Cinquième volontariat dans une retraite de yoga

 

Le voici enfin ! L’article tant attendu sur notre volontariat dans une retraite de yoga. Vous avez été plusieurs à me demander des détails sur cette étape de notre voyage, j’espère que cet article répondra à vos questions et si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à me contacter ou à laisser un mot doux en bas de cet article.

  • Un village hors du commun.

Tout a commencé exactement comme notre volontariat à la ferme québecoise de l’hiver dernier. Nous sommes arrivés cette fois-ci sous un temps caniculaire dans une vallée aride et désertique. Alors qu’on s’imaginait arriver dans une petite ville, chez un particulier qui aurait décidé de profiter d’avoir un terrain suffisamment grand pour pouvoir accueillir des retraites de yoga; une fois sur place, nous n’y étions pas du tout. La petite ville était en réalité une gigantesque vallée de 50 habitants unis par une même spiritualité, un même mode de vie en semi autosuffisance et une même culture, celle enseignée par le Baghavad Gita, une branche de l’hindouisme. C’était pour nous la première fois que nous expérimentions un village communautaire.

N’hésitez pas à cliquer sur les images pour les voir de plus près.

 

 

Cette vallée reculée de tout avait été un jour, le terrain de chasse des hommes venus à la conquête de l’Ouest au temps de la ruée vers l’or. Laissée inhabitée pendant des décennies car étant une terre assez hostile, ce n’est que dans les années 70, qu’un guru hindouiste venu convertir l’Ouest Américain s’intéressa à cette vallée pour y bâtir le premier village Bhakti de la région. D’autres villages semblables prirent forment un peu partout en Amérique du Nord, mais celui-ci ne dura que quelques années avant de péricliter. Comme de nombreuses communautés à volonté autarcique, celle-ci n’échappa pas au dur retour à la réalité que ses membres n’avaient visiblement pas anticipé. Pendant des années, ce village vécu sans argent, chacun cultivait sa propre nourriture et se débrouillait avec les économies de sa vie passée. Sans penser qu’un jour, leurs propres enfants auraient eux aussi besoin d’argent, d’un travail ou tout simplement envie d’un autre mode de vie. L’expérience fut douloureuse pour tout le monde. Les enfants en premier car prisonniers de cette vallée, et les parents également puisqu’ils durent renoncer à cette aventure une fois arrivés en fin de vie de leurs économies. La vallée est ainsi restée à nouveau vide de vie humaine pendant quelques années, avant que de nouvelles personnes ainsi que des anciens reviennent pour retenter l’expérience.

Bien que le village réussi à renaitre de ses cendres il y a une quinzaine d’années, aujourd’hui encore, il n’y a toujours pas de commerce dans la vallée, donc aucune source de rentrée d’argent et une simple école pour une trentaine d’enfants de 3 à 18 ans, avec une seule classe tous niveaux confondus. La version 2.0 de cette communauté ressemble donc étrangement à la première.

Le centre de retraite de yoga dans lequel nous avons travaillé sera donc ainsi le premier business de la vallée, permettant ainsi de créer de l’emploi, du dynamisme et inciter de nouvelles personnes à vivre en ce lieu.

  • Entre jungle et désert.

