Journal d’un corps – Partie 2

Ce PVT au Canada aura été un challenge aussi bien physiquement que mentalement.

Avant de partir, je ne m’étais absolument pas préoccupée du fait que nous allions endurer un changement constant de style de vie au rythme de 1 à 2 fois tous les deux mois durant toute la première année de notre PVT.

Si vous avez bien lu l’article précédent, vous savez désormais qu’avant de partir je souffrais de compulsions alimentaires qui m’ont valu un gain de point de +20 kilos en moins d’un an, que j’ai réussi à reperdre en l’espace de deux ans. La façon dont nous allions nous alimenter durant notre première année de volontariats me préoccupait donc un brin l’esprit. Et j’avais raison de m’en soucier…

Description en 6 étapes clés du cauchemar en forme de montagnes russes que nous avons enduré sur le plan alimentaire lors de nos 10 premiers mois au Canada :

  1. Premier volontariat – La nourriture industrielle tu aimeras.

Notre génialissime hôte (si vous l’avez déjà oublié, retournez donc lire cet article) avait jugé équitable de nous offrir uniquement le petit déjeuner en échange de 5 à 6h de travail par jour. Ma consommation de fruits au petit déjeuner lui déplaisant fortement, je me suis rabattue sur des biscuits secs pendant 3 semaines.

Notre hôte ne nous laissait pas pour autant dépérir pour les autres repas qui étaient à nos frais. Il avait équipé notre micro-chambre sous les toits, d’un micro-frigo et d’un micro-onde, comme seul équipement de cuisine, alors autant vous dire que pour une fille qui sortait de plusieurs mois de rééquilibrage alimentaire, ce seul équipement pour me faire à manger me déstabilisa quelque peu.

Nous nous contentions donc de manger des salades toute faites, des soupes Campbell immondes et des plats à base de pain/jambon/fromage durant 1 mois, par -35 degrés.

On s’y est vite habitué, je ne me suis jamais plainte parce-que ce n’était que le début de l’aventure. Enfin non, soyons honnête, je me plaignais quand même du fait que nous devions manger sur notre lit, (oui nous n’avions pas non plus de table).

Une illustration de la souffrance: une tempête de neige à Terre-Neuve et Labrador, à la nuit tombante, un endroit désertique, une voiture qui ne démarre plus, le corps qui se refroidit à une allure effrayante… Marcher pour ne pas mourir gelée.

  • Deuxième volontariat – La viande tu aimeras.

Rappelez-vous, il a eu lieu dans une ferme.

Cela vous paraitra peut-être totalement excessif, mais pour moi il fut l’un de ceux que j’ai trouvé le mieux équilibré d’un point de vue alimentaire. Je pouvais manger jusqu’à 3 morceaux de viande par repas, repas qui était toujours accompagné de légumes et de féculent.

3 morceaux de viandes, REALLY ? Oui et je parle pas même pas de chicken wings !

Eh bien, tentez de couper du bois et de soulever des troncs d’arbres de plus de 30 kilos à la chaine, durant toute une matinée par -30 degrés et vous comprendrez la nécessité.

  • Troisième volontariat – Faim tu auras.

Le premier gros challenge est arrivé avec notre premier workaway totalement végan : un saut radical dans l’inconnu.

La nourriture était excellente mais bien trop insuffisante. J’avais faim en permanence et manquait cruellement de force. Je souffrais de problèmes de digestion assez fréquemment à force de ne manger que des légumes. Nous ne mangions quasiment aucun fruit, nous n’avions aucun apport de protéines, et ne parlons pas de l’absence totale de carbs. Je me sentais dépérir de l’intérieur, on était loin, très loin d’une alimentation saine et équilibrée.

Une illustration de la souffrance numéro 2 : mon copain au bout de sa vie par -35 degrés.

  • Quatrième volontariat – Les œufs de poule tu cheriras.
Humaine, t’es sérieuse là ?!

