Voyager en couple, bonheur ou douleur ? De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas.

Brisons le mystère de ce titre dès la première phrase. Il s’agit uniquement d’une paraphrase du Klub des Loosers pour vous donner envie de lire cet article dans l’attente que des choses déchirantes y soient dévoilées… l’avenir vous dira si vos attentes seront comblées.

Si l’amour est un paradis blanc, je préfère encore être en enfer, au moins la-bas on se gèle pas les miches.

Il y a 8 ans, un garçon que je connaissais à peine m’a demandé si j’avais envie de voir New York avec lui.

Je ne pensais pas que cette proposition changerait le cours de ma vie. Non seulement personne ne m’avait jamais demandé de partir en voyage avec elle, mais en plus, c’était bien la première fois que je tombais sur quelqu’un qui avait envie de visiter les mêmes endroits que moi. Bien sûr, j’ai fini par dire oui.

C’est ce voyage-là qui m’a fait tomber en amour de l’Amérique du Nord, et c’est surtout ce voyage-là qui a tué la touriste et éveillé en moi l’âme d’une voyageuse.

Quelques années plus tard, nous avons remis ça. Cette fois ci, ce n’était pas un voyage d’une dizaine de jours, mais une aventure qui nécessitait de quitter nos jobs, nos logements et nos familles pour une période indéterminée.

Toute l’année qui a précédé notre départ au Canada, se sont dessinés deux camps: les optimistes accomplis qui nous souhaitaient le meilleur et qui voyaient en ce grand voyage, une preuve d’amour singulière et de l’autre coté les défaitistes acharnés qui nous prédisaient le pire, l’erreur de notre vie.

C’est vrai qu’on n’est pas parti sur de bonnes bases.

Portrait aux moufles.

Partir au Canada était mon idée.

J’en avais envie depuis longtemps. Malheureusement, ce n était pas le cas de mon copain.

J’estimais qu’on avait perdu assez de temps à faire des choses qui ne nous épanouissaient pas et j’ai pressé le destin. Trois mois après la fin de mes études, nous avions tous les deux étés tirés au sort pour le PVT Canada. Faire partie des 100 premiers sélectionnés de cette année-là ne pouvait être autre chose qu’un signe du destin.

Impossible pour ma part de faire marche arrière, pourtant je voyais mon copain reculer, s’éloigner, angoisser à l’idée d’engager deux années de sa vie pour un projet qui ne l’emballait pas plus que ça.  

Après mille et une péripéties, et un gros déficit d’économie, on était finalement cote à cote dans l’avion qui nous menait en terre québécoise.

Le destin ne nous a pas gâté.

Arrivés au Canada par -36 degrés, de la neige jusqu’ aux genoux, une valise cassée par un abruti fini à l’aéroport, un premier volontariat qui ne se passe pas vraiment bien, des hors forfaits qui donnent des envies de suicide, nos cartes de crédits bloquées, un première Noel canadien plutôt agressif… Le père Noel avait été une belle ordure cette fois-là.

Quelques semaines plus tard, s’astreindre au rythme de vie le plus difficile que je n’ai jamais connu: levés a 5h du matin, effondrés à 19h, une vie d’agriculteurs canadiens passée dehors à profiter quotidiennement des températures négatives.

Tomber en panne au milieu de nulle part.

Tomber une fois, deux fois, trois fois.

Toujours trouver la force de se relever, mais la santé qui ne suit plus. Enchainé jours et nuits sur les routes gelées canadiennes, en se demandant bien pourquoi: mais qu’est qu’on fout la ?!

La copine la plus angoissante du monde.

On était loin.

Loin de chez nous, loin de tout ce que nous avions toujours connu, loin de ce que j’attendais, loin d’un voyage de plaisance, loin du supermarché le plus proche, loin de tout.

De la vie nomade de notre début de PVT jusqu’ à notre vie sédentaire de ces derniers mois, on a passé notre temps à se prendre des coups. On n’aura pas eu un mois de repris, il y aura eu des hauts mais surtout des bas, il n’y a pas un seul mois qui y aura échappé.

Pas facile tout ça, et pourtant…

Pourtant on a tenu bon.

Tu veux sortir avec moi ? Jai beaucoup d’amour à donner.

On ne se sera pas encore dit oui qu’on aura déjà traversé le meilleur mais surtout le pire ensemble.

On aurait dû se séparer.

J’ai arrêté de compter quand ça ne tenait plus sur mes dix doigts.

J’ai failli donner raison au club des défaitistes, mais je ne l’ai pas fait.

J’ai été conditionnée à penser et agir avec raison depuis tant d’années que mon paramétrage était entrain de se casser la gueule et ma tête criait ALERTE ALERTE sans cesse.

J’ai paniqué intérieurement à de nombreuses reprises, j’ai cherché à faire taire la raison et quand j’y suis parvenue l’instinct a repris le dessus pour me chuchoter au creux de l’oreille : si ça devait être fini, ça ferait déjà longtemps que vous n essaierai plus de vous relever à chaque fois que les aléas de la vie vous mettent à terre.

Au lieu de ça, à chaque croche pied vous ne scillez plus aussi facilement. Vous avez arrêté de vous accuser mutuellement de vous faire tomber et regardez-vous à présent, vous avancez sereinement.

Voyager en couple, c’est être quasiment 24h24 7j7 avec la personne qui partage votre vie.

Mieux vaut avoir des choses à se raconter, mieux vaut vraiment se connaitre avant de s’engager dans une démarche qui accorde si peu d’intimité et de moment solitaire.

De ce côté-là, nous n’avons eu aucun problème, c’est même ce qui nous a permis de devenir totalement fusionnel. Il s’est avéré qu’en plus d’être le meilleur ami que je n’ai jamais eu, mon copain était aussi le meilleur collègue de travail et ce peut importe la pénibilité du travail.

Là ou pour moi les choses étaient beaucoup plus compliquées, c’était de me rendre compte de mes défauts à travers les qualités de mon copain.

J’ai toujours voulu prendre exemple sur son hyper sociabilité sans jamais vraiment y parvenir, et ce voyage ou nous avons rencontrés tellement de gens été l’occasion parfaite pour m’entrainer, or je me suis juste rendue compte une fois de plus que je n’étais pas comme ça.

En soi,ce n’est pas bien grave, ça le devient quand vous vous sentez très vite isolée des gens autour de vous, parce que nous étions tellement diamétralement opposés que ce soit dans les personnalités ou dans les modes de vie que je ne savais même pas quoi dire à part: ’eh bien, voilà qui n’est pas commun.’ Alors que mon copain, tel un caméléon, réussissait à sympathiser avec le plus rustre des rustres et à continuer de lancer des vannes à ceux qui ne pouvaient pas nous encadrer, quand mes yeux criaient FUCK YOU ASSHOLE.

J’ai voulu en prendre de la graine, mais la graine n’a jamais poussé.

Pendant une longue période, c’était quelque chose que je vivais très mal, et la grande force de ce voyage aura été d’apprendre à passer au-dessus de ces choses qui nous font mal, nous rendent vulnérables et nous donnent un sentiment permanent d’infériorité.

Ce voyage aura aussi permis de valider une fois de plus l’image totalement dégoulinante d’amour que je me suis faite de mon copain depuis des années.

Si nos défauts se sont révélés en pleine lumière cette année, ils ont vite été éclipsés par l’éclat de nos qualités.

Il m’aura fallu du temps pour comprendre que mes points forts étaient souvent ses points faibles et inversement.

Il m’aura fallu du temps pour l’accepter et pour me dire qu’en réalité c’est là, la vraie force de notre couple.

Je vous passe bien évidemment les détails d’un voyage en plein Pole Nord qui rendent toute vie de couple compliquée. Les tenues absolument tue-l’amour que nous avons portés pendant plus de 10 mois, l’absence totale d’intimité au sein des hébergements de nos hôtes pendant nos Workaway, et un espace de vie réduit à quelques mètres carrés pendant des mois.

Bref, on était bien loin de la vie parisienne de nos débuts.

Je ne regarde personne d’autre que toi en dehors des 4 milliards de filles de cette planète…

Si je devais prodiguer un seul conseil pour une vie de couple en béton ce serait : COMMUNIQUEZ. Dites-tout, (du moins ce qui nécessite d’être dit) et dans ce tout, il y a bien évidemment des belles choses comme beaucoup de choses blessantes. Le véritable amour passe au-dessus des rancœurs, des déceptions et des incompréhensions, mais pour cela faut-il encore pouvoir se les avouer pour avancer.

Parlez avec votre cœur mais apprenez surtout à écouter l’autre.

Préparez-vous à ne pas toujours être d’accord, cela ne veut pas dire que l’un d’entre vous à tort.

Donnez-vous de l’espace, donnez-vous de la liberté, pour toujours mieux vous retrouver.

(La rubrique du cœur est terminée.)

Une pensée à notre ami Fréderic Beigbeder (pour l’anecdote nous avions tous les deux tournés dans l’adaptation de son roman L’amour dure 3 ans), pour dire que sa théorie ne tient pas.

Nos années d’amour se compte désormais au multiple de 3 et malgré l’humidité, la flamme ne s’éteint pas.

PVT: 10 mois de volontariats à travers le Canada.

Voilà deux mois que nous avons posé nos valises dans notre nouveau chez nous à Vancouver. Maintenant que les affaires sont presque toutes rangées, je peux enfin prendre le temps de faire le bilan de ces 10 mois de volontariats que nous venons d’achever.

Pour ceux qui débarquent, petit récapitulatif.

Mon copain et moi-même avons quitté la France mi-décembre de l’année dernière pour nous lancer dans notre aventure PVT que nous voulions entamer par un maximum de volontariats, pour nous familiariser plus doucement avec ce nouveau pays et cette nouvelle culture, nous enrichir d’expériences nouvelles, rencontrer des gens de tous horizons et pour prendre le temps de faire le point sur nos vies et sur les chemins que nous voulions prendre pour la suite. C’était tout un programme !

Pour trouver des volontariats, des 3 sites les plus connus, j’avais choisi de m’inscrire sur le site Workaway, (les deux autres étant Woofing dirigé davantage sur l’agriculture et Helpx). Ce choix était purement intuitif et esthétique. Je ne comprends absolument pas l’interface du site Helpx, c’est un bordel sans nom pour s’y retrouver, le site ne me donnait absolument pas envie d’y consacrer du temps et comme tous les trois sont payants, J’ai choisi le plus attrayant, forcement. Sur Workaway, vous trouverez toute types d’offres, du baby-sitting aux soins de chiens de traineaux, du jardinage à la charpenterie en passant par un séjour dans une ferme d’alpagas. Tout y est possible, c’est du moins la première impression que donne le site…

Pour notre part, la seule chose que nous avions prévu avant notre départ c’était notre tout premier volontariat. Sur Workaway, les hôtes évitent d’accepter des volontaires trop longtemps à l’avance parce qu’ils savent que les imprévus sont bien plus fréquents qu’on ne le croit. De fait, cela ne sert strictement à rien de réserver un séjour 3 mois à l’avance alors même que vous ne savez pas ce que vous ferrez les 3 semaines précédents votre arrivée.

Nous avions donc réservé un volontariat de deux semaines pour commencer dans une auberge à Québec. C’était tout ce que nous avions prévu dans notre agenda. Notre première expérience était assez décevante, je vous l’avais déjà conté ici:

1.Dans une auberge à Quebec, QC

Finalement, nous avons dû rester 2 semaines de plus dans cette auberge alors même que nous voulions vraiment partir. D’une part parce qu’en plein milieu du mois de janvier, personne d’autre ne prenait de volontaire et d’autre part car nous ne voulions pas quitter Québec sans notre futur van, car nous savions qu’il serait alors difficile d’en trouver un par la suite au vu des endroits où nous nous apprêtions à aller.

Finalement, en l’espace de 4 jours, nous avons trouvé un volontariat dans une ferme et notre van pour nous y rendre. C’était l’un des moments les plus stressants de notre PVT jusqu’à présent, le reste du récit se trouve sur cette page:

2. Dans une ferme à Sherbrooke, QC

Après notre volontariat à la ferme, nous avons pris la décision un peu folle de nous rendre à Terre-Neuve en hiver. Une décision très couteuse qui n’en valait pas vraiment le coup, nous devions rester 1 mois à Terre-Neuve mais le sort en a décidé autrement, nos hôtes n’avaient plus besoin de nous au bout d’une semaine et demie, et notre van a eu son premier bobo d’hiver que les garagistes de l’ile n’ont pas voulu nous réparer. Comme nous n’avions pas d’autres choix que de revenir sur le continent pour réparer notre van et nous diriger vers un autre volontariat, nous avons dû dire adieu à nos projets de traversée de Terre-Neuve, à ma plus grande tristesse. Dans l’histoire, nous y avons perdu la plus grande partie de notre budget, malgré tout c’est une aventure que je ne regrette pas car Terre-Neuve est dans mon top 3 des meilleurs souvenirs de ces 10 mois de volontariats, même si pour bien des raisons ce fut une étape assez rude. La suite du récit par ici :

3. Dans une auberge de jeunesse à Terre-Neuve, NL

Mais la roue tourne comme essaye de le dire sans y parvenir un certain Ribéry… Et nous voilà avec nos quelques deniers restants, à nouveaux sur la route glacée fin février. Nous traversons la moitié du pays, pour un volontariat qui n’en est pas vraiment un, puisque je ne l’ai pas trouvé grâce à workaway mais en contactant directement la gérante d’un resort. Toute l’histoire se trouve ici:

4. Dans un resort familial à Falcon Lake, Manitoba

Après avoir passé 3 mois comme volontaires puis comme employés du resort, nous avions suffisamment économisé pour repartir sur les routes des volontariats. Nous avons enchainé avec un volontariat très particulier:

5. Dans un centre de retraite de yoga à Ashcroft, B.C

puis

6. Dans un eco-resort sur la Sunshine Coast, B.C

Et nous avons terminé notre aventure, dans ce qui fut pour nous deux, notre plus belle expérience workaway, un volontariat

7. Dans une boulangerie à Pemberton, B.C

 

Workaway, un bilan assez mitigé

  • Les points positifs

Je me suis sans doute forgée une image très édulcorée de ce système de volontariat avant notre départ. J’en attendais beaucoup et c’est sans nulle doute en partie pour cela que j’ai constamment été déçue au fil de nos expériences. Pourtant, je ne trouve pas avoir été particulièrement utopiste en les rêvant. J’imaginais que nous tomberions sur des hôtes anciennement voyageurs ou n’ayant jamais voyagé qui s émerveilleraient à chaque nouvel arrivant de rencontrer de nouvelles cultures. Je ne m’attendais pas à une vie de luxe, juste une nourriture basique et une chambre décente pour dormir. Je m’attendais cependant à ce qu’on partage énormément de temps avec nos hôtes et pas seulement QUE pour travailler, qu’ils nous emmèneraient visiter des choses aux alentours ou rencontrer des personnes du coin. Je m’attendais à rencontrer des gens ouverts d’esprits, prêt à accueillir avec le même enthousiasme un volontaire suédois qu’un volontaire coréen, malgré les différences culturelles et la difficulté d’adaptation propre à chacun. En fait, je m’attendais à tomber sur des hôtes qui avaient du temps à donner pour un véritable échange culturel, et qui donnerait peut-être lieu à une véritable amitié durable… Voilà pourquoi j’estime ne pas avoir demander la lune, même si par rapport à beaucoup d’autres volontaires, je sais que j’en attendais bien plus. En même temps, ce n’est pas comme si je m’étais inscrite sur ce site en me disant: tiens je n’ai rien d’autre à faire pourquoi pas. Décider de partir après 7 ans d’études et tout lâcher pour aller travailler dans des champs par -40 degrés, peut paraitre incensé mais en réalité c’était très réfléchi.

Je n’ai pas été déçue de cette décision, je pense que ces volontariats ne m’ont pas apporté ce que je cherchais avant de partir mais ils m’ont appris et donner bien d’autres choses.

D’abord, il y a un développement de confiance en soi ENORME qui se développe. Contrairement à la France, je pense que les Canadiens ont davantage l’habitude de surévaluer les aptitudes des gens plutôt que de les mettre en doute sans arrêt. Les premiers mois de notre PVT, on a eu droit à un long moment de tâches ménagères qui m’ennuyait et ne me challengeait pas du tout, et puis un beau jour de février les choses sérieuses ont commencé. On ne m’a pas vraiment demandé mon avis, on ma embarqué sans trop me dire où on allait et me voilà devenu bucheronne pendant 3 semaines. A plusieurs reprises on s’est retrouvé dans des milieux très masculins (bon n’ayons pas peur des mots, j’étais la seule fille !) Parfois je me disais chouette un endroit où on ne me rappelle pas toujours que je suis une fille et que je ne suis pas capable de… Et puis au bout du 10e tronc d’arbre soulevé à bout de bras, (rien à voir avec de la muscu, là on est plutôt sûr de la lutte). Je n’avais qu’une envie c’était qu’on me dise : allez va donc plutôt nous faire du rôti femme! Ça n’est bien évidemment jamais arrivé… et au lieu de quoi, même si je ne suis pas du genre à abandonner, cela m’a surtout appris à ne pas avoir peur de m’engager à faire des choses que je n’aurai pu abandonner puisque l’idée ne me serait même pas venue d’y participer!

Ensuite, il y a eu tous ces hôtes qui m’ont redonné confiance en moi parce qu’ ils m’ont fait confiance alors même qu’on se connaissait à peine. Tu es une personne créative ? Alors tiens, voilà de la peinture tu vas repeindre notre auberge, aider à la décoration d’un mariage, tu sais faire des meubles? Jamais essayé, oh ce n’est pas grave quand on est doué avec ses mains on arrive à tout, tiens voilà du bois ! Finalement avec mon copain qui n’avait lui non plus pas vraiment d’expérience en construction manuelle, on a fini par construire un escalier extérieur… oui, oui et croyez-le ou non, 5 mois plus tard il ne s’est toujours pas effondré…

Les volontariats nous ont appris qu’on avait bien plus de ressources en nous que ce qu’on pouvait bien imaginer. Ils nous ont ouvert les yeux sur plein de nouveaux milieux de travail et sociaux, et nous on fait découvrir tellement de cultures différentes que j’ai du mal à croire que tous ce soient passés dans le même pays.

Travailler au sein de communautés religieuses à deux reprises ont été les périodes les plus éprouvantes pour moi, non pas à cause de la religion, mais de ce fossé assez vertigineux qui nous sépare de ces gens qui ont décidé de se couper volontairement de la société pour ne vivre qu’entre eux. Il y avait du bon dans chacune de ses communautés mais aussi pas mal de choses assez néfastes. Durant la plupart de nos volontariats, nous avons été chanceux, nos hôtes étaient très généreux, nous avons été traités comme des rois au niveau du logement et de la nourriture (il y a bien entendu eu des exceptions).

  • Les points négatifs

Disons que l’on reconnait assez facilement 3 catégories d’hôtes workaway.

Il y a les hôtes qui n’ont pas beaucoup de moyens et qui trouvent de l’aide par ce biais. L’avantage c’est qu’ils sont super reconnaissants pour tout ce que vous faites même si vous galerez, l’inconvénient c’est que comme ils n’ont pas beaucoup, votre investissement ne vaut parfois pas du tout le retour que l’on vous donne. Parfois, nous travaillions pendant 5 voire 6 heures dehors, à faire des travaux non seulement pénibles mais surtout très fatigant physiquement (bonjour coupage de bois à la hache par -20 degrés et ratissage des mauvaises herbes par +30 degrés) et comme seule récompense de ces efforts, nous n’avions pas suffisamment à manger pour avoir la force de faire quoi que ce soit d’autre comme activité.

Au départ, on se disait que nos hôtes ne s’en rendaient peut-être pas compte du fait que vous avions faim en permanence, après tous les appétits sont différents. Et puis, le jour où nous avons décidé de nous acheter notre propre nourriture parce qu’on en pouvait plus d’être mal en permanence et que nos hôtes en ont profité pour nous dire : “ah parfait, comme ça on ne vous fait pas à manger vous avez ce qu’il faut”, on s’est dit qu’il y avait peut-être un peu beaucoup d’abus! Mais je vous rassure, c’était très rare!

Il y a une deuxième catégorie d’hôtes workaway, ceux qui ont beaucoup d’argent et qui prennent des volontaires pour se faire encore plus d’argent et ainsi ne pas avoir de dépense à faire en employant quelqu’un. Je pense qu’il s’agit-là du gros point noir de Workaway : L’EXPLOITATION.

Workaway devrait davantage filtrer ses adhérents à l’inscription, et lorsqu’on s’aperçoit du nombre d’hôtels voire même des restaurants qui passent par ce système, on se demande comment est-ce qu’on a pu leur laisser poster une annonce ?

Pourtant, Workaway est plutôt clair dans sa charte d’inscription concernant les hôtes, ils ne doivent pas s’inscrire s ils possèdent un commerce ou du moins une entreprise qui leur rapporte directement de l’argent grâce au travail d’un volontaire, a l’exception des auberges de jeunesses. Ce qui ne nous a absolument pas empêché de nous retrouver dès notre premier volontariat dans une auberge qui n’avait rien à voir avec une auberge de jeunesse mais tout d’un hôtel, et où nous étions les uniques employés. Notre première semaine nous aura valu pas loin d’une quarantaine d’heures chacun, en échange d’une chambre bien trop petite pour s’y tenir debout a deux, sans cuisine, et repas non compris. Mais l’exploitation a de beaux jours devant elle puisque c’est sans doute l’un des workaway qui marche le mieux à Québec, les commentaires sont dithyrambiques, et donne l’impression que c’est vraiment THE PLACE TO BE. C’était ce genre d’ambiance de travail que j’avais quitté en France et voilà qu’on la retrouvait de l’autre côté de l’Atlantique, vous imaginez mon désarroi…

Et puis il y a la troisième catégorie d’hôtes, les pépites! Ceux qui ont beaucoup de moyens et qui prennent Workaway comme une possibilité de rencontrer de nouvelles personnes et de vivre de nouvelles expériences. Ce sont ces gens-là qui ont véritablement du temps à consacrer à leurs volontaires et le plus important… qui y portent de l’attention! Parce que ce n’est pas tout d’échanger une chambre et des repas contre du travail, le volontariat est une expérience humaine avant tout, et je trouve ça essentiel que les hôtes se préoccupent de savoir si leurs volontaires vont bien. A 90% du temps, nous étions isolés de tout, dans des endroits tellement reculés que nous n’avions internet uniquement pour envoyer des mails. Durant l’hiver, il n’y avait pas grand-chose à faire vu les températures, la majorité du temps nous étions en intérieur à lire, discuter, regarder des VHS et cuisiner. C’était une vie qui me convenait la plupart du temps, mais parfois la crise d’angoisse due à la solitude et l’isolement faisait de petites apparitions. Et il n’y a rien qui me fasse plus plaisir que de voir nos hôtes concernés par nos moments difficiles. Cette préoccupation était quelque chose d’assez rare. Je me rappelle avoir été malade pendant non pas plusieurs jours mais plusieurs semaines dans l’un de nos volontariats et absolument personne ne m’a posé la moindre question… ce qui avait tendance à me sentir encore plus mal.

Cela étant, je pense qu’il est tout aussi possible de faire le même constat de ces catégories dans le sens inverse, c’est à dire concernant les volontaires. Aucun d’entre nous ne venons avec les mêmes intentions, les mêmes désirs, et la même motivation. Il en résulte que l’adaptation n’est pas toujours évidente après le départ de quelqu’un qui se croyait en vacances ou lorsque vous êtes accueillis en même temps que des volontaires aussi investis que s’ils faisaient leur service militaire.

  • Ce que j’aurai aime savoir avant de m’engager dans des volontariats

Workaway nous aura apporté beaucoup de choses positives, mais il y a certaines choses que j’aurais aimé savoir avant de partir. J’ai toujours été surprise de voir le nombre de volontariats sur ce site et la diversité de ceux-ci.

Avant de partir, je n’avais aucune envie de faire des volontariats dans des auberges et des ressorts à répétition, un ou deux pourquoi pas, mais notre objectif était de pouvoir expérimenter un maximum de milieux et de travaux différents. Grosse déception à ce niveau-là. Il faut savoir que l’hiver est une période assez redoutable pour les volontariats excepté peut-être, si vous êtes dans le Grand Nord, mais la plupart d’entre eux ne prennent personne à ces périodes de l’année.

Quant à la saison estivale, ce n’est pas plus facile pour trouver un volontariat qui vous plait vraiment, il y a tellement de volontaires et certains endroits exigent ou du moins donne la priorité à ceux qui s’engagent pour plus de 4 semaines.

Beaucoup de pages workaway sont un poil douteux, il y a les annonces qui ne recherchent que des filles de préférence célibataires (erreur de site?), d’autres qui vous font miroiter tout un tas d’activités et une infrastructure incroyable, or vous ne savez pas du tout quelle est la nature du travail demandé, la personne a coché toutes les cases: jardinage, ménage, aide à domicile, ce sera donc la surprise. Il y a celles qui ne mettent PAS DU TOUT LA PRESSION !!!!!! TOUTE L’INTRODUCTION EST ECRITE EN MAJUSCULE POUR VOUS DIRE QUE: “ICI C EST PAS LES VACANCES ON TRAVAILLE DUR MEME LE WEEK END SI VOUS N ETES PAS CAPABLES DE VOUS LEVER TOT, DE MANGER QUE DEUX FOIS PAR JOUR, DE VOUS COUCHER TARD ET DE PARTICIPER AUX TACHES MENAGERES PAS LA PEINE DE POSTULER. AUSSI, ON N’ACCEPTE PAS LES FUMEURS, LES ENFANTS DE MOINS DE 22 ANS, LES MANGEURS DE VIANDE (SATAN), NI LES AMATEURS DE LACTOSE. NOUS N’AVONS PAS INTERNET, AUCUN TRANSPORT EN COMMUN ET LA VILLE LA PLUS PROCHE EST A 1H45 DE ROUTE. LGBT FRIENDLY.” Moi c’est toujours le LGBT friendly de la fin qui me fait rire, “on est ouvert mais pas trop quoi,  faut pas déconner!”

Il y a ceux qui ne veulent pas de couple parce que les couples c’est l’angoisse. Ceux qui ne veulent pas de gens tout seul parce que sinon ça veut dire qu’ils vont être collants tout le temps et demander à faire des sorties avec leur hôtes, non mais vous imaginez ?!

Il y a ceux qui ont des annonces tout à fait normales et qui en message privés deviennent tout à coup très étranges et oppressants, vous demande de quitter tout de suite votre volontariat actuel pour vous engager chez eux pour 6 mois. Ceux qui répondent gentiment que c’est OK pour commencer un volontariat chez eux la semaine suivante, toi qui prends tes dispositions pour te rendre chez eux et au moment de confirmer l’adresse pour t’y rendre, plus personne ne répond!

Certaines situations Workaway auraient pu très très mal tournées. J’en suis même parfois à me demander si les gens présents sur le site étaient volontairement mal intentionnés ou s’ils ne se rendaient pas compte des situations dans lesquelles ils pouvaient nous mettre. Se retrouver à la rue pour un soir ou plusieurs nuits parce que des hôtes vous ont abandonné c’est rageant, mais il y a encore moyen de se débrouiller. Cependant si vous avez fait des milliers de kilomètres pour y aller, que vous vous retrouvez au milieu de nulle part et que votre hôte vous a posé un lapin c’est beaucoup plus compliqué et ça pourrait mettre certaines personnes avec un budget pas très en forme, dans des conditions plus que délicates. Et même si des sanctions peuvent être prises contre les hôtes qui ont ce genre de pratiques en vous plaignant à Workaway, je ne suis pas sure qu’ils puissent aider à trouver une solution de remplacement rapidement…

 En résumé, je pense que Workaway partait à la base d’une très bonne intention mais que les années passants, le système s’effile au fur et à mesure et donne lieu à des abus à répétitions non sanctionnés.

Il faut un minimum de préparation avant de s’engager dans ce genre de programme. Être sûr de ce que vous ne voulez vraiment pas faire et être réaliste sur ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas. Pour beaucoup, le volontariat est un moyen de voyager sans dépenser d’argent, dans les faits je suis d’accord, on ne dépense pas tant d’argent que ça une fois sur place, mais il faut compter ce qu’il y a autour.  Il faut notamment prendre en compte les déplacements d’un volontariat à un autre, et je dois bien avouer que c’était un aspect que j’avais totalement minimisé et qui m’a joué plus d’un mauvais tour…

En dehors de ça, Workaway nous a permis de faire des rencontres formidables tout au long de la route, hôtes comme volontaires, je n’oublierais jamais personne parmi les centaines de rencontres que nous avons faites. Des dizaines et des dizaines de nationalités différentes, des grosses cuites, des heures d’insultes en langues étrangères, de la musique italienne affreuse, des quiproquos improbables, des films pornos espagnols, des soirées québécoises hors du temps, des fous rires au coin du feu, la gorge qui se serre à chaque départ et une nostalgie constante à chaque fois que je recoins un message de toutes ces personnes qui ont marqué notre voyage. Alors même si les épreuves sont parfois dures et décevantes, je ne pourrai que vous conseiller de tenter l’aventure Workaway, il y a tellement plus de choses à gagner qu’à y perdre. Foncez!

 

Dernier volontariat dans une boulangerie ❤ ❤ ❤

Eh bien voilà, nous y sommes enfin arrivés : le récit de notre dernier volontariat au Canada.

Notre aventure qui aura tout de même durée 10 mois, s’est close il y a maintenant plus d’un mois. Le temps de voir les choses avec un peu de recul et de nostalgie ? Non pas vraiment, les évènements qui ont suivi ont été tellement intenses, que je n’ai pas encore pris le temps de réaliser tout le chemin que nous avons parcouru avant de nous installer à Vancouver. Je prendrais le temps de revenir dans un prochain article sur le bilan de cette première partie de PVT. En attendant, cet article n’est étrangement pas celui le plus simple que j’ai eu à rédiger, pour la simple et bonne raison, que c’est sans doute le seul auquel je n’ai absolument aucun reproche, aucune critique négative à faire. Je vous avais tellement habitués à décrire mes petites déceptions, désolé de vous décevoir, il n’y aura rien de tout ca dans les lignes qui vont suivre, et pour cause, ce dernier volontariat était de loin, le plus beau, le plus intéressant et le plus enchanteur que nous avons vécu.

                                      

Voila le décor: quelques kilomètres après le très célèbre Whistler, une route incroyable sillonne à travers les montagnes pour rejoindre un minuscule village dans les alentours de Pemberton. Une zone très agricole, pas particulièrement riche économiquement mais où, contrairement à beaucoup d’endroits où nous avons séjournés,  est riche d’évènements sociaux-culturels. La maison de notre hôte, un petit paradis à la mode romantisme anglais, se trouvait nichée au beau milieu de ce décor montagneux incroyable. Encore un endroit bien isole du reste du monde. Notre hôte, une ancienne architecte s était reconvertie quelque temps auparavant dans le domaine de la boulangerie. Après avoir passé un bon bout de temps à agrandir et retaper sa maison qui était à la base une simple cabane canadienne en rondins de bois, elle s’est attaquée au corps de ferme attenant pour le transformer en atelier boulangerie et en Bed and Breakfast. Un projet très ambitieux et un résultat d’une beauté incroyable. La vente des produits de la boulangerie ne se faisait pas sur place mais lors des marchés hebdomadaires des environs, un autre point super positif de ce workaway !

  

 Ce volontariat a en quelque sorte révolutionné ma vie, puisqu’ il m’a permis de prendre une décision finale sur ce vers quoi je m’orientais professionnellement pour la deuxième partie sédentaire de notre volontariat. J’avais toujours rêvé de travailler dans un tel milieu, sans avoir la possibilité de pouvoir le tester et ainsi voir si cela me correspondrait vraiment bien. Ce volontariat était une opportunité rêvée. Nous avons tellement appris. Je n’avais jamais fait de pain auparavant, et je n’étais pas non plus familière avec la pâtisserie Canadienne Nord-Américaine, voilà qui est désormais chose faite!

 

Nous avons participé à la chaine complète de la production jusqu’à la vente des produits. Nous ramassions les fruits qui servaient à la confection des pâtisseries dans l’immense jardin de notre hôte, nous cuisinions et surtout nous allions vendre les produits sur les marchés. Une expérience incroyable de bout en bout.

Nos hôtes était un couple incroyable, qui ont placé en nous une confiance absolue et ce dès le premier jour. Un couple irlandais plein de vie, d’ambition et de courage. Il en faut de la volonté pour ne dormir qu’une heure par nuit, chaque veille de marche, débordée par le travail qu’engendre tous ces pains à la levure capricieuse.

 

 C’était dans ce volontariat où nous avons fait le plus de sorties avec nos hôtes, nous avions l’impression de faire partie de la famille. Dès notre première semaine, nous avons même eu le droit à notre PREMIER vrai week end Canadien typique dans un chalet en altitude, dans un endroit plus isolé que jamais, où seuls les 4×4 bien puissants ont accès. Ce week end là, j’ai fini par avoir une crampe au visage, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire comme une possédée tout du long. Tout était tellement beau, serein, et doux. Après l’enfer de nos week end attaqués par des milliers de moustiques dans notre volontariat au sein d’une communauté hindouiste, ceux de la Sunshine Coast où j’étais tourmentée par mes problèmes de digestion dû à la nourriture un poil avariée qu’on nous donnait, et ceux que nous avions connus durant l’hiver précèdent si long et si rude… Quel bonheur immense que de pouvoir enfin passer un week end sur l’eau, sans moustique, sans enfant qui hurle, avec une nourriture merveilleuse, en super bonne compagnie. Je revois les photos de ces deux jours et je suis aussitôt saisie d’émotions.  Non mais vous avez vu ce lac glaciaire ?! J’avoue avoir été faible et être la seule à ne pas être allée nager, en même temps si vous aviez vu la profondeur, vous seriez peut être restés sur le ponton avec moi. C’était pour moi, l’occasion de conduire un bateau pour la première fois de ma vie, et j’espère que ce ne sera pas la dernière.

Comme il est difficile de décrire à sa juste valeur tous ces moments qui nous rendent heureux!

 

Nous avions beaucoup de temps libre, ce qui nous a également permis de visiter un peu la région. Nous sommes rendus à plusieurs reprises à Whistler, que nous avons tous les deux bien appréciés, et que nous avons hâte de redécouvrir sous la neige. Et puis encore une fois, j’ai eu ma dose de bonheur avec les animaux de compagnie de nos hôtes et ceux des voisins. D’ailleurs je me rends compte un peu plus chaque jour du vide que je ressens à vivre en appartement sans aucun animal domestique, pour cela nos Workaway étaient incroyables.

