Le confinement, l’expatriation et moi.

C’est un printemps plein de promesses qui devait prendre le relais de cet hiver rempli d’anxiété et de contrariétés. J’imaginais déjà les effets bénéfiques du retour du soleil à Vancouver, après 6 mois débordant d’eau de pluie: la reprise des activités extérieures, la motivation retrouvée pour découvrir davantage la ville, les après-midi à la plage, les week end à la montagne. Et puis soudainement, voilà qu’un invité invisible pointe le bout de son nez et provoque une crise mondiale sans précédent.

2020, nouvelle décennie, c’est parti !

Tout avait pourtant si mal commencé…

Janvier 2020 – Il pleut sans discontinuer depuis des jours. Au travail, on papote, on rigole. Tous mes collègues sont d’origine asiatique, parmi eux, il y en a un qui a pris des vacances pour rentrer dans son pays d’origine, la Chine. A ce moment les villes de la province d’Hubei ne sont pas encore en quarantaine, mais les informations concernant une épidémie commence à pulluler sur internet. Mon collègue est rentré in-extremis de son voyage, mais à son retour il ne revient pas, il est tombé malade. Puérils comme nous sommes, on lui envoie un message: ‘‘bah alors t’es mort ? » Deux jours plus tard, Wuhan, Huanggang et Ezhou sont sous quarantaine. Je ne vois pas les images, mais aux visages de mes collègues, je me rends compte qu’il n’y a plus rien de drôle. 

Février 2020 – Le marché le plus populaire et touristique de Vancouver se vide peu à peu. Les semaines passent et les masques pour le visage deviennent l’objet le plus tendance des Vancouvérois. Pourtant, le virus ne fait pas encore partie de notre quotidien, c’est une menace assez lointaine. La seule chose qui me fait froncer les sourcils et de m’apercevoir que de nombreuses personnes prennent encore le risque de voyager pour le plaisir dans les pays asiatiques les plus touchés. Mes patrons eux-mêmes décident de prendre leurs vacances de l’année pour aller profiter du printemps au pays des cerisiers en fleur. C’est franchement pas le moment, mais personne ne semble encore se douter de quoi Mars sera fait.

Mars 2020- Rien ne va plus.
Il aura fallu seulement quelques jours, avant que cette vulgaire épidémie venue d’une contrée lointaine ne se transforme en pandémie mondiale. A Vancouver, on minimise les risques en demandant aux employés de bureau de travailler chez eux. Progressivement, les magasins de vêtements ferment, puis les restaurants. Alors que la France entre en confinement, je continue d’aller au travail chaque nuit, et chaque nuit l’ambiance se détériore un peu plus.

Il faut savoir qu’à 3h du matin dans les rues de Vancouver, il ne reste plus que ses résidents sans residence (dealer en tout genre, prostitués en fin de shift, et les habituels relous de fin de soirée). Les travailleurs nocturnes sont aux abonnés absents et les éternels fêtards n’ont plus aucun lieu pour faire le party (comme disent les Québécois). Alors à l’intérieur du bus, les canettes vides roulent d’un bout à l’autre, ça sent l’alcool et les corps en décomposition. Mon chauffeur habituel et habitué aux risques des bus nocturnes est de plus en plus tendu. J’attends seule dans les rues de downtown Vancouver, même les Safety Officer ont déserté la ville.

Granville Street est réputée pour être quotidiennement habitée par des dizaines de sans-abris, ils sont désormais plus d’une cinquantaine. Ça vole de partout, ça se bat et ça crie. Un matin, je me retrouve nez à nez avec un type au regard halluciné qui s’amuse à détruire les voitures de toute une rue avec un pied de biche.

Mais qu’importe mes histoires abracadabrantesques et mes rencontres malencontreuses, étant étiquetée comme un éternel porte-poisse, mon entourage ne semblait pas se rendre compte de la gravité de la situation. Et pourtant, je n’exagerais même pas:

Anyone who’s taken a stroll through Vancouver’s downtown core in recent days could be forgiven if they thought they’d accidentally waked onto the set of a zombie horror film.

globalnews.ca

Dieu merci, j’ai toutefois été épargnée de vivre cette scène là.

Maintenant vous comprenez peut-être mieux pourquoi les artères principales de la ville ressemblent désormais à cela:

Et là, c’était encore propre !

La situation s’est véritablement envenimée mi-mars, quand du jour au lendemain, les rayons PQ ont été pris d’assaut dans les magasins du monde entier.