Nos 3 mois dans le Manitoba on était une libération puisque nous avions une cuisine suréquipée rien que pour nous. Le seul point noir était que la nourriture dans cet endroit très isolé coutait un rein, et qu’il fallait être très bon en provisions puisque le premier supermarché se trouvait à plus d’une heure de route enneigée. Nous nous contentions du minimum, nos repas n’étaient pas très variés, mais nous étions contents car ils nous ressemblaient.

  • On the road – McDonald te sauvera.
H O M E

Ensuite, nous avons beaucoup voyagé à bord de notre van et nos repas alternaient entre inventions spécial camping et chaines de fast food. C’est à ce moment précis que nous avons perdu le plus de poids, chose étonnante vu la quantité incroyable de McDonald ingurgitée.

6. Le cinquième volontariat – Vegan, tu mourras.

Et quel ne fut pas le choc pour nos corps de nous retrouver à nouveau en milieu végan ET GLUTEN FREE, après autant de liberté alimentaire. Cette fois ci, le véganisme m’acheva totalement.

La nourriture était très souvent sans saveur, je cauchemarde encore de nos porridges à l’eau pour le petit déjeuner. Nous mangions tous les jours deux bols de riz accompagnés d’une variation cuite ou crue de 3 légumes (courgette, poivron, tomate). Mon ventre était aussi gonflé que celui d’un enfant du Darfour souffrant de malnutrition. Mon intestin me détestait et me le rendait bien au rythme de 4 à 5 voyages par jour aux toilettes sèches, (ce qui vous me l’accorderez, fait beaucoup trop de temps passé sur une cuvette pour une seule et même journée).

Nous avions faim, très faim, d’autant plus que nous fournissions beaucoup d’efforts physique.

A la fin de notre séjour, j’étais vraiment malade. Je ne voulais même plus m’alimenter de peur de passer le reste de mes matinées aux toilettes. Pour la première fois de ma vie, je sentais mes os sous ma peau et ma cage thoracique se dessinait parfaitement bien sur mon ventre.

ADIEU MONDE CRUEL

Vous argumenterez que nos expériences végans étaient un poil extrême et que certains végans savent s’alimenter mieux que ça. En attendant de voir, je suis désormais convaincue que ce n’est absolument pas un régime pour moi, car je n’éprouve aucun plaisir à me restreindre autant des choses que j’ai plaisir à cuisiner et manger.

D’autres volontariats ont suivi, avec une alimentation tout aussi déséquilibrée mais beaucoup moins extrême que les exemples cités plus haut.

Il était temps que ça s’arrête !

Un bilan qui donne envie de se noyer dans une assiette de purée.

Cette première année au Canada a donc été assez catastrophique du point de vue alimentaire. Toutes ces privations additionnées au stress du voyage ont déterré à plusieurs reprises mes compulsions alimentaires.

Notre installation à Vancouver, n’a pas rimé avec équilibre alimentaire retrouvé pour autant. En travaillant respectivement tous les deux dans le domaine alimentaire et en ayant droit à de nombreux produits gratuits, nos premiers mois furent une véritable orgie de matière grasse en tout genre.

Durant l’hiver, nous avons dû faire face à beaucoup de problèmes. Aux environs du mois de Mars, j’avais l’impression d’être un véritable légume, je ne voulais plus sortir, je ne me dépensais pas du tout, tout me déprimait. Rien à voir avec le mal du pays, je me sentais juste perdue et je ne trouvais plus aucune motivation en rien dans cette vie sédentaire. Ce qui explique en partie pourquoi mon premier bilan à Vancouver n’était pas vraiment positif.  

Le printemps est arrivé, les vêtements dans lesquels je nageais 6 mois plus tôt, me serraient à nouveau. Le retour du soleil me fit l’effet d’un électro-choc, je sortais enfin de ma léthargie qui durait depuis bien trop longtemps.

Depuis, j’ai repris ma vie en main, HALLELUIA.

Cela fait bien longtemps que je ne passe plus des journées entières à dépérir dans la cave qui nous sert d’appartement. Mon alimentation est à nouveau en ordre et le sport occupe une grande partie de mon temps. Pour autant, le plus grand changement de cette aventure ne réside pas dans mon assiette, mais dans les changements qu’il a pu permettre dans le rapport que j’entretiens avec mon propre corps et celui des autres.

