Changer de métier en PVT.

Si vous me connaissez en dehors de ce blog ou si vous avez suivi ce blog depuis le début (bravo et merci d’être la), vous savez sans doute que j’ai quitté la France dans un sentiment de ras le bol généralisé et à la suite d’une déception sans précèdent du monde professionnel que je visais après sept longues années d’études.

Adieu monde de l’audiovisuel.

Avant de partir au Canada, je voulais travailler dans l’audiovisuel et plus précisément dans le milieu du documentaire. De base, je savais que je n’avais pas choisi le plus simple et qu’il serait difficile de s’y faire une place. Après de nombreux stages, et de déceptions en déceptions, je me suis vite rendue compte que ce milieu n était pas fait pour moi.

On me voyait constamment comme une extraterrestre, mes opinions et ma créativité ne collaient jamais avec les équipes dans lesquels je me trouvais. Au pire je me sentais incomprise, au mieux inutile. Je travaillais comme un automate, on me dictait ce que je devais faire, j’appliquais sans broncher, j’avais perdu l’envie de proposer de nouvelles idées puisqu’elles étaient toujours refusées. Je voulais un métier créatif, j’avais l’impression d’être une fourmi ouvrière.

J’étais prête à persévérer en attendant de pouvoir un beau jour m’exprimer, mais la précarité et la manipulation omniprésente ont eu raison de moi. On me disait d’être contente si on me proposait un service civique, et d’arrêter de faire la rabat joie quand on m’offrait un 20h par semaine payé au SMIC. Quoique je fasse, ou que je postule, je gagnais toujours mieux ma vie en étant femme de ménage. C’était certes, beaucoup moins glorieux, beaucoup de gens me prenaient en pitié d’avoir fini ainsi, mais le bon côté des choses c’est que c’est un métier qui me permettait de rencontrer des gens aux profils 100x plus intéressants que tous ceux que j’avais pu côtoyer dans l’audiovisuel, parce qu’ils se fichaient d’être ce qu’on attendait d’eux.  J’ai beaucoup grandi cette année-là. J’étais tout le temps révoltée. Après ça, je savais que je ne pourrais plus jamais remettre les pieds dans un bureau, et que je ne pourrais plus jamais passer des semaines voire des mois à déblatérer sur une scène de transition entre deux plans séquences.

Un PVT pour une nouvelle vie.

Alors oui, partir au Canada c’était une fuite, un bol d’air, un gain de temps, une échappatoire, tout ça à la fois. Je ne savais pas trop ce que je venais y chercher mais je savais que c’était une expérience que je devais tenter. Voilà pourquoi, durant toute la première année, je tenais absolument à faire autant de volontariats. Je voulais découvrir de quoi j’etais véritablement capable. Je voulais sortir de la case travail intellectuel. Je voulais trouver quelque chose qui aurait du sens pour moi et qui m’éviterait de vivre dans un état de déception et d’anxiété permanent.

Il y a un métier qui me tentait d’expérimenter depuis longtemps mais qui en France n’aurait pas été possible sans de longues études, (ce dont je ne voulais pas) : la pâtisserie.

Un volontariat pour unique formation.

Pour m’entrainer, j’ai cherché des volontariats dans ce domaine pendant toute la première année de notre PVT, malheureusement ce fut une recherche assez infructueuse, jusqu’à ce que je tombe sur la page de notre dernier Workaway, non loin de Whistler. Pour moi, ce fut le meilleur. J’y ai appris beaucoup de choses, et il m a convaincu de poursuivre dans cette voie.

Lors de nos dernieres semaines de volontariat, on sentait comme un léger vent de panique monter en nous. Nous avions déjà trouvé un appartement à Vancouver mais pas de job et nous n’avions aucune idée de ce qu’il nous attendait.

Alors que nous étions encore perdus dans le Manitoba, j’étais tombée sur une interview d’une femme assez connue à Vancouver qui venait de publier un livre très personnel sur sa vie de femme designer qui s’écroule du jour au lendemain happée par un énorme épisode dépressif et de sa guérison à travers son amour de la pâtisserie.

