HORIZONS INCERTAINS

         Question fréquemment posée:

«Pourquoi tout planter pour aller voir ailleurs ? »

[EDIT : J’ai écrit cet article il y a quelques mois déjà… depuis j’ai vieilli.]

 

J’AI 25 ANS.

J’ai 25 ans et jamais je n’aurai pensé être là où j’en suis aujourd’hui.
Il y a maintenant huit ans que j’ai quitté le domicile parental.
Huit ans que j’ai terminé le lycée.
Huit ans qu’on attend de moi que je devienne :
une femme, si possible avec du charme.
une adulte, si possible responsable.
une travailleuse, si possible acharnée.
un être humain, si possible accompli.

Et pourtant,

POUR LE MOMENT C’EST LE NÉANT.

Je brasse de l’air.
J’avais pourtant tout pour être heureuse.
Malgré des périodes de doutes et d’anxiété, dépassant l’entendement pour si peu d’enjeux…

J’ai finalement réussi à me sortir les doigts du cul et prendre le recul nécessaire pour comprendre que quelque chose n’allait pas.

Je suis une personne créative, pour l’intellectuelle on repassera…
Je parle toujours de mes études en premier parce-que c’est là sans conteste, la partie de ma vie que j’ai toujours su contrôler, que je n’ai jamais abandonnée.

Et pourtant,

J’en ai perdu la santé.

Rongée par l’anxiété, j’ai contracté une succession de maladies étranges, d’allergies et d’addictions détestables.

Mes sept ans d’études m’ont valu plus de 25 kilos supplémentaires de matière grasse à porter sur mes deux pieds.

C’est là que l’équilibre nerveux a commencé à se fragiliser.
Je paniquais très souvent, manquais de volonté constamment.
L’expression d’un corps à qui l’esprit communique un mal être permanent.

LASSÉE DE NE PLUS AVANCER, C’EST LÀ QUE TOUT A COMMENCÉ.

Ceux qui ont demandé un permis de travail pour le Canada vous le diront: la route est longue.
Une fois désigné comme l’un des gagnants de la loterie et la partie administrative réglée, l’aventure se rapproche.

Pour ceux qui comptent trouver du travail une fois sur place, ceux-là peuvent refaire la queue au guichet du stress.

Et puis il y a les autres.

Ceux qui vont tout donner avant de partir pour profiter comme ils l’entendent de ces deux années de PVT.

C’est donc prête à tous les sacrifices pour réaliser mes rêves de grand nord, que j’ai embarqué à bord d’un turbulent roller coaster, pendant un peu plus d’un an.

Fatigue, doute, angoisse.
Pas le temps de faire la difficile,
J’ai accepté des jobs qui m’ont rendu malade aussi bien physiquement que moralement.
Des journées sans queue ni tête.
Nettoyer, servir.
Supporter le mépris des gens (clients, amis, famille y compris).
Des semaines entières à nettoyer pisse,merde, moisissure et graisse.
Des nuits de 4h en moyenne.
Commencer à 5h, finir à 21h.
Vivre comme un automate.
Tous les jours les mêmes gestes.
Garder le sourire en toute circonstance.
Tenir, serrer les dents, serrer les poings.

Et pourtant j’admire: comment font ces gens qui y arrivent et y survivent une vie entière?
Comment- est-ce-possible ?

Il y a ceux qui résistent et puis…
J’en ai vu tant d’autres s’effondrer comme des quilles.
Est-ce pour ça qu’on vit ?

VIVRE SANS VIVRE, JUSQU’À SE DISSOUDRE DANS UN TROU NOIR.

Cette année m’a tant appris.
Je ne suis pas encore partie mais le voyage a déjà commencé.

 Tout ce temps durant, je n’ai cessé d’éprouver une fascination certaine pour la mer et ses mystères.
J’y vois une grande ressemblance avec ce que j’ai pu expérimenter ces derniers mois.
Cernée d’horizons incertains, je n’ai aucune idée d’où je vais.
Prise dans les flots, il ne me reste plus qu’à avancer…

On parle de la douleur de vivre, mais ce n’est pas vrai. C’est la douleur de ne pas vivre qu’il faut dire. Lettre d’Albert Camus à René Char

 

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