Balayer une vie de body-shaming en un an et demi de body-positive acharné.

YEAH MAN

Body-positive et body-shaming sont des notions relativement récentes.

Je me rappelle qu’en France, le terme de body-shaming est arrivé en même temps que les médias commençaient à s’intéresser à la culture du viol et au fait que bien souvent, un viol ou une agression sexuelle étaient jugés justifiables aux yeux de certains dans la mesure où la personne violée aurait eu un accoutrement inapproprié. De là, sont venus tous les slogans qui continuent d’inonder les réseaux sociaux en tout genre.

Quelques mois plus tard, est apparue la notion de body positive avec la volonté de vouloir une représentation plus réaliste et plus variée du corps des femmes (quid des hommes, c’est une bonne question) dans le domaine de la mode.

Ces deux nouvelles notions ont fait leur bout de chemin et ont trouvé leur sens dans la vie de tous les jours. Comme si un beau matin, la société dans laquelle nous vivons s’était réveillée d’une grosse gueule de bois et avait réalisé que oui, traiter les gens en surpoids de gros laiderons, et les filles en mini-jupe de grosses putes, c’était vraiment un comportement de préadolescent en manque d’attention.

Sur internet, les slogans sont beaux, les slogans sont forts et marquants, mais dans la vraie vie, les mentalités ne semblent pas avoir changé tant que ça.

En France, je passais mon temps à tirer mes tee shirts vers le bas, me cacher sous des pulls, et me sentir inconfortable à chaque fois que les regards se posaient sur mes vêtements parfois un poil excentrique. Ce n’était pas parce que j’étais complexée de mon corps, sinon je n’aurais pas du tout porté ces vêtements, mais parce que constamment, on me rappelait que mes formes dérangeaient l’espace publique. Porter des leggings quotidiennement était non seulement une faute de gout mais aussi une exposition dérangeante de mon postérieur (de black, faut-il le préciser). Quant aux rares sorties de poitrine à l’extérieur d’un pull à grosse maille, faut-il qu’on en parle ? Sur l’échelle de la connerie, à l’échelon 1 se trouve :

  • non mais ça va, t’es en chaleur ou quoi?!

et à l’échelon 9 :

  • ouais bien t’as pas intérêt à te plaindre si un mec se frotte sur toi dans le métro.

Je précise que ses remarques étaient tout aussi fréquentes dans un débardeur en plein été que dans un col roulé de facto moulant, l’hiver.

Alors déjà que je n’étais pas une très grande fashionista à la base, j’ai progressivement abandonné l’idée de chercher des vêtements qui mettrait mon corps en valeur, car qui dit forme en valeur dit PROBLEME.

J’ai donc quitté ma jolie France dans cette hypocrisie totale qu’est le body positive, un terme majoritairement utilisé par des femmes qui sont en majorité celles qui pratiquent le plus de body-shaming, (tiens tiens) consciemment ou inconsciemment.

Vous me trouverez peut-être sévère, mais après 2 ans au Canada, on prend conscience des problèmes que les français ont avec leur relation au corps, et c’est triste, tellement triste.

De grosse à athlétique, il n’y a quun océan.

En France, j’étais au mieux une fille un peu costaude, au pire une fille un peu grasse.

Pourtant je fais une taille 40-42 ce qui est la norme.

Au Canada, j’ai au mieux de jolies formes au pire du mieux, un physique très athlétique.

Alors même si on me compare souvent à Serena Williams et que ce n’est pas vraiment mon idéal physique dans la vie, le fait de ne pas avoir changer d’un iota physiquement et d’être perçue totalement différemment dans le regard des gens d’un continent à l’autre est assez déstabilisant.

L’Amérique du Nord, que ce soit ici ou aux États-Unis tend à toujours tirer le meilleur parti des gens et à mettre les qualités en avant, plutôt que les défauts. Le système scolaire est ainsi fait, la vie professionnelle aussi et le corps n’y échappe pas.

Il en résulte que les gens d’ici ne souffrent pas d’un mal quasi généralisé de confiance en soi, ils ne se sentent pas obligés de se comparer constamment à leur voisin que tout le monde dit meilleur que les autres.

Ce système a aussi ses défauts, puisqu’ il tend à rendre certaines personnes dans l’incapacité totale de se remettre en question, de s’améliorer et d’être humble et bienveillant en retour.

Ah oui et puis il y a ce problème là qui se pose aussi dans une certaine mesure…

Pour autant, je préfère nettement ce système-là, ou il n’y a pas besoin de se battre à coup de #bodypositive pour que les gens s acceptent tels qu’ils sont.

Je n’ai jamais vu autant de nombrils de ma vie que cette année au Canada, la mode est au crop top, et croyez-le ou non, (j’ai mis du temps à accepter l’idée moi aussi) mais le crop top n’est pas qu’une mode pour les skinnys girls.

C’est une image parmi tant d’autres, mais pour avoir été bashée des centaines de fois pour moins que ça en France, voir autant de gens en surpoids pouvoir profiter de la mode comme bon leur plait, ça fait du bien.

Alors j’ai succombé à la tentation d’être enfin en paix avec mon corps moi aussi, j’ai investi dans plusieurs crop top, mon nombril vit sa best life, malgré un ventre imparfait et personne ne m’emmerde.

Le body positive est bien réel.

Ouais enfin, ma tolérance a quand même ses limites…

Un quotidien sans harcèlement de rue.

Mais ce qui change fondamentalement la vie au Canada, lorsque vous êtes une fille, c’est l’absence TOTALE de harcèlement de rue. Et c’est sans aucun doute ce paramètre qui rend possible autant de libertés vestimentaires et de liberté tout court.

Ici, personne ne vous dira de ne pas sortir comme ci ou comme ça, si vous avez décidé de porter un mini-short il y a de fortes chances pour que vous puissiez travailler, aller à la plage, sortir boire un verre, aller à un date et faire la fête jusqu’au bout de la nuit avec ce même mini-short sans que personne n’ait son mot à dire.

Personne ne vous sifflera dans la rue. Les hommes ne se retourneront pas sur vous, les femmes médiront sans doute de ne pas connaitre la marque de votre short.

Il n’y a pas à dire, vivre ainsi change la vie.

Celui-là il est gratuit !

Bien sûr, Vancouver est loin, très loin d’être parfaite, et si les gens ne vous jugent pas sur la longueur de vos vêtements, la superficialité ambiante n’empêchera pas une bonne partie d’entre eux de vous jauger en silence sur votre apparence et ce qu’elle en dit de votre niveau social.

J’aimerai aussi pointer du doigt (oui je sais c’est mal) le fait qu’une absence de conscience objective de l’image que certaines personnes oublient d’avoir d’elles mêmes, pousse certaines extravagances assez extrêmes. Vous me direz: c’est ça l’Amérique bébé !!! Mais la conservatrice qui sommeille en moi voudrait hurler “MAIS où DIABLE SONT TES PARENTS ? » à chaque fois que je vois une fille se balader en pleine rue avec les seins apparents. Je ne me remets toujours pas de cette mode du bandana en guise de crop top qui permet aux tétons de prendre la lumière du jour en toute liberté à chaque coup de vent, et ne parlons pas du collant transparent en guise de top…

Tellement trendy que ça se vend 9$ dans certains Walmart.

Cela soulève bien d’autres problèmes dans une ville aussi multi culturelle qu’est Vancouver: comment conjuguer autant de cultures aux principes contraires concernant le corps des femmes sans que la situation ne finissent un jour par se dégrader ?!

Je m’interroge aussi sur comment les gens draguent dans cette ville, et un an plus tard je n’ai toujours pas de réponse. J’observe, mais je ne vois rien que des gens qui se rencontrent sur des applications. Voilà un autre sujet qu’il me ferait plaisir d’aborder dans un autre article…

A dans quelques jours pour un nouvel article sur … LE TRAVAIL.

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