La vallée à elle seule suffit à donner le vertige. C’est un type de paysage que nous croisions pour la première fois au Canada. Le genre de paysage aussi attrayant que répulsif. Le climat aride et les forêts d’épineux étaient une combinaison parfaite pour l’existence et la prolifération d’insectes et d’espèces animales peu sympathiques. Nos deux principaux ennemis étaient les moustiques et les serpents. Je n’ai sincèrement jamais vu autant de moustiques de ma vie. Ils étaient tellement nombreux que leurs incessants déplacements formaient un bourdonnement omniprésent bien plus fort que celui d’un essaim d’abeilles. Malgré les répulsifs, malgré plusieurs couches de vêtements , il nous arrivait parfois d’avoir plus d’une dizaine de moustiques sur le corps en même temps, rien n’y faisait. Et comme durant ce volontariat, nous dormions dans notre van, que notre douche était une douche solaire, et nos toilettes des toilettes sèches et que nous travaillions majoritairement dehors… le cauchemar était permanent. Si on s’habitue à tout, les moustiques doivent être l’exception à la règle. Les montagnes tout autour de nous étaient quant à elles une agréable présence la plupart du temps, mais renforçaient également le sentiment d’isolement et l’impression d’être sur une terre très hostile à toute présence humaine. L’expérience était de ce point de vue intéressante à vivre pour quelques jours, nous l’avons vécu pendant plusieurs semaines et mon esprit commençait à me jouer des tours, je ne veux pas imaginer à quoi ressemblerait tout une vie en ce lieu. Encore une fois, c’était incroyable de voir, toutes les concessions et les affronts de la nature que les Canadiens sont prêts à affronter pour vivre en autarcie.

Notre maison pendant un mois, notre van d’amour perdu au milieu de l’obscurité.

  • Une patience à toute épreuve.

Autre déconvenue en arrivant sur place, nous remarquons très vite que la retraite de yoga ou du moins les espaces qui devraient lui être dédiés n’existent pas encore. Etant venus principalement pour aider à la construction d’une serre et à l’aménagement des espaces extérieures ,il était évident pour nous que les espaces intérieurs avaient été conçus depuis longtemps. GROSSE ERREUR. Nos hôtes avaient emménagés là cinq ans auparavant, à l’origine leur terrain était une forêt de sapins où il était impossible d’avancer plus de trois pas en ligne droite sans se prendre un arbre. Il leur aura fallu plus d’un an pour déboiser ce qui allait devenir leur espace de vie. Marc, notre hôte a toujours eu la volonté de construire sa maison tout seul, sans faire appel à aucune entreprise. (Vous noterez ici encore la témérité et la volonté sans faille des canadiens.) Leur maison s’est donc construite lentement mais surement. Un été a été dédié à la construction d’un périmètre de sécurité principalement contre les nombreux feux de forêts très récurrents dans cette zone aride et contre les animaux du coin tels que les loups et les ours. A notre arrivée, seulement deux toilettes sèches, une douce solaire et une cabine avait été construite pour le centre de retraite. Il manquait encore le principal: le dôme qui accueillerait les coures de yoga et les infrastructures pour accueillir les participants (5 ou 6 autres cabines). Il y avait donc encore beaucoup à faire. Certains d’entre vous m’ont demandé quelle était la nature de notre aide dans cette retraite de yoga, voilà enfin l’heure de la réponse.

  • Le lac, majeure distraction de la vallée par beau temps.
  • Introduction au véganisme et débroussaillage en milieu hostile.

Nous étions 6 volontaires au départ, un couple allemand et un couple canadien, puis un couple d’italiens, avant que tout le monde ne s’en aille et qu’il ne reste plus que nous. C’était une aventure assez incroyable que d’être entourés par des couples de multiples nationalités pendant ces quelques semaines.

Notre principale mission a été de nous familiariser et de devenir des chefs en cuisine végane (ce qui n’est à la base pas du tout notre truc, rappelez-vous notre première immersion en territoire végane à Terre-Neuve.) Nous avons à nouveau découvert de nouvelles saveurs. La première semaine a été très riche en nouveautés : toutes ces poudres énergisantes et ces alternatives aux produits laitiers et aux aliments composés de gluten. C’était un nouveau monde pour nous. L’expérience était bien plus extrême qu’à Terre-Neuve, les plats étaient beaucoup moins variés, toujours composés de riz et très très peu salés ni épicés. La deuxième semaine était un désenchantement, mon corps n’a pas supporté un tel changement aussi brutal d’alimentation : les ballonnements étaient mon quotidien. Quant aux dernières semaines, en plus des maux de ventre s’ajoutaient la lassitude de manger du riz parfois jusqu’à 3 fois par jour, petit-déjeuner y compris, d’avoir le ventre gonflé comme un enfant du Darfour en malnutrition et de n’éprouver que de l’appréhension à l’approche des repas. Bilan de l’expérience végan : PLUS JAMAIS CA !