A l’époque, cette histoire m’avait tellement marquée que j’avais commencé à faire des recherches sur cette femme et son café/pâtisserie qui cartonnait tant du coté de Vancouver. J’étais séduite. Je me reconnaissais un peu en cette femme, et cela me motiva à aller postuler chez eux. Je fis mon CV aux normes canadiennes et écrivait la lettre de motivation la plus personnelle que je n’ai jamais écrite, j’y parlais du talent de patissier à la limite de la génétique dans ma famille et de mon rapport conflictuel à la nourriture. J’en avais sincèrement marre de faire des lettres de motivation ou l’on ne montre que son meilleur profil, cela faisait longtemps que je n’avais plus peur d afficher mes faiblesses alors j’y suis allée de la maniere la plus franche qui soit. C’était la première candidature que j’envoyais par mail.

En parallèle, il y avait cette boulangerie que j’avais découverte à Whistler qui me tentait bien aussi et qui, par chance, se trouvait aussi à Vancouver. Cette fois-ci je n eu qu’à remplir un formulaire en ligne, un peu comme pour les chaines de restauration rapide, indiquant mes expériences passées et mes disponibilités, “priez de joindre votre CV” et c’était terminé. Un peu froid mais bon… c’était toujours mieux que de courir dans toute la ville sous la pluie pour déposer des CV (oui je suis lazyyyyy).

Un premier job assez décevant.

On déménagea 2 jours plus tard, et alors que nos valises n’étaient même pas défaites, je reçu un appel de la deuxième boulangerie qui me demandait de venir le jour même… pardon, dans l’heure même! Plutôt abrupte comme proposition, mais on nous avait prévenu qu’à Vancouver tout va très vite. Cela ne faisait donc pas 24h que nous étions arrivés à Vancouver et je me retrouvais déjà derrière un comptoir à servir des scones au fromage de chèvre et aux cranberries. J’étais absolument perdue, je n’étais même pas au courant que l’entretien consisterait en une mise en situation. Je n’ai même pas eu besoin de servir plus de deux clientes, qu’on me tendait déjà un contrat. Je rappelais que je n’avais aucunement postulé pour être serveuse mais pour être en cuisine. On m’assura que le mieux était que je fasse une ou deux semaines à la vente pour me familiariser avec les produits avant que je ne puisse passer en cuisine. J’acceptais bêtement sans trop me poser de question.

Mon nouveau travail commença dès le lendemain.

C’était un travail éreintant. Placé en plein milieu du quartier le plus touristique de Vancouver, le café ne connaissait pas d’heure de creux, c’était le rush hour en permanence. Je servais plus d’une trentaine de personnes par heure, m’assurait que la salle soit propre et que la vaisselle soit faite. Je courrais dans tous les sens et je ne comprenais pas un mot de ce qu’on me disait, mes collègues étaient tous irlandais et trouvaient de bon gout de me sortir des expressions incompressibles tout au long de la journée. Le pire restait encore les questions incessantes des clients sur la composition des produits. Je n’avais jamais de réponse, et de toute manière il y avait tellement de produits que j’aurais été bien incapables de le retenir en moins d’une semaine. Les journées n’en finissaient pas. Mon emploi du temps était pourri. Je faisais la fermeture à 20h et enchainait avec l’ouverture à 7h du matin le lendemain. Je n’avais droit qu’à 15 minutes de pause par jour et je devais choisir entre les passer dans un cagibi qui nous servait de vestiaire, ou de les passer dans le parc le plus proche peuplé de drogués qui ne pouvaient pas s’empêcher d’uriner sur tous les bancs et d’être extrêmement désagréables avec quiconque s’approchait de leur banc plein d’urine.

Une première démission.

A la fin de la semaine, je me suis rendue compte que seulement 3 de mes collègues sur la quinzaine que nous étions connaissaient mon prénom. C’était affligeant mais pas étonnant, puisque nous n’avions aucune interaction sociale de la journée. La plupart de mes collègues étaient étudiants et se fichaient un peu de se faire des amis pendant leur shift de 2-3h après les cours. Pour moi c’était quelque chose d’important et cette situation ne me convenait pas du tout.

