LES YEUX OUVERTS

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[ARTICLE SPECIAL ECRITURE]

Vous vous appelez Ari Anga. Vous savez que ce n’est pas votre vrai nom bien sûr, mais celui que je vous ai donné. Vous avez le choix de poursuivre votre lecture ou d’arrêter là. Vous êtes curieux. Vous allez forcément choisir de poursuivre. Vous prenez un instant. Vous prenez un instant pour observez la personne que vous êtes devenue. Etes- vous parvenu à devenir ce que vous souhaitiez être il y a cinq ans ?  Vous avez arrêté de vous poser des questions ces derniers temps ?  Est-ce parce-que vous vous en posiez trop avant ? Vous êtes vous jamais préoccupés de vous en poser suffisamment ? Serez-vous assez courageux pour affronter ce qui va suivre ? Vous ne supporterez peut-être pas d’être remis en question…

Vous ne vivez pas dans une période très complexe. Vous n’avez pas à réfléchir à votre survie, ni à affronter d’événement tragique. Autrement vous ne seriez pas là à perdre votre temps à lire ces lignes. Vous estimez-vous être une personne heureuse pour autant? Vous n’y pensez pas. Du bonheur au malheur, il n’y a qu’un pas. Vous y songez, maintenant. Vous savez que votre avenir économique et matériel est imprévisible, que vous soyez matérialiste ou non. Vous préférez baisser les yeux sur ceux qui comme vous, avaient beaucoup et se retrouvent à la rue, mendiant face à vous. Si seulement il n’y avait que ça. Vous regardez désormais la friabilité de cette société qui vous a vu grandir. Vos relations amoureuses et familiales y sont maintenant plus instables qu’elles ne l’ont jamais été. Vous fermez les yeux face au réchauffement climatique. Vous vous réjouissez de pouvoir encore vous baigner en Novembre. Vous ne vous préoccupez pas plus que ça de l’horizon écologique bien sombre qui s’annonce. Et après tout, c’est votre droit. L’histoire s’accélère et déjoue vos capacités d’adaptation.Vous essayez de suivre les avancés, parfois vous préférez vous en éloigner, mais quoique vous puissiez faire, en permanence, vous êtes aspirés sans même vous en rendre compte. Alors que vous pensiez être maître de vos décisions, alors que vos choix ne sont pourtant plus dictés ni par un parti, ni par une église, ni par une idéologie. Vous qui pensiez être le roi, n’êtes que son fou, incapable de filer droit. Inéluctablement, vous déviez. Parfois vous vous rebellez. Vous avez à nouveau la sensation d’exister. Vous vous énervez, vous vous révoltez.Vous vous révoltez ? Vraiment ? Une révolte sans conviction. Vous aimeriez qu’on dise de vous que vous avez du courage. Vous en avez. Du courage sans peine. Vous vous révoltez sans prendre de risque. Révolté du web, insoumis autoproclamé. Vous avez été programmé par une société qui refuse que votre existence ait une réelle importance. Vous apportez peu. Ironie du sort, parfois même, moins vousapportez et plus la vie vous gâte. Cette injustice vous hérisse. Battu en brèche par l’esprit moderne de la non violence, d’égalitarisme, de morale et de modestie, vous ne voulez rien dire. Vous passez de révolté à résigné en une fraction de seconde. Vous ne voulez plus vous poser de question. Vous êtes en face d’un monde qui se défait impitoyablement. Et vous vous laissez emporter dans ce tourbillon. Soudainement, comme secoué après un mauvais rêve, vous pensez que c’est une illusion, parce qu’il se dit la même chose depuis des générations. Mais ne soyez pas dupes. Vous voyez bien que le monde n’a jamais autant progressé et à la fois reculé en l’espace de si peu de temps. Alors qu’allez vous faire ?

 

 

Vous avez lu quelque part que les êtres humains sont presque incapables de renoncer à leurs croyances aussi destructives ou irrationnelles soient-elles. Vous y pensez. Vous avez désormais choisi votre camp. Vous vous appelez Ari Anga et vous faites désormais partie des gens qui ne veulent plus, qui n’ont plus leur place dans ce monde en noir et blanc. Vous sentez en vous, un désir brûlant d’hurler et de pointer du doigt tour à tour, tout ce qui vous exaspère ici-bas. C’est un cri peut-être longtemps comprimé. Vous voulez qu’il sorte. Vous voilà arraché à la fatalité, Ari Anga. Vous comprenez désormais ce que le silence et la ténacité ont d’héroïque. Vousêtes en pleine conscience. Vous saisissez l’importance de chaque mètre carré d’histoire. Vous mesurez l’importance de chaque mètre carré d’êtres humains. Vous ne contemplez plus le monde passivement. Vous ne vivez plus, porté par l’ivresse de l’ignorance. Vous décidez de ne plus jamais avancer à moitié à genoux. Les yeux sans horizon des hommes vous est devenu insupportable à regarder. Vous n’avez plus besoin de prendre un instant pour y réfléchir. Car contrairement à nombre d’entre eux, vous avez désormais les yeux grand ouverts. Peu importe ce qui adviendra, vous savez désormais que tant que vous les garderez ouverts, tout se passera bien.

 

 

 

 

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