Lorsque nous n’étions pas en cuisine, nous étions principalement dehors (eating alive by mosquitoes) à poursuivre le débroussaillage sans fin de la foret ou à construire de nouvelles infrastructures pour la maison mère du centre de retraite. Pour ma part, j’ai appris à construire un escalier de A à Z (vous pouvez donc désormais me contacter pour toute construction sur mesure), nous avons également bâti un potager avec ma tendre moitié.

La troisième tâche qui nous était demandée, et pas des moindres :

  • « Fight the demons !!!! » 

Oui, oui ! Vous avez bien compris : combattre les démons.

Dans la religion pratiquée par la communauté, il était très tôt enseigné aux enfants de combattre le mal, ce qui sous entendait les péchés tels que la luxure, l’avarie, la jalousie, etc. Rien de nouveau sous les tropiques ! Sauf que pour un enfant, le démon est une personne à part entière qui peut se démultiplier à volonté et vous court après toute la journée avec comme seul objectif: vous congeler le cerveau ! Très belle image quand on y pense. Du coup, vous l’aurez compris, notre mission était de s’occuper des enfants et donc des démons.

Sauf que voilà, en moins de 48h, il était devenu évident que les démons n’étaient pas invisibles, ils étaient bien là, en chair et en os, sous la forme de deux petits farfadets de 3 et 5 ans. Les enfants les plus turbulents que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent : au rythme de 4 crises de larmes par heure, une pluie d’insultes quotidienne et une certaine passion pour la destruction et la décadence. Que faire, que dire ? Pour être honnête, c’était pour moi la première fois que je m’occupais d’enfants et j’étais vraiment dépassée par les événements. Ce n’était donc pas une blague, j’ai bien passé plusieurs semaines à combattre deux démons. Et quelle victoire triomphante chaque fois que je parvenais à les réduire au silence !

  • Tout est question de paix intérieure.

Je ne vous cache pas que pour toutes ces raisons, c’était une expérience riche mais très éprouvante.Quand on visualise une retraite de yoga, on pense bien souvent à un endroit calme et relaxant, alors que ce que nous avons vécu était tout l’inverse. Pour autant, l’expérience a été d’autant plus formatrice : comment trouver la paix en soi quand tout autour de vous n’est que chaos.C’est le principe même de la méditation à laquelle nous avons été introduite. La méditation par le chant, une chose bien étrange pour toute personne qui découvre cette pratique pour la première fois, et une véritable transe pour celui qui sait de laisser envouter par la magie de cet art. Et puis bien entendu, nous avons fait du yoga, nos premiers étirements après un hiver bien rude et deux mois de vie dans un van de 4m2, c’était un peu douloureux, mais quel bonheur !

  • Attention, paragraphe optimiste !

Malgré tous les déconvenues qui nous sont arrivés durant ce volontariat : les conditions d’hébergement très rudimentaires, la nourriture qui me faisait tout sauf du bien et l’omniprésence d’enfants turbulents ; je garderai tout de même un bon souvenir de ce volontariat, notamment pour nos deux hôtes qui étaient deux personnes que nous avons beaucoup appréciées, pour tout l’échange culturel dont nous avons pu bénéficier et pour tous les challenges que nous avons dû surmonter. Un workaway est loin d’être un club de vacances, cela implique en réalité bien plus de travail, de concessions et de difficultés qu’un réel travail. Chaque volontariat nous met face à de nouvelles difficultés que nous n’aurions sans doute jamais eu en temps normal. Et si parfois je fulmine en silence, c’est aussi ça qui fait la beauté et la richesse d’un tel voyage.

Une réflexion sur « Cinquième volontariat dans une retraite de yoga »

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