Voyant comment la situation de l’Europe avait dégénéré, le Canada n’a pas tardé à réaliser qu’on se dirigeait doucement, mais surement, vers une situation similaire. Scènes d’émeute aux supermarchés à l’appui, soudainement tout s’ébranle et nous rappelle à notre condition première: nous sommes tous des animaux certes, mais nous au moins nous sommes propres, nous savons nous torcher le c*l.

Are you joking ? Nope !

Une question de perspective.

Fin Mars 2020 – Eh bien voilà, on est en plein dedans.

Le virus s’est propagé dans le pays à une vitesse fulgurante. Des mesures incroyables sont prises, les premières amendes tombent et ça fait mal, TRÈS MAL.

Starbucks et cie ont déjà fermé depuis longtemps, mais mon magasin reste ouvert. Bien sur la question se pose: combien de temps tout cela va-t-il durer ? Avons-nous vraiment les moyens de fermer temporairement des business indépendants ? Et alors que ce questionnement génère 1001 réactions, le temps passe, les clients continuent d’affluer, parce qu’il fait beau et que c’est un peu les vacances. Chaque jour les températures remontent et chaque jour ils sont de plus en plus nombreux à faire la queue pour leur habituel café-croissant.

Certains sont agacés au plus haut point:

MAIS POURQUOI TOUT EST FERMÉ, CA FAIT 3 FOIS QUE JE FAIS LE TOUR DE LA VILLE !!!!!

D’autres la joue encore plus provocateur:

QUOI ??? VOUS VENDEZ MÊME PAS DE DONUTS ??? MAIS C’EST UN COMBLE CA !!!!! BIEN, METTEZ CE TRUC BIZARRE À LA PLACE, LE DONUT AU CHOCOLAT LAAAA.

C’est un pain au chocolat monsieur, ca n’a rien à voir avec un donut.

BEIN ALORS FAITES MOI UN DONUT DANS CE CAS !!! (Ma réaction intérieure est censurée pour la bienséance de cet article.)

Il y en a qui se la jouait plus fair-play:

Bon mais rassurez nous, vous allez rester ouverts hein ?! C’est pas le moment de fermer de toute façon, vous allez vous faire un max de blé avec la crise, tous les autres cafés sont fermés !(Oui, si seulement c’était partagé avec les employés…)

Et puis il y a les habitués qui sont restés chez eux, qui ne se sont pas plaint, et qui ont continué de vivre, différemment certes, et peut-être même mieux. 

Au bout d’un moment, je n’en peux plus. Je décide d’arrêter de travailler, lassée par tant de violence nocturne, de cette atmosphère ultra anxiogène qui court les rues ET SURTOUT SURTOUT du taux d’agressivité en hausse des personnes âgées qui n’en ratent décidément pas une pour se prendre la tête tout le temps, avec tout le monde. #MAISRESTEZCHEZVOUSMERDE

Vous etes pas mieux là ?!

Je vous parle de l’exemple de mon café, mais vous l’aurez compris, les comportements face à la crise elle-même sont criant de similarités.

Quant à moi, je vous le dis sans complexe, me retrouver chez moi, à pouvoir dormir de nuit à nouveau et ne plus vivre au rythme de mon minuteur en cuisine fut un cadeau divin. 

Du pire au meilleur de soi.

Voilà bientôt un mois, que je suis moi aussi plus ou moins en confinement (les restrictions sont ici bien moins strictes qu’en France) et je l’avoue je ne me suis pas toujours montrée digne de ce cadeau divin.

Il y a eu les premiers jours: une jubilation absolue: le sommeil retrouvé, de la bonne nourriture 3x par jour, les séances de yoga en ligne, le plaisir de lire et puis, un beau matin… un mal de vivre hyper soudain.

SOS sortie d’hybernation difficile, mega détresse.

Une remise en question à chaque seconde et une tristesse vive que j’étais incapable de m’expliquer. Très vite, je me suis rendue compte que l’arrêt soudain du rythme effréné que je menais depuis mon arrivée à Vancouver avait eu un effet bénéfique sur mon corps mais totalement ravageur dans mon esprit.

ENFIN, j’avais du temps pour faire le point sur tout ce qui avait pu se passer ces dernières années. Un moment pour ressacer tous les regrets, les échecs, les culpabilités, les erreurs de jugement, les doutes, les peurs, peser les conséquences de l’éloignement, etc. BREF c’était beaucoup d’un coup, et comme beaucoup d’entre vous, je me suis vue boire la tasse dans mon propre océan de tristesse. C’était un moment que j’avais vraiment besoin de vivre depuis des mois, mais que je me refusais pour ne pas perdre le rythme, pour ne pas perdre la face. 

Depuis, tout va mieux.

Je ressens un sentiment qui m’avait quitté depuis un bon bout de temps, je me sens à nouveau ÉVEILLÉE, et cet éveil me permet aujourd’hui de m’atteler à des activités et vers des projets qui me donne pleinement envie de sourire et de profiter de cette vilaine pandémie pour en tirer quelque chose de bon et constructif.

Alors, merci la crise.

Je n’ai pas fixé de limite quant aux photos improbables pour illustrer cet article, sorry.

Et les autres dans tout cela.

Je sais que beaucoup souffriront de cette crise qu’ils soient impactés de près ou de loin par la maladie, par la crise financière en cours et celle qui va suivre ou par un certain mal être du à l’isolement, mais j’ose aussi croire qu’il y a malgré tout énormement de positif à retirer de cette crise.

Je continue d’observer la situation de loin et j’observe deux choses:

  • le confinement révèle le véritable visage des gens
  • il y a véritablement deux types de personnes dans ces conditions: ceux qui font tout pour que tout se passe du mieux possible et ceux qui ont décidé que quitte à ce que ce soit la merde, autant en être une soi-même.

Pour ce qui est des mauvaises nouvelles, j’ai vu un nombre assez considérable d’articles parler de l’augmentation de la violence domestique qui découle du coronavirus. Je me suis longtemps inquiétée des effets secondaires de cette crise pour les gens seuls et ceux qui luttaient déjà contre des problèmes d’anxiété et de dépression, et je pense malheureusement que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. 

Ici à Vancouver, j’ai la preuve vivante que la violence domestique est partout autour de nous. Mon voisin le plus proche fait partie des statistiques, petite terreur locale qui s’amuse à menacer physiquement, verbalement, toute personne susceptible de le contrarier à commencer par son fils. Nos rares sorties nous mettent également fréquemment sur la route de personnes nuisibles et nuisantes, c’est un travail de tous les instants que de ne pas s’énerver pour des gens qui ne méritent que d’être ignorés, mais j’apprends chaque jour à me focaliser davantage sur le positif, ce qui n’est pas facile quand on est un porte-poisse. 

Pourtant cette crise a amené avec elle, un lot impressionnant de positivité tout autour de nous. Elle nous a reconnecté davantage à nos proches, nous permet de prendre du temps à la fois pour soi, pour les autres et pour se consacrer à des activités qui nous sont chères. Chaque jour de nouvelles initiatives éclosent de ci de là, des programmes pour apprendre de nouvelles compétences, des livres gratuits et des films gratuits par millier. 

Paradoxalement, c’est dans l’inactivité que nous sommes finalement les plus actifs.

Je vous souhaite de trouver ce petit quelque chose, qui fera de cette crise un moment positif que vous n’oublierez jamais. Pour cela, voici quelques liens pour occuper votre temps.

Une liste de 1150 films à voir et revoir (surtout des classiques et une bonne fournée de documentaires).

Des livres gratuits en veux-tu en voilà.

Et si vous avez instagram, c’est le graal, vous y trouverez quotidiennement des lives sur tout et rien: des séances de sport, des cours de lithothérapie, des cours sur comment fabriquer du pain autrichien, et même des cours d entreuprenariat en confinement. Je vous conseille chaudement la page de @thegoodlive_wellness qui tous les jours publie un petit planning thématique d’un nombre incroyable d’activités diverses et variées.

Une happy-end est-elle envisageable ?

Avec le déconfinement qui arrive pour certains pays dans quelques semaines, certains pensent que le plus dur est déjà derrière nous, mais c’est un leurre bien entendu. Sans parler de la crise économique qui suivra, combien de divorces, combien de personnes tombées davantage dans l’alcoolisme, le tabagisme, la dépression et l’obésité resencerons-nous quand la situation sera revenue à la normale ? J’espère que ce n’est que mon habituel pessimisme qui vous parle là et que l’après coup ne sera pas si néfaste. 

L’éternelle optimiste qui sommeille en moi voudrait vous dire, que tout cette énergie retrouvée, toutes ces émotions générées et tous ces changements dans nos rythmes de vie, notre consommation, notre rapport au temps, nos rapports aux autres auront forcément des effets positifs en retour également. Je fais partie de ceux qui croient au karma et que rien n’arrive jamais par hasard. Alors oui, je pense sincèrement qu’une happy end est possible.

Et puis après tout, avez-vous déjà vu un film apocalyptique sans une ounce de happy ending ? Non ? Alors…

Tenez le coup.

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