Alors voilà, je crois que j’ai usé de tous les superlatifs qui me viennent en tête présentement pour décrire ce workaway. Que dire de plus pour conclure ce chapitre ?! Ne désespérez pas si vous avez tendance à être déçu par vos volontariats ou que cela ne ressemble pas du tout à l’image que vous vous en étiez faits, peut être que le meilleur est prévu pour la fin, peut être que vous allez tomber sur des personnes qui bouleverseront votre vie à jamais. Moi c’est ce qui m’est arrivée, et pour cela, même si j’ai eu beaucoup d’insatisfactions tout au long de cette aventure Workaway, cela valait bien la peine de faire tout ce chemin.

 

On se retrouve très vite, c’est promis.

En attendant, prenez soin de vous.

 

 

 

Trois semaines de road-trip en Colombie-Britannique ❤

Voilà trois mois, bientôt quatre que nous avons franchi la dernière province à l’Ouest du Canada: la COLOMBIE-BRITANNIQUE.

Pour vous, cela n’évoque peut-être rien du tout, pour moi, franchir ce territoire était le deuxième objectif que je voulais atteindre après celui de faire des volontariats durant les premiers mois de notre PVT.

Parcourir le Canada d’un océan à l’autre, l’idée me paraissait belle et pleine de rebondissements. Je voulais atteindre Vancouver pour passer notre second hiver Canadien et reprendre le travail.

Voilà, un bel objectif d’atteint. Mais avant de vous parler de nos deux derniers volontariats et de notre installation à Vancouver, je vous propose un petit retour sur nos trois semaines passées toujours en compagnie de notre bébé Gordon (le van) sur les routes de cette incroyable province.

Parc National YOHO

Si je me rappelle bien de mon dernier article sur notre traversée de l’Alberta, il s’était arrêté ici: après une tempête de neige en plein mois de juin. Quelques kilomètres glaciales plus tard, après avoir parcouru une partie du Parc Provincial Yoho, nous voilà arrivés dans les Kootenays.

  • Semaine 1 : Les Kootenays.

Après une journée bien éprouvante à redescendre les Rocheuses dans un van aux freins défaillants, la première ville sur laquelle nous tombons, me fait un peu oublier les tracas du voyage. Il s’agit de Golden, ce n’est pas une ville en or, mais pour nous, c’est tout comme. Voir autant de lumières à la nuit tombée dans les rues ne nous était plus arrivé depuis des mois. Il n’y a personne dans les rues, même le Macdonald est désert, c’est dire. Un prospectus sur les mariages dans la ville de Golden me donne envie d’y revenir lorsqu’il fera plus beau et plus chaud, car visiblement en dehors d’être une ville étape sur la route des Rocheuses, Golden est difficilement appréciable lorsqu’il fait froid et pluvieux, ses principales attractions sont les sports d’extérieurs. Nous ne restons pas bien longtemps dans cette ville, juste le temps d’un Burger chez Donald.

 

    

Après une nuit presque parfaite autour d’un lac sous un ciel dégagé pour contempler les étoiles, (je tiens à remercier le propriétaire de la caravane du bout du lac et sa musique country insupportable pour nous avoir bien pourri l’ambiance), nous avons filé en direction de notre tout premier hot spring (source d’eau chaude thermale) Canadien.


Une photo officielle de Radium Hot Spring pendant l’hiver. 

Le premier était celui de la ville de Radium Hot Spring, un endroit avec beaucoup de commerces allemands et de vaches en liberté, comme celles ci-dessous, qui sont venues prendre le petit déjeuner avec nous le matin suivant.


La vallée des Kootenays était certes très jolie à parcourir mais ne nous a pas laissé un souvenir particulièrement marquant. La route traverse des étendues de verdure désertiques, ponctuées de petites villes comme Kimberley ou encore Cranbrook, que même Lonely Planet qualifie de « sans grand intérêt ». Les seules occupations que vous pourrez y trouver en dehors des sports extrêmes, sera une visite dans l’un des nombreux musées miniers ou de chemins de fer de la région. Les villes du coin n’ont pas véritablement de charme, ce sont majoritairement des endroits clés pour le commerce et les grandes industries, pas tellement pour le tourisme.

 

 

Cependant, il y a bien une route qui a marqué mon esprit. Un véritable festival de serpentins à flan de falaise avec une vue époustouflante sur le lac Kootenay.

Arrivé à Kootenay Bay, vous n’avez pas d’autre choix, il faudra traverser en ferry si vous voulez aller plus loin ou rebrousser chemin. La route s’arrête nette au milieu de nulle part. Nous nous sommes fait un plaisir de prendre le ferry, puisqu’il était G R A T U I T (ça s’écrit en lettres capitales tellement c’est rare!). La traversée du lac dune rive à l’autre dure moins de 20 minutes, et la vue est grandiose.

 

 

à bord du ferry 

Arrivés de l’autre côté du lac, notre première destination était le fameux Hot Spring d’Ainsworth, connu pour ses caves thermales. Après plusieurs jours sans douche (la vie en van c’est pas facile tous les jours!), on était bien heureux de pouvoir prendre 3 douches d’affilées et de rester barboter dans une eau à plus de 30 degrés jusqu’au coucher du soleil.

Nous n’étions pas du tout déçus du détour, Ainsworth vaut vraiment la peine qu’on s’y arrête.

Photos officielles du Hot Spring d’Ainsworth

Après une nuit diluvienne, nous avons repris la route vers l’une des villes que j’avais le plus envie de découvrir en Colombie-Britannique: Nelson !

J’avais entendu parler de Nelson quelques semaines auparavant seulement, grâce à notre site de volontariats Workaway. Plusieurs annonces pour travailler dans des centres de retraite de yoga se trouvaient dans cette ville là. Je m’étais donc renseignée pour savoir à quoi ressemblait la ville et j’ai tout de suite compris que Nelson était en réalité le San Francisco Canadien, aussi bien à travers son architecture que de part son modèle de vie. Les rues principales de la ville sont remplies de centre de yoga en tout genre, de magasins et de lieux de restauration bio/vegan/gluten-free, de quelques boutiques hippies et plusieurs salles de concerts. Après 3 mois passés dans le très sauvage Manitoba, y a pas à dire, ça dépayse !

Nous n’étions que deux jours à Nelson, je m’y serais bien vu restée plus longtemps, mais les villes sont un véritable gouffre financier lors des voyages en van. D’autant plus que l’unique camping de Nelson était un peu une honte au niveau de l’empilement de ses voyageurs. Notre van n’étant pourtant pas bien grand comparé aux campings cars, nous avions à peine l’espace pour ouvrir nos portières, avec à notre droite, accès direct sur la fenêtre du voisin et à notre gauche, la route ! On a vu pire, mais on a aussi vu bien mieux !

Semaine 2 : The Okanagan Valley

Notre départ de Nelson a marqué notre arrivée dans l’Okanagan Valley, connue comme étant la vallée fruitière du Canada, autant dire la Terre-Promise pour moi en manque de fruits frais depuis tellement de mois…

Osoyoos est la ville la plus au Sud de cette vallée, à la limite de la frontière Américaine, elle arbore un joli look d’Amérique du Sud avec ses maisons ocres et ses bâtiments ne dépassant pas les 3 étages. On s’y serait bien arrêté, mais il ne faisait que pleuvoir. La route était toujours aussi déserte sur des centaines de kilomètres au Nord. Certaines villes avaient des airs de film Western. C’est un fait, la Colombie-Britannique offre une véritable diversité de paysages et d’architecture.

Notre premier arrêt dans la vallée de l’Okanagan et sans doute celui le plus long de notre voyage a eu lieu à Penticton, l’une des villes les plus ensoleillées du Canada, ce qui en fait une très bonne destination touristique pendant la saison estivale. Décor aride, montagnes, lacs et villas improbables en chaines dans les hauteurs des falaises.

 

Penticton ne ressemblait à rien de connu à mes yeux, et c’est sans doute pour cela que j’ai beaucoup aimé y passer du temps.

C’est aussi là que nous avons trouvé nos deux meilleurs spots de camping, le premier était payant mais disposait d’une plage privée trop mignonne, le deuxième était un wild wild one, rempli de moustiques et de bêtes aquatiques, et pourtant c’est l’un de mes meilleurs souvenirs.

 

Si vous avez de gros moyens la vallée de l’Okanagan est un bel endroit pour séjourner une semaine entre visites de vignobles, balades en bateau et sports nautiques. Si comme nous, vous n’avez pas grand chose, alors vous apprendrez à vous satisfaire de la richesse des paysages. Pour cela Summerland et Peachland étaient de chouettes endroits où flemmarder au soleil et randonner sur des chemins de fer abandonnés. La visite des vignobles était pour nous impossible, chaque vignoble faisait payer son droit d’entrée une centaine de dollars par personne. Le meilleur moyen pour les approcher gratuitement et sans doute de faire du picking pendant l’été, mais nous avions bien d’autres projets pour la suite.

Nous nous sommes également arrêtés à Kelowna et Vernon.

Kelowna est une ville agréable, mais nous ne nous y sommes pas trop attardés. A quelques kilomètres de là, se trouve Lake Country, une grosse déception! L’endroit est certes très beau, mais l’unique plage du lac doit mesurer à tout casser 4m2, et au sol ce n’est rien d’autre que du gravier. Quant aux commerces touristiques du coin, je trouve que les locaux ne se sont pas bien foulés, la touriste en manque de consommation qui sommeille en moi était très déçue.

Heureusement, un peu plus au Nord, il y avait Vernon, avec ses gros problèmes de drogues mais surtout-surtout, ses librairies fantastiques! Tout mon budget souvenir y est passé!

Je passerai mon tour sur Kamloops, que nous avons parcouru en moins d’une demi-journée et qui ne m’a pas du tout inspiré.

PLASTIC PONCHO IS THE NEW SEXY

 

Bref intermède dans la vallée Fraser

A la suite de notre volontariat dans une retraite de yoga, nous avons eu l’occasion de nous balader le long de la vallée Fraser.

Cette vallée est sans doute l’une de celles qui est la moins visitée de toute la Colombie-Britannique. Il faut dire que les personnes chargées du tourisme ne sont pas au top de la performance dans les environs. Les guides touristiques n’en parlent que très peu, voire pas du tout, alors pourquoi donc s’y attarder, si pour vous rendre à Vancouver, vous pourriez plutôt passer par Whistler et Squamish ??!

Eh bien, si vous voulez mon avis, la vallée Fraser est de loin celle qui m’a le plus éblouie de notre road-trip. C’est peut-être parce-que j’ai vraiment quelque chose avec les endroits désertiques et arides, mais il n’y a rien qui me fasse pousser plus de cris d’émerveillement que ce genre de décor. La vallée Fraser est celle de la ruée vers l’or. Les villes y ont toutes gardées un petit côté far west.

Après avoir passé les portes de l’enfer. Je ne plaisante pas, HELL’S GATE existe vraiment. Le décor change radicalement, et vous voilà transportés dans ce genre d’endroit:

 

 

Une ville résonant au doux nom de HOPE, où vous pourrez vous perdre dans des tunnels abandonnés, ayant servi précédemment à l’établissement d’un chemin de fer, durant la période de la ruée vers l’or.

Semaine 3 : La Sunshine Coast

Après deux jours à découvrir Vancouver, dont j’aurai le temps de vous reparler en long et en large bien plus tard. Notre route nous a mené sur la Sunshine Coast pour notre avant-dernier volontariat. Nous avons pris le temps de découvrir ce bout de terre isolé de tout, du Nord au Sud, durant 3 semaines.