Mon premier week-end arriva et j’étais sens dessus-dessous. Ce nouveau départ à Vancouver ne sentait pas bon. Le soir même de mon 1er jour de repos, je reçu mon emploi du temps pour les 4 prochaines semaines du mois, et sans grande surprise, je découvris qu’on m’avait menti et que les managers n’avaient aucunement l’intention de me faire travailler en cuisine. Il ne m’en fallu pas plus pour démissionner aussitôt et tanpis si je n’avais rien d’autre sous le coude.

La meilleure nouvelle de ce PVT.

Alors que je m’apprêtais à envoyer ma lettre de démission, je me dégonflais un peu en me disant que je ferais mieux d’attendre d’être sûre d’avoir autre chose. Au même moment, la toute première pâtisserie qui me tenait tant à cœur m’envoya un message. C’était sans doute un signe du destin. Le message était touchant et finissait par : “peut-on se rencontrer pour de vrai bientôt ?”

Ni une, ni deux, je me retrouvais à siroter un thé avec la gérante le lendemain, et j’adorais ce personnage rempli d’ambition et de passion pour la France et sa gastronomie.

Pour la première fois, je pense pouvoir dire en étant sure à 100% que mes origines ont grandement participé à mon embauche, (mais pour mon ego on va dire que mon talent y est aussi pour quelque chose.)

Les premières semaines le travail était dur, j’avais tout à apprendre.

Ma toute première brioche (débordante d’amour).

Je n’avais fait aucune formation et aucun stage en pâtisserie, contrairement à mes collègues. Je n’avais pas le vocabulaire approprié, encore moins en langue anglaise; ni les gestes qu’il fallait. C’était compliqué, et mes horaires de nuit n’arrangeaient pas les choses.

Au final tout s’est arrangé très vite, il ne m’aura fallu que quelques jours pour adopter une bonne cadence, quelques semaines pour comprendre tout ce qu’il y avait à savoir, et quelques mois pour que mon corps s’adapte à la pénibilité de ce travail assez physique.

Les 3 premiers mois, j’étais passionnée, je ne me voyais plus jamais partir de cet endroit, mes collègues étaient géniaux, j’adorais ma manager. Chose qui n’était jamais arrivée dans mes jobs précédents.

Et puis les ennuis ont commencé à arriver : le vol de mon van, l’achat d’une nouvelle voiture, la nouvelle voiture qu’il faut réparer au bout d’un mois, tout ça pour pouvoir continuer à me rendre au travail la nuit. C’était énormément de travail et d’épuisement physique pour un salaire qui n’était pas adapté à la réalité de la vie à Vancouver.

Je commençais à voir tous les aspects négatifs de ma décision et cela me minait sérieusement. Je ne comprenais pas qu’aucune législation au Canada n’avait été créé pour encadrer la question des salaires de nuit. J’étais au salaire minimum et je galerais à payer tous mes frais de voiture dont je n’aurais pas eu besoin si je ne travaillais pas de nuit. Alors je songeais à abandonner et aller voir ailleurs. Je ne sais pas si cela s’est ressenti, mais au moment où je m’apprêtais à partir j’ai eu une promotion. Je ne m’y attendais pas du tout, on m’a demandé de participer à la création de nouvelles recettes, de former des personnes en stage et de gérer la cuisine le week-end. J’étais hyper émue, et j’ai recommencé à adorer ce que je faisais.

Une de mes créations, une tropézienne revisitée.

Voilà maintenant plus d’un an que je travaille toujours au même endroit, ce sont d’ailleurs eux qui sponsorisent mon prochain visa de travail. Je suis encore pleine de doutes et d’incertitudes tous les jours. Il y a beaucoup de choses qui m’indignent au travail et que je n’apprécie pas mais la motivation de se dire qu’il y a toujours plus à apprendre chaque jour et que je suis à l’endroit idéal pour ça me convainc toujours de rester. Et puis quelle fierté de se dire qu’on a été élu parmi les 10 meilleures boulangeries d’Amérique du Nord par un magazine américain!

Décidément, en PVT tout est possible.

Alors n’hésitez pas à me demander l’adresse et passer savourer un petit kouign aman ou un cookie de votre choix !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut