunswick et Nova Scotia réunies!) Et entre ces grandes villes que je vous ai citées précédemment, c’est le vide! Rien. Pas même une station service. Parfois quelques villages de 300 habitants, sans aucun commerce ni âme qui vive au dehors. Notre principale attraction durant cette route était le lac Supérieur, une immensité et une beauté figée par la glace. Voilà, c’était tout.

(oui ceci est un lac)

Notre expérience de l’Ontario ne s’arrête pas là puisque nous y venions régulièrement par la suite pour y faire nos courses dans la ville de Kenora, à quelques kilomètres de la frontière avec le Manitoba. J’en ai parlé brièvement dans mon précédent article mais c’est une ville qui, l’hiver, donne le bourdon. Les rues y sont désertes et les seules personnes que nous avons croisées étaient des Premières Nations en perte totale de repères, pour la plupart sous l’effet de la drogue ou de la boisson. Les commerces ne sont pas spécialement accueillants mais chaque commerçant vous soutiendra qu’il s’agit de l’un des plus beaux endroits du Canada (ce qui n’était pas du tout pour me rassurer). Quand les beaux jours sont revenus, Kenora n’avait plus du tout la même apparence… tout d’un coup, la ville a repris vie grâce au Lake of The Woods et ses 1001 îles, très convoitées par les plaisanciers qui se pressent là par centaines en bateau pour rejoindre leur îles privée.

De l’Ontario, nous n’aurons expérimentés que cet aspect là, peut-être changerais-je un jour d’avis concernant cette province si nous y revenons pendant les beaux jours, ou si nous allons découvrir le sud.

Manitoba, the pursuit of loneliness

Venons-en à présent au vif du sujet: la vie au Manitoba durant 3 mois.

C’est drôle, cela faisait quelques jours que nous étions arrivés et j’étais tombée sur ce livre : The Pursuit of Loneliness, rien à voir avec le Canada. C’était un livre critique et sociologique autour de l’ère de l’individualisme aux Etats-Unis, un sujet en total opposition avec l’expérience communautaire que nous vivions dans notre volontariat. Et pourtant, je trouvais que le titre s’accordait tout aussi bien à cette dernière.

Jusqu’à l’arrivée de l’été, c’est à dire deux semaines avant notre départ du Manitoba, nous avons vécu dans l’isolement le plus total avec une station essence et un dépanneur à plus de 10km. Aucun café, aucun restaurant, aucun magasin, aucune distraction en dehors d’un lac gigantesque gelé et des pistes de randonnée enneigées. Pourtant vivaient là plus d’une centaine de personnes à l’année qui n’avaient pas l’air dérangés le moins du monde de passer tout un hiver chez eux au coin du feu. Et même si ce n’était pas trop dur de nous occuper pendant trois mois, je ne peux m’empêcher d’imaginer comment faire pendant toute une vie?!

Falcon Lake a beau être un endroit magnifique où nous avons pu passer de très bon moments, ce n’est pas un cas isolé en la matière dans le Manitoba. Des endroits supposés bien plus touristes comme le Parc Provincial d’Hecla ou encore Dauphin Lake m’ont procuré exactement la même sensation.

Winnipeg, mon amour

Je me rappelle de ce film, je l’ai vu il y a 8 ans. Winnipeg, mon amour. Je me rappelle aussi d’être sortie de la salle de projection et d’avoir dit mot pour mot : «eh bien, c’est pas demain que j’irais foutre les pieds à Winnipeg ». C’était pas le lendemain, n’empêche que j’y suis quand même allée, 8 ans plus tard. NE JAMAIS DIRE JAMAIS.

Et que dire de Winnipeg ?

En hiver, c’est une ville aussi sombre que dans le film. Ceci est sans doute dû à son architecture informe anti-contemporaine car coincée dans les années 70-80 (le meilleur du pire de l’architecture moderne, mais ça n’engage que moi) et à ses petits problèmes de puanteur (je ne sais pas où on en est niveau pollution, mais il faudrait peut-être s’inquiéter.) Ce qui avait malgré tout le chic de la rendre incroyablement cinématographique.

J’ai détesté Winnipeg.

Je n’ai rien compris à Winnipeg et à son côté not tourist friendly avec ses cafés qui ferment à 17h et ses musées à 16h.

Et puis j’ai commencé à apprécier Winnipeg pour son métissage incroyable de cultures ses infrastructures toutes récentes qui laissent imaginer que la ville deviendra sans doute l’une des future place to be au Canada dans quelques années. J’ai adoré voir la place qui était faite à l’art et la culture dans cette ville, ce qui n’est pas le lot de toutes les grandes villes canadiennes.

J’ai commencé à apprécier Winnipeg et puis il a fallu partir…

Alors même si je n’irais pas jusqu’à chanter avec un enthousiasme démesuré le refrain de Julien Doré « I want to go to Winnipeg with you », je pense tout de même que Winnipeg vaut la peine qu’on s’y arrête plus longtemps que le temps d’un week-end.

Alone, TOGETHer

Alors oui, le bilan de ces trois mois dans le Manitoba est assez mitigé et ce n’est pas plus mal car il nous permet d’apprécier davantage d’avoir repris la route et de voguer vers des territoires qui nous ressemblent davantage. Les forêts du Manitoba avaient beau être magnifiques, elles ajoutent une dimension encore plus saisissante à la solitude.

Une solitude qui n’est pas uniquement négative puisqu’elle nous aura permis de prendre du temps pour nous, ce qui est quelque chose de très précieux durant un voyage comme celui-ci (nous avons entamé notre 7e mois sur le territoire et ce n’est pas rien!) et tous les volontariats ne permettent pas d’avoir autant de temps libre pour faire ce que nous avons envie de faire !

A très vite pour le prochain article sur notre mois passé sur la route du Saskatchewan à la Colombie-Britannique !

Post Created 40

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Begin typing your search above and press enter to search. Press ESC to cancel.

Back To Top