Ports et plages pour les sudistes, de Gibson à Robert’s Creek

Bon, il faut que je vous avoue un truc. On s’est un peu fait avoir avec la Sunshine Coast. Avec un nom pareil on s’attendait vraiment à débarquer sur un hot spot de surf et de touristes en folie, venus des quatre coins du monde pour s’enjailler sur les rares plages de sables fin de la côte Pacifique du Canada, et bien encore une fois, on n’y était pas du tout. Déjà, il a fallu qu’on oublie les plages de sable fin, c’était bien plus souvent des cailloux que du sable, ensuite les touristes étaient plutôt du genre à habiter à Vancouver, (qui est à 20 minutes de ferry), quant au surf, faudrait-il qu’il y ait des vagues dans un golfe. (Hum hum, voilà, voilà…)

 

Après avoir passé 3 semaines sur la Sunshine Coast, je reconnais que c’est un lieu bourré de charme, mais si vous n’êtes pas fana de randonnées et de sport nautique, je vous déconseille fortement d’y aller, puisque le tourisme n’y est pas du tout développé, en dehors de quelques évènements, il ne s’y passe pas grand chose. Si vous ne me croyez pas vous pouvez toujours consulter le guide touristique de la région, la taille et le design du fascicule et suffisamment explicite !

J’ai adoré cette île parce qu’il y a fait beau et chaud tous les jours où nous y étions et qu’elle nous a permis de nous remettre un peu de toutes nos émotions passées. Les paysages y sont magnifiques et rappellent beaucoup le Morbihan. Gibson et Robert’s Creek sont les deux endroits les plus touristiques.

 

Lacs et montagnes pour les nordistes, de Madeira Park à Egmont

De Madeira Park jusqu’à Egmont, le terrain est beaucoup plus propice à la dépense physique qu’à la glande. L’île offre de nombreux sentiers de randonnée. Tout y est encore très sauvage, des lieux de baignades jusqu’aux ports.

Mon endroit préféré sur la Sunshine Coast est sans conteste Ruby Lake, où nous avons passé 3 semaines lors de notre volontariat dans le resort du meme nom. Les couchers de soleil y sont extraordinaires, la sérénité du lieu, la diversité des animaux que vous pourrez apercevoir en fait un lieu vraiment magique.

Apres le calme de la Sunshine Coast, nous avons retrouvé l’agitation de la ville en nous rendant à nouveau à Vancouver pendant deux jours, avant d’enchainer sur notre tout dernier volontariat non loin de Whistler.

Rendez-vous au prochain épisode ?

Cinquième volontariat dans une retraite de yoga

 

Le voici enfin ! L’article tant attendu sur notre volontariat dans une retraite de yoga. Vous avez été plusieurs à me demander des détails sur cette étape de notre voyage, j’espère que cet article répondra à vos questions et si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à me contacter ou à laisser un mot doux en bas de cet article.

  • Un village hors du commun.

Tout a commencé exactement comme notre volontariat à la ferme québecoise de l’hiver dernier. Nous sommes arrivés cette fois-ci sous un temps caniculaire dans une vallée aride et désertique. Alors qu’on s’imaginait arriver dans une petite ville, chez un particulier qui aurait décidé de profiter d’avoir un terrain suffisamment grand pour pouvoir accueillir des retraites de yoga; une fois sur place, nous n’y étions pas du tout. La petite ville était en réalité une gigantesque vallée de 50 habitants unis par une même spiritualité, un même mode de vie en semi autosuffisance et une même culture, celle enseignée par le Baghavad Gita, une branche de l’hindouisme. C’était pour nous la première fois que nous expérimentions un village communautaire.

N’hésitez pas à cliquer sur les images pour les voir de plus près.

 

 

Cette vallée reculée de tout avait été un jour, le terrain de chasse des hommes venus à la conquête de l’Ouest au temps de la ruée vers l’or. Laissée inhabitée pendant des décennies car étant une terre assez hostile, ce n’est que dans les années 70, qu’un guru hindouiste venu convertir l’Ouest Américain s’intéressa à cette vallée pour y bâtir le premier village Bhakti de la région. D’autres villages semblables prirent forment un peu partout en Amérique du Nord, mais celui-ci ne dura que quelques années avant de péricliter. Comme de nombreuses communautés à volonté autarcique, celle-ci n’échappa pas au dur retour à la réalité que ses membres n’avaient visiblement pas anticipé. Pendant des années, ce village vécu sans argent, chacun cultivait sa propre nourriture et se débrouillait avec les économies de sa vie passée. Sans penser qu’un jour, leurs propres enfants auraient eux aussi besoin d’argent, d’un travail ou tout simplement envie d’un autre mode de vie. L’expérience fut douloureuse pour tout le monde. Les enfants en premier car prisonniers de cette vallée, et les parents également puisqu’ils durent renoncer à cette aventure une fois arrivés en fin de vie de leurs économies. La vallée est ainsi restée à nouveau vide de vie humaine pendant quelques années, avant que de nouvelles personnes ainsi que des anciens reviennent pour retenter l’expérience.

Bien que le village réussi à renaitre de ses cendres il y a une quinzaine d’années, aujourd’hui encore, il n’y a toujours pas de commerce dans la vallée, donc aucune source de rentrée d’argent et une simple école pour une trentaine d’enfants de 3 à 18 ans, avec une seule classe tous niveaux confondus. La version 2.0 de cette communauté ressemble donc étrangement à la première.

Le centre de retraite de yoga dans lequel nous avons travaillé sera donc ainsi le premier business de la vallée, permettant ainsi de créer de l’emploi, du dynamisme et inciter de nouvelles personnes à vivre en ce lieu.

  • Entre jungle et désert.

La vallée à elle seule suffit à donner le vertige. C’est un type de paysage que nous croisions pour la première fois au Canada. Le genre de paysage aussi attrayant que répulsif. Le climat aride et les forêts d’épineux étaient une combinaison parfaite pour l’existence et la prolifération d’insectes et d’espèces animales peu sympathiques. Nos deux principaux ennemis étaient les moustiques et les serpents. Je n’ai sincèrement jamais vu autant de moustiques de ma vie. Ils étaient tellement nombreux que leurs incessants déplacements formaient un bourdonnement omniprésent bien plus fort que celui d’un essaim d’abeilles. Malgré les répulsifs, malgré plusieurs couches de vêtements , il nous arrivait parfois d’avoir plus d’une dizaine de moustiques sur le corps en même temps, rien n’y faisait. Et comme durant ce volontariat, nous dormions dans notre van, que notre douche était une douche solaire, et nos toilettes des toilettes sèches et que nous travaillions majoritairement dehors… le cauchemar était permanent. Si on s’habitue à tout, les moustiques doivent être l’exception à la règle. Les montagnes tout autour de nous étaient quant à elles une agréable présence la plupart du temps, mais renforçaient également le sentiment d’isolement et l’impression d’être sur une terre très hostile à toute présence humaine. L’expérience était de ce point de vue intéressante à vivre pour quelques jours, nous l’avons vécu pendant plusieurs semaines et mon esprit commençait à me jouer des tours, je ne veux pas imaginer à quoi ressemblerait tout une vie en ce lieu. Encore une fois, c’était incroyable de voir, toutes les concessions et les affronts de la nature que les Canadiens sont prêts à affronter pour vivre en autarcie.

Notre maison pendant un mois, notre van d’amour perdu au milieu de l’obscurité.

  • Une patience à toute épreuve.

Autre déconvenue en arrivant sur place, nous remarquons très vite que la retraite de yoga ou du moins les espaces qui devraient lui être dédiés n’existent pas encore. Etant venus principalement pour aider à la construction d’une serre et à l’aménagement des espaces extérieures ,il était évident pour nous que les espaces intérieurs avaient été conçus depuis longtemps. GROSSE ERREUR. Nos hôtes avaient emménagés là cinq ans auparavant, à l’origine leur terrain était une forêt de sapins où il était impossible d’avancer plus de trois pas en ligne droite sans se prendre un arbre. Il leur aura fallu plus d’un an pour déboiser ce qui allait devenir leur espace de vie. Marc, notre hôte a toujours eu la volonté de construire sa maison tout seul, sans faire appel à aucune entreprise. (Vous noterez ici encore la témérité et la volonté sans faille des canadiens.) Leur maison s’est donc construite lentement mais surement. Un été a été dédié à la construction d’un périmètre de sécurité principalement contre les nombreux feux de forêts très récurrents dans cette zone aride et contre les animaux du coin tels que les loups et les ours. A notre arrivée, seulement deux toilettes sèches, une douce solaire et une cabine avait été construite pour le centre de retraite. Il manquait encore le principal: le dôme qui accueillerait les coures de yoga et les infrastructures pour accueillir les participants (5 ou 6 autres cabines). Il y avait donc encore beaucoup à faire. Certains d’entre vous m’ont demandé quelle était la nature de notre aide dans cette retraite de yoga, voilà enfin l’heure de la réponse.

  • Le lac, majeure distraction de la vallée par beau temps.
  • Introduction au véganisme et débroussaillage en milieu hostile.

Nous étions 6 volontaires au départ, un couple allemand et un couple canadien, puis un couple d’italiens, avant que tout le monde ne s’en aille et qu’il ne reste plus que nous. C’était une aventure assez incroyable que d’être entourés par des couples de multiples nationalités pendant ces quelques semaines.

Notre principale mission a été de nous familiariser et de devenir des chefs en cuisine végane (ce qui n’est à la base pas du tout notre truc, rappelez-vous notre première immersion en territoire végane à Terre-Neuve.) Nous avons à nouveau découvert de nouvelles saveurs. La première semaine a été très riche en nouveautés : toutes ces poudres énergisantes et ces alternatives aux produits laitiers et aux aliments composés de gluten. C’était un nouveau monde pour nous. L’expérience était bien plus extrême qu’à Terre-Neuve, les plats étaient beaucoup moins variés, toujours composés de riz et très très peu salés ni épicés. La deuxième semaine était un désenchantement, mon corps n’a pas supporté un tel changement aussi brutal d’alimentation : les ballonnements étaient mon quotidien. Quant aux dernières semaines, en plus des maux de ventre s’ajoutaient la lassitude de manger du riz parfois jusqu’à 3 fois par jour, petit-déjeuner y compris, d’avoir le ventre gonflé comme un enfant du Darfour en malnutrition et de n’éprouver que de l’appréhension à l’approche des repas. Bilan de l’expérience végan : PLUS JAMAIS CA !

Lorsque nous n’étions pas en cuisine, nous étions principalement dehors (eating alive by mosquitoes) à poursuivre le débroussaillage sans fin de la foret ou à construire de nouvelles infrastructures pour la maison mère du centre de retraite. Pour ma part, j’ai appris à construire un escalier de A à Z (vous pouvez donc désormais me contacter pour toute construction sur mesure), nous avons également bâti un potager avec ma tendre moitié.

La troisième tâche qui nous était demandée, et pas des moindres :

  • « Fight the demons !!!! » 

Oui, oui ! Vous avez bien compris : combattre les démons.

Dans la religion pratiquée par la communauté, il était très tôt enseigné aux enfants de combattre le mal, ce qui sous entendait les péchés tels que la luxure, l’avarie, la jalousie, etc. Rien de nouveau sous les tropiques ! Sauf que pour un enfant, le démon est une personne à part entière qui peut se démultiplier à volonté et vous court après toute la journée avec comme seul objectif: vous congeler le cerveau ! Très belle image quand on y pense. Du coup, vous l’aurez compris, notre mission était de s’occuper des enfants et donc des démons.

Sauf que voilà, en moins de 48h, il était devenu évident que les démons n’étaient pas invisibles, ils étaient bien là, en chair et en os, sous la forme de deux petits farfadets de 3 et 5 ans. Les enfants les plus turbulents que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent : au rythme de 4 crises de larmes par heure, une pluie d’insultes quotidienne et une certaine passion pour la destruction et la décadence. Que faire, que dire ? Pour être honnête, c’était pour moi la première fois que je m’occupais d’enfants et j’étais vraiment dépassée par les événements. Ce n’était donc pas une blague, j’ai bien passé plusieurs semaines à combattre deux démons. Et quelle victoire triomphante chaque fois que je parvenais à les réduire au silence !

  • Tout est question de paix intérieure.

Je ne vous cache pas que pour toutes ces raisons, c’était une expérience riche mais très éprouvante.Quand on visualise une retraite de yoga, on pense bien souvent à un endroit calme et relaxant, alors que ce que nous avons vécu était tout l’inverse. Pour autant, l’expérience a été d’autant plus formatrice : comment trouver la paix en soi quand tout autour de vous n’est que chaos.C’est le principe même de la méditation à laquelle nous avons été introduite. La méditation par le chant, une chose bien étrange pour toute personne qui découvre cette pratique pour la première fois, et une véritable transe pour celui qui sait de laisser envouter par la magie de cet art. Et puis bien entendu, nous avons fait du yoga, nos premiers étirements après un hiver bien rude et deux mois de vie dans un van de 4m2, c’était un peu douloureux, mais quel bonheur !

  • Attention, paragraphe optimiste !

Malgré tous les déconvenues qui nous sont arrivés durant ce volontariat : les conditions d’hébergement très rudimentaires, la nourriture qui me faisait tout sauf du bien et l’omniprésence d’enfants turbulents ; je garderai tout de même un bon souvenir de ce volontariat, notamment pour nos deux hôtes qui étaient deux personnes que nous avons beaucoup appréciées, pour tout l’échange culturel dont nous avons pu bénéficier et pour tous les challenges que nous avons dû surmonter. Un workaway est loin d’être un club de vacances, cela implique en réalité bien plus de travail, de concessions et de difficultés qu’un réel travail. Chaque volontariat nous met face à de nouvelles difficultés que nous n’aurions sans doute jamais eu en temps normal. Et si parfois je fulmine en silence, c’est aussi ça qui fait la beauté et la richesse d’un tel voyage.

10 choses que j’aurais aimé savoir avant de partir en road-trip au Canada

 

10 choses que j’aurais aimé savoir avant de partir en road-trip au Canada

  1. Le camping sauvage (dans certaines provinces) tu oublieras.

La première et principale mauvaise surprise que nous avons eu durant notre road-trip d’un mois entre le Manitoba et la Colombie-Britannique c’était ça: la difficulté de faire du camping sauvage. Pour être honnête, avant de partir, nous n’avions pas prévu grand chose en dehors d’un vague itinéraire. Pour la première fois de ma vie, je voulais prendre cette résolution : ne pas tout contrôler, ne pas planifier les événements, mais simplement profiter de l’instant et voir où le vent nous mène. Cela incluait de ne prévoir aucun endroit où nous irions dormir.

En France, on se débrouillait  toujours pour trouver un endroit abandonné, une petite ruelle déserte ou une forêt pour camper. Avec l’immensité du territoire Canadien, on pensait que nous n’aurions que l’embarras du choix pour se trouver un emplacement le soir. En réalité, les choses se sont avérées bien plus compliquées que prévu…

Dans le Manitoba pour notre première nuit, nous avons eu de la chance. Nous sommes allés au Parc Provincial Hecla et comme nous étions totalement hors saison, il n’y avait que nous en dehors des locaux. Nous n’avons pas eu de problème à trouver un emplacement pour dormir, mais la nuit suivante fut notre première galère.

Nous n’avons jamais pris la Transcanadienne, toujours des petites routes car c’est souvent sur celles-ci que l’on découvre de jolis spots pour dormir. Malheureusement pour nous, du Parc d’Hecla jusqu’à Dauphin Lake, en passant par les Narrows, nous n’avons trouvé aucun emplacement, les routes étaient rectilignes, sans possibilité de se garer sur les côtés, ni de pénétrer dans une prairie ou d’avoir accès à un lac sans passer par un camping payant.

Au Saskatchewan, nous n’avons pas du tout eu de problème car la province regorge d’endroits abandonnés et il est aussi très facile de camper à côté d’un lac.

L’Alberta nous a aussi déçu de ce point de vue là. En dehors des Rocheuses où je comprends très bien la nécessité d’interdire ce genre de pratique, le reste de la province n’était pas plus conciliante pour autant. Contrairement au Manitoba, où il était techniquement impossible de camper facilement, en Alberta, les endroits pour le faire ne manquaient pas , mais des panneaux vous rappelaient alors que c’était tout bonnement illégal de planter sa tente et de stationner la nuit à certains endroits.En étant hors saison touristique, il y avait peu de chance de se faire réveiller par un policier en pleine nuit mais ce genre de contexte n’est jamais véritablement agréable.

En Colombie-Britannique, les conditions sont incroyablement plus favorables pour camper que les provinces précédentes. Il y a plus de routes, donc plus de possibilités de trouver des endroits cachés et de lieux à cet effet. Il n’empêche que dans les villes et tout principalement dans l’Okanagan Valley, il est plutôt difficile de se trouver un spot légal autre qu’un parking de supermarché, ce qui a aussi son charme.

  1. Le camping payant tu détesteras.

Force est de constater que si le Canada n’est pas super emballé par le camping sauvage, il n’en reste pas moins l’un des pays les plus performants au niveau du camping payant! C’est bien simple, il y en a partout, toutes les villes en ont un voire même 3 ou 4. Certains ont même de la place pour accueillir plus de 200 tentes/vans/camping-car sur un même terrain. C’était à la fois super impressionnant et aussi assez navrant.

En tant que française (oui on en revient toujours à ça) même si mon expérience en camping se compte sur les doigts d’une main, j’avais en tête une certaine représentation et une certaine attente du camping: un espace suffisamment grand pour poser une tente/garer sa voiture/avoir une table et encore de l’espace pour faire au moins 3 roulades consécutives ; avec des séparations végétales qui empêchent de surprendre ses voisins à moitié nus, plusieurs espaces pour prendre des douches, un espace de restauration type snack ou à défaut une petite supérette, des jeux pour les enfants et un minimum d’animation type concerts ou projections de film. Le tout pour un prix raisonnable Voilà, c’était ça mon idée du camping, et c’était ça que je pensais retrouver au Canada.

On n’y était pas du tout !

Pour avoir essayer plus d’une dizaine de camping, on s’est vite fait à l’idée que les premiers que nous avons essayé n’étaient pas des cas isolés, mais que la façon de pratiquer le camping au Canada était totalement différente de celle que nous avons en France.

Le camping canadien c’est : l’empilement efficace et sans état d’âme (un espace suffisamment grand pour poser une tente, mais parfois la voiture ne rentre pas). Et si vous tombez vraiment sur les plus économes, il se peut que vous partagiez même votre table de pique-nique avec l’emplacement voisin. La plupart des emplacements sont réservés aux détenteurs de camping-car, une pratique qui échappe encore totalement à ma compréhension. Une maison roulante aussi grande qu’un bus, ultra équipée qui ne motive absolument pas ses occupants à faire autre chose que d’y rester à l’intérieur. Le résultat d’une telle pratique ? La plupart des campings n’ayant que peu d’espaces pour les pauvres campeurs en tente et van, estime que cela ne vaut vraiment pas la peine de verser la moindre goutte de transpiration dans la construction d’espaces communs où il serait possible de s’abriter lorsqu’il pleut par exemple. Les aires de jeux pour les enfants sont inexistantes à l’exception de certains campings assez hypes, et si vous tenez à faire un barbecue, cela s’ajoutera sur votre facture finale. A 19h30, tout bon Canadien a donc fini de manger, parfois même, il dort déjà. L’avantage c’est que vous pouvez dormir sereinement, l’alcool étant interdit, personne ne viendra hurler sous votre fenêtre en pleine nuit. L’inconvénient ? Une vie de camping inexistante, et je dois dire parfois assez pesante, quand on se rendait compte que personne autour de nous ne prenait la peine de manger en extérieur. Alors que bon, si on ne fait pas de pique-nique en camping, quel est le bon moment pour en faire un ?!

S’ajoute à cela que pour un prix parfois indécent, il faudra faire avec des douches payantes qui ne fonctionnent pas ! Douches froides à gogo et douches à 20 minutes de marche de l’emplacement de camping… pourtant c’était toujours le même tarif.

La douche à pièces est d’ailleurs l’invention la plus grotesque qui soit, sous couvert d’écologie, prétendre que ce n’est pas une manière de gagner plus d’argent. Alors que l’eau coule à forte pression sans discontinuer et sans possibilité d’interrompre le flux pendant plus de 4 minutes. Mais quelle brillante idée !

  1. La malbouffe, tu aimeras.

Au départ, on était plutôt bien organisé niveau nourriture. Grâce à notre petit réchaud, on pouvait se concocter de bons petits plats qui se transformait parfois en festin : j’ai quand même réussi à faire un couscous de camping et des spaghettis bolognaises. Et puis, ça c’est gâté. Avec l’omniprésence de la pluie, nos ambitions ont été revus à la baisse. Alors la malbouffe a commencé. Un régime alimentaire composé à 50% de pâtes, 25% de chips et 25% de Mcdo. Bon marché, calorique et pratique !

L’avantage en plus d’avoir économisé de l’argent sur les légumes ? On a aussi perdu du poids ! Comme quoi… manger gras et votre corps vous remerciera.

  1. L’hygiène tu pleureras.

Je me rappelle, une de mes principales préoccupations quand je potassais sur l’idée de voyager en van était de savoir : comment survivre aux besoins fondamentaux de ma personne à savoir : faire caca et avoir ses menstrues dignement. Mes amis m’ont d’ailleurs offert : « Comment chier dans les bois », preuve que c’est finalement une préoccupation que nous partageons tous. Alors même s’il est tout à fait possible de rester propre dans un van en se lavant avec des lingettes ou une bassine. C’est un peu plus compliqué quand il s’agit de faire ses besoins alors que d’autres personnes partagent le même parking que vous. Heureusement nous avions une invention de génie avec nous (si vous n’avez pas suivi, je vous invite à relire cet article jusqu’au bout) et je peux vous dire que notre nouveau meilleur ami, nous a sauvé la vie bien plus d’une fois.

Il me reste encore a trouvé une solution pour mes cheveux un peu spéciaux qui n’ont pas vraiment survécu à un hiver canadien + à ses conditions de voyage. La plupart de mes cheveux se sont cassés en deux, ce n’est pas bien grave, mais ce n’est pas non plus esthétique. Et je ne sais pas bien encore comment réparer tous ces dommages.

  1. Pauvre, tu finiras.

Estimer un budget de voyage d’un mois dans un pays que l’on connaît peu et dans des conditions de voyage inédites n’est pas chose aisée.

La plus grosse partie de notre budget résidait dans l’essence.

Nous devions faire autour de 3500 km en 1 mois, au final l’ardoise est montée à quelques centaines d’euros supplémentaires puisque nous avons dépassé la barre des 4000km.

Quand je regarde le compteur défiler, ça m’angoisse toujours…

S’ajoutait à cela les prix des campings payants que je n’imaginais pas aussi conséquents entre 18 et 25 euros la nuit, uniquement pour un emplacement sans eau ni électricité. Les plus chers d’entre eux en profitaient même pour mettre des douches payantes non-inclus dans ce tarif.

Puis il a fallu payer l’entrée dans les Parcs Nationaux, nous avons pris un pass à l’année, ce n’est pas donné (135 dollars pour une voiture) mais au moins nous pourrons en visiter plein d’autres. Nous avons eu la chance pour certains parcs provinciaux d’arriver tard dans la nuit et de nous retrouver face à des guichets fermés… une belle économie!

Les activités au Canada sont extrêmement chers, je repense notamment aux fameuses gondolas de Banff (sorte de téléphérique qui vous emmène au sommet du Mont Sulphur) 1 minute et quelque d’ascension pour la somme de 36$ par personne. Ce que nous n’avons bien évidemment pas fait, puisque nous avons préféré nous servir de notre propre corps pour nous élever au sommet des Rocheuses.

Quant à la nourriture et aux sorties ce sont sans doute les deux points sur lesquels nous avons été les plus économes. Pour la suite de nos aventures, il nous sera même possible de varier les plaisirs et de manger autre chose que des nouilles instantanées!

  1. Car-jacker par les gangstas de la forêt tu seras.

La saison d’hibernation ayant pris fin depuis quelques temps, nous avons eu la chance d’avoir sous nos yeux un merveilleux panel de wildlife tout au long de notre voyage. Nous avons eu la visite d’un orignal au petit matin sur une aire de camping. Un majestueux cerf sur un bord de route, une dizaine d’ours tous plus mignons les uns que les autres et même un lynx, oui, oui rien que ça ! Tous les campings sont d’ailleurs hyper réglementé sur ce point là. Il ne faut pas déconner avec la wildlife. Laisser traîner ne serait-ce qu’un verre de jus de pomme sur une table et ça pourrait être un véritable carnage. Après la ruée vers l’or, la ruée vers la bouffe ! Pour nous montrer à quoi nous nous exposons si nous commettons le délit d’exhibitionnisme alimentaire, chaque camping a chacune de ses entrées met bien en évidence l’exemple d’une glacière négligée par son propriétaire qui a fini déchiquetée par un ours. On a donc bien compris la leçon, pas une seule miette de chips ne dépassait de notre van. Pourtant cela ne nous a pas empêché pour autant de nous faire attaquer par une bête à cornes en pleine nuit. Plutôt rusée car à demi-éveillée, j’ai quand même pu remarquer que l’affreuse créature avait essayé d’ouvrir la portière avec ses bois. Après plusieurs secousses désespérées, serait-ce l’odeur de nos pieds qui était l’objet d’un tel acte de vandalisme ?! Le gangster d’orignal a cédé et poursuivi son chemin. Heureusement que ce genre d’animal ne se déplace pas en meute, vous imaginez les dégâts ?!

Wikicamp deviendra ton pire ennemi.

Ah, Wikicamp! L’application de tout road-triper accompli! Wikicamp est mieux que n’importe quel guide touristique (cf: partie 8 à lire ci-dessous), pourquoi? Parce-que cette merveilleuse application vous montre tous les endroits pour camper qui se situent autour de vous après vous avoir géo-localisé. Elle permet de filtrer votre recherche et de pouvoir uniquement sélectionner des emplacements gratuits par exemple. Chaque utilisateur peut noter ces spots ou en créer un nouveau lui-même. Si pour vous prendre une douche n’est pas une nécessité absolue, vous pourrez donc voguer sans crainte de spot gratuit en spot gratuit. Je ne vais as le nier Wikicamp nous a fait découvrir de très chouettes endroits et nous a emmené sur des routes où nous ne nous serions pas aventurées autrement. Pour autant, Wikicamp est aussi très rapidement devenu mon pire ennemi… La fatigue n’aidant pas, il nous est arrivé un nombre incalculables de fois d’arriver sur un emplacement indiqué et de s’apercevoir une fois sur place qu’il n’y avait rien d’autre qu’une rangée de buissons et d’orties. Ça n’étonnera personne, mais il n’y a rien de plus énervant que de gaspiller de l’énergie et du carburant pour aller nulle part. D’autre fois, il nous est arrivé de tomber sur un terrain agréable muni de toilettes extérieurs, et nous avions l’incroyable surprise de découvrir qu’ils étaient souillés de merde humaine du fond de la cuvette jusque sur le couvercle de la lunette, voire même autour. Le retour à la nature rendrait-il les campeurs incapables de se servir d’un WC ?!

  1. Des guides touristiques tu te méfieras.

Oui bon, d’accord… Je dois vous avouer une chose. J’ai eu la brillante idée d’amener avec moi un guide touristique sur la Canada aussi gros qu’un dictionnaire, je l’avais acheté il y a 3 ans de ça dans une brocante pour la modique somme de 2euros puisqu’il s’agissait d’une édition de 2002. L’avantage c’est que c’est un guide vraiment détaillé, l’inconvénient c’est qu’il n’est absolument pas à jour et que certains endroits n’existaient plus, et les tarifs indiqués étaient totalement désuets. Le meilleur exemple est sans doute celui des gondolas de Banff (encore une fois!) qui coûtaient il y a 15 ans, 10 dollars la montée tandis que la descente elle, était gratuite, aujourd’hui l’allée comme le retour est payant et l’addition est très salée, plus du triple ! Ou bien encore, le prix de la plupart des campings qui ont été multiplié par 2, en 2002 la plupart d’entre eux coûtaient entre 10 et 15 dollars. (Merci la mondialisation!) Mon superbe guide nous a aussi emmené à de nombreuses reprises dans des lieux qui étaient anciennement plein de charme et qui 15 ans plus tard donnaient l’impression d’avoir été laissé à l’abandon, où seuls des magasins de déambulateurs étaient encore en service. Il y a aussi ces endroits qui jadis étaient un pari touristique, et qui par faute de touristes ont fermé boutique, les stations essences y compris. Moralité : essayer toujours de prendre un guide actualisé.

  1. Des randonnées tu te méfieras.

J’adore marcher. C’est important de le préciser car cela est étrangement paradoxal avec ce qui va suivre : je déteste les randonnées. Il y a quelque chose de très scolaire qui me déplaît avec les randonnées, celui de suivre un chemin tout tracé et de le partager simultanément avec des centaines d’autres personnes qui font exactement la même chose. Si les randonnées sont dans lieux un peu exotiques avec une histoire intéressante je me laisse volontiers tenter, mais si c’est uniquement pour la performance alors là, j’ai du mal ! Pendant notre road-trip on s’est essayé à la randonnée à de nombreuses reprises dans les Rocheuses et à chaque fois j’ai eu du mal à comprendre pourquoi s’infliger ça ! Au sommet la vue était certes grandiose mais je me sentais incapable de ressentir la moindre satisfaction par rapport à l’effort que je venais de fournir. J’éprouvais plutôt de la haine pour ceux dont le travail était de baliser le sentier. Combien de fois s’est on retrouvé sur un sentier qui indiquait circuit de 4km, où nous réalisions après plus de 4h de marche que nous avions du rater une balise sur la piste…Je déplorais aussi le manque d’explication sur les paysages et la faune qui nous entouraient dans un milieu aussi protégé que les Rocheuses. Bref, j’étais déçue. Les seules randonnées que j’ai véritablement adorées étaient les plus touristique, il y avait beaucoup trop de monde (et oui déjà au mois de juin) mais les paysages en valaient le détour !

  1. Même en été des bottes fourrées et ton ciré tu prendras et si tu tiens à la vie, l’antimoustique tu n’oublieras pas.

Le Canada est un pays météorologiquement instable. Bien plus que la Bretagne ! Après avoir suivi une amplitude thermique de 80° entre avril et juin (on a connu un -40 degrés en hiver et nous subissons actuellement un 40° à l’ombre). On aurait pu deviner que le Canada nous réservait bien des surprises sur ce point à, mais honnêtement, je ne m’attendais pas à voir autant de pluie sur la route et même de la neige en plein été, de même pour les températures d’un jour à l’autre. Un équipement pour toutes ces variations s’imposait autant du point de vue vestimentaire que de l’équipement à l’intérieur du van. J’ai regretté de ne pas avoir de vêtement imperméable et puis finalement j’ai craqué pour le plus beau des ponchos lors de notre dernière semaine sur la route où bizarrement il ne pleuvait plus !

Quant aux moustiques, que dire ?! Pourquoi n’y a t-il pas une d’extermination massive de ces êtres abominables ? Je vous écris avec actuellement une centaine de piqûres sur tout le corps. C’est insupportable et il me tarde de retrouver la pollution des villes pour ne plus à voir à faire avec ces créatures venus tout droit de l’enfer. C’est dire… l’hiver me manquerait presque !

Revenez bientôt,un article sur le Saskatchewan se prépare !

A très vite !

Mécanismes de survie en milieu hostile

En Avril, j’ai tout de même réussi à faire autre chose que d’être simplement fatiguée.

Après avoir longuement attendu l’arrivée du Printemps, je me suis faite à l’idée que peut-être, il ne viendrait pas.

Je me suis découverte d’un fil, je ne porte plus mon manteau c’est terminé, c’est ma manière à moi de lutter contre le froid. Ici, il fait toujours entre -10 et 5 degrés, le vent se lève et la glace sur le lac craque tous les soirs. Elle aussi ne supporte plus les variations de températures, comme ma peau qui s’est remise à peler, je crois bien que je n’ai jamais eu un teint aussi blanc de ma vie. Alors il n’y a rien de mieux à faire que de se fortifier l’esprit et se remonter le moral en nourrissant un peu son cerveau.

Ce mois-ci était riche en découvertes. J’ai pu prendre le temps de comprendre un peu mieux la psychologie des tueurs en série, je me suis remise à m’intéresser à Freud et son interprétation des rêves, je me suis replongée dans la psychose de Norman Bates.

Je me suis intéressée à ces choses qu’on n’aimerait mieux ne jamais savoir, comme par exemple: l’autodestruction du corps*.

Je ne me suis jamais demandée ce que je deviendrai une fois que mon cœur aurait arrêté de battre. Je veux dire, physiquement parlant.

C’est à la fois macabre et rassurant d’y voir désormais un peu plus clair. Et comme je suis d’humeur généreuse, je veux bien vous expliquer ce que j’en ai retenu.

Une fois mort, vous allez vous auto-détruire en plusieurs étapes. Cette autodestruction s’explique par la dégradation des lipides et des glucides. Votre peau prendra une apparence marbrée, et vos veines que vous n’êtes pas habitués à admirer sur votre peau, s’exprimeront de toute leur beauté en un magnifique tatouage sur l’intégralité de votre corps. Viendra ensuite la décomposition organique proprement dite, qui provient de la flore bactérienne hébergée par les intestins. Elle débutera par le colon et s’étendra à l’abdomen où des taches vertes correspondant à la dégradation des pigments biliaires apparaîtront. Cette coloration verdâtre se répandra ensuite sur tout votre corps avant d’atteindre les extrémités, qui elles résistent plus longtemps. Vos tissus et organes deviendront beaucoup plus fluides. Je vous épargne tous les détails vraiment sordides de putréfaction et décompositions progressives de votre apparence extérieure. Mais dites-vous bien que si le simple mot de putréfaction vous dégoûte, il y en a pour qui l’odeur est un véritable délice. Je ne fait pas référence aux tueurs en série, rassurez-vous, non, je vous parle des insectes. Volants ou rampants, quand vous aurez désertez votre corps, c’est eux qui viendront l’habiter. Dit ainsi, je vous l’accorde, c’est effrayant, on n’a pas vraiment envie de savoir ça pour passer une bonne journée. Mais c’est peut-être le moment de remettre en question votre rapport aux insectes et de les affectionner davantage, puisqu’ils feront sans doute un jour parti de vous. On en distingue quatre catégories (et c’est là encore un parallèle très étrange avec mon étude des tueurs en série): les nécrophages qui se nourrissent de la viande putréfiée, les nécrophiles qui se nourrissent des nécrophages, les omnivores qui se nourrissent à la fois des nécrophiles et du cadavre et puis, les opportunistes qui comme certaines araignées se servent du cadavre comme refuge. (J’ai toujours détesté les opportunistes, voilà sans doute pourquoi je déteste aussi les araignées.) Ces quatre catégories se répartissent elles-mêmes en huit escouades : toutes prêtes à entrer en scène au rythme des modifications du substrat nourricier dont elles activent la dégradation. La première escouade composée essentiellement de diptères, mouches bleues pondant leurs larves dans les plis humides et les blessures, intervient au moment même où un sujet donné bascule de vie à trépas. La deuxième escouade constituée par les Sarcophagidae, carnivores alléchés par la décomposition des matières fécales, se nourrit directement de la charogne. La fermentation des graisses et des matières protéiques attire ensuite la troisième escouade, coléoptères et lépidoptères qui se partagent le travail entre la ponte et la dévoration des chairs. Quatrième, cinquième et sixièmes escouades profitent des différentes humeurs du corps jusqu’à son dessèchement. Enfin, les Dermestidae et Tineidae racleront les tendons et les ligaments avant que les Tenebrionidae et Ptinidae n’éliminent les restes des escouades précédentes,  larves, chrysalides et insectes morts. Mouches, papillons, coléoptères, acariens, scarabées noirs et rouges s’installent dans les corps humains. Ils pondent, mangent se reproduisent, se métamorphose. Ainsi, de la mort vient la vie et même si le procédé n’est pas très glamour, je trouve que c’est assez rassurant de se dire que bien qu’on ne sache toujours pas ce que devient l’âme après la mort, le corps lui, se détruit pour vivre ailleurs et cela est certain. Je sens que vous êtes désormais impatients que je vous parle de la réincarnation. Oh, mais cet article est déjà bien trop long !

Le plus beau cimetière Canadien, quelque part à Terre-Neuve.

Dans la même veine, j’ai aussi pris le temps d’écouter de belles pépites radiophoniques, dont le témoignage d’un ancien directeur RH parlant de ses pratiques et du management des grandes entreprises. Un schéma en parfaite adéquation avec l’imagerie de la chaîne alimentaire, en perpétuel recherche du maillon faible et de la façon la plus efficace pour rendre toute tentative de résistance impossible et chaque employé impuissant. Après moult réflexions et méditations sur le sujet, je me suis rendue compte que malgré tout le mal que j’ai pu dire et voir dans ce système, j’étais encore loin du compte…

J’ai vu un documentaire sur le Minimalisme (merci Netflix) et même si je me demande encore pourquoi en 2018, les documentaires américains continuent de ressembler à des publicités d’1h30 pour une pilule magique qui vendrait le bonheur absolu, il y avait tout de même quelques chouettes mises en scène dans ce docu. Le sujet donne beaucoup à réfléchir, et je reviendrai sans doute dessus.

Avril aura donc été sans conteste le mois le plus froid, le plus long et également celui où je me serais plainte le plus (on ne se refait pas !)

Et voilà que le 30 Avril, les températures s’affolent. La neige a disparu, la glace du lac fond à petit feu et les premiers moustiques font leur apparition.

Déjà 6 piqures en une seule journée, en voilà qui ne m’avaient pas manqué !

Au revoir l’hiver, ne te presse pas trop pour revenir ! XoXo

Promis pour le prochain article je vous en dirais plus sur ce qu’on a fait en cette fin d’hiver et où le printemps nous mène! A très vite !

* Si cet exquis passage sur l’autodestruction du corps vous intéresse, je vous invite à vous plonger dans Mécanismes de survie en milieu hostile, le livre très étrange d’Olivia Rosenthal.

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Montréal – Une histoire d’attente.

La condition humaine relève principalement de l’attente. L’homme attend. C’est son destin. C’est parfois son métier. C’est toujours ce qu’il fait de mieux. Il commence tôt à attendre. C’est en attendant qu’on apprend à attendre. Dans une société à dominante administrative, chacun a par conséquent, grand intérêt à savoir attendre. L’action n’est qu’une interruption momentanée de l’attente. En moyenne, on agit peu et on attend beaucoup. Le monde s’est construit en attendant.

Départ précipité de l’île de glace.

C’est en Islande que nous nous étions quittés, c’est au Canada que nous nous retrouvons.
Chose importante à souligner, puisque nous avons bien failli ne jamais arriver au Canada, ou en tout cas, dans de très mauvaises dispositions.
C’est le moment où je vais faire de la très mauvaise pub pour une compagnie aérienne (COUCOU WOW AIR, CE MESSAGE EST POUR TOI). Nous voyagions donc grâce à Wow Air (compagnie Islandaise) pour se rendre au Canada. A l’allée, notre avion avait déjà été retenu plus de 2h au sol pour cause de « vents violents », (des conditions qui rendent serein quand on est déjà pas bien rassuré en avion), mais ça, on est bien d’accord, ce n’était évidemment pas la faute de la compagnie !

En partance pour le Canada, c’était une toute autre histoire. La compagnie m’envoie un mail la veille de notre départ pour nous avertir que dû à des conditions climatiques particulièrement mouvementées, le vol serait retardé d’une heure… Jusque là tout va bien.

Le lendemain, nous prenons donc tout notre temps pour enregistrer nos bagages à l’aéroport. Aux guichets d’enregistrements, nous sommes une quinzaine à faire la queue, il n’y a qu’un seul employé derrière les guichets pour enregistrer tout ce petit monde. On se dit: « tiens, vu le monde, c’est dans un coucou qu’on va voyager. » Les deux personnes qui se font enregistrées juste devant nous mettent, sans aucune exagération,  15 minutes à comprendre que non, elles ne pourront pas prendre 5 sacs à main dans l’avion, non, non…

Le temps passe et rien n’avance. Un employé à cravate arrive en trottinant, à moitié essoufflé et s’écrie arrivé à notre niveau: « il reste des gens pour Montréal? »

Nous ne sommes que 3 à lever le bras, bizarre.

Et là… C’est la panique.

On nous apprend qu’il va vraiment falloir courir, que l’avion ne va pas tarder à fermer ses portes. Pardon ?!

Il est 14h40, l’avion doit partir à 16h10, où est le problème ?! Sans répondre à nos interrogations, nos bagages sont enregistrés en deux temps, trois mouvements, (heureusement qu’on ne transportait rien de grave dans les valises). « AND NOW, RUN! »

C’est peut-être un gag, mais on se met quand même à courir. Arrivés aux portiques d’embarcation, on se rend compte du pétrin dans lequel nous avons mis les pieds. Notre vol est affiché, il est écrit noir sur blanc : départ à 15h10, fermeture des portes 15 minutes avant le départ. LA BLAGUE. L’avion n’a pas été retardé d’une heure, son départ a été avancé de 20 minutes. On se regarde dépités, on aimerait bien prendre le temps de râler (on est français ou pas?!), mais en lisant le panneau d’affichage on se rend compte qu’on aura même pas le temps d’aller plus loin qu’un bon gros juron. Le panneau indique que pour se rendre à la porte C, lieu de notre embarcation, cela nécessite 20 minutes de marche alors que notre avion ferme ses portes dans un peu moins de 15 minutes. Si encore on avait été nus, on se serait rapidement frayés un passage, et la traversée aurait été facile. Mais non. On partait pour le Canada, on était équipé pour : sac de 10 kilos sur le dos, manteau doublé d’une doudoune, triple écharpe et cagoule, la totale. Après avoir traversé des kilomètres de rayons duty-free, POURQUOI GRAND DIEU ? POURQUOI ?! Nous nous faisons scanner le visage. Des portes s’ouvrent et nous arrivons sur notre quai d’embarcation, suant comme si on venait de finir le grand marathon de New-York. Tout le monde se retourne à notre arrivée, car oui nous avons visiblement couru pour rien. Les passagers ont à peine commencé à rentrer dans l’avion et il y a encore du monde derrière nous. Bien évidemment nous sommes tout au fond de l’avion. Nous n’avons pas eu le temps de prendre une bouteille d’eau avant de rentrer dedans. Nos sacs sont mis à 150 mètres de nous car il n’y a plus aucune place nulle part. J’agonise de désydhratation sur mon siège pendant plusieurs heures, le temps que des hôtesses passent. Et nous embarquons pour le vol le plus long de notre vie, sans aucune distraction, AUCUNE.

Le seul point positif ? Ce vol n’aura pas surpasser en pénibilité celui où mes tympans étaient à deux doigts de l’explosion, ni celui où j’avais un début de gastro (c’est cadeau).

Non, allez, je suis mauvaise, on est arrivé en vie, c’est ça le positif !

 

En passant par la rue Sainte Catherine…

 

L’Ellis Island du PVTiste.

Mais l’arrivée ne vaut rien sans un bon coup de stress au bureau de l’immigration, comme les Américains du Nord savent si bien le faire.
Je pensais qu’il n’y aurait pas plus angoissants que les officiers de l’immigration New-Yorkaise… eh bien, si, il y a les Québecois !
Après une bonne heure d’attente, dans une salle à cet effet, entourée de guichets auxquels se sont présentés plus d’une trentaine de personnes avant nous. J’angoissais jusqu’à la dernière minute que quelque chose se passe mal: que nos visas nous soient refusés et que nous soyons contraints de rentrer en France. J’imagine toujours le pire, c’est un fait. Les officiers présents ne parlent pas, ils hurlent. Ils ne connaissent pas les formules de politesse et sont totalement hermétiques à nos sourires anxieux. Mon tour vient. Comme je l’avais prévu, je me fais engueuler pour une case que j’ai mal coché sur mon formulaire. On m’envoie me rasseoir sans explication. Mon copain tombe quant à lui sur une bonne femme encore plus agressive, qui le fait s’asseoir lui aussi. Il est rappelé en premier, il lui est ordonné de ne pas travailler avec des enfants, son visa lui est rendu avec un papier scintillant à l’intérieur. Quel étrange accueil. J’ai du mal à comprendre s’il a son PVT ou non. On vérifie, c’est bien ça. Je n’ai pas le temps de jubiler pour lui, que déjà on me rappelle. Mon officier pas content me fixe bien dans les yeux: « on est d’accord, vous ne travaillerez pas dans le sexe. » EUH ?! Voilà votre PVT, aurevoir. Je disais quoi déjà ? Quel étrange accueil!
Et j’imaginais à ce moment là, pour m’y être rendue quelques années plus tôt, qu’est ce que cela devait-être à Ellis Island, quelques dizaines de décennies avant nous ? Tant de stress réuni en un si court moment…j’ai bien dû perdre un an d’espérance vie.

 

 Trop de joie dans cette image, ça déborde !

La saveur de l’attente. 

Tant de péripéties auront pourtant rendue cette arrivée au Canada encore plus savoureuse. Tous ces mois à attendre, trépigner d’impatience, angoisser, hésiter, s’énerver pour rien. Et pourtant, nous y voilà enfin. Le chemin est semé d’embûches et de choses imprévues. Ici, on réapprend l’attente à nouveau. On attend de trouver un lieu qui nous plaise pour y rester un temps, on attend de trouver une activité qui nous épanouira véritablement, on attend notre première poutine, la fin du mois de janvier pour dire (ça y est on a survécu au mois le plus froid), ma première descente à ski. On attend tellement de choses, parce qu’il y a tellement à faire ici.

 

Là, je viens de passer trois minutes avant de trouver la suite de ce que je disais. Cette suite, c’est ce que je viens de d’écrire. Et la suite de cette suite c’est ce que je viens d’écrire, la suite de la suite étant ce que j’écris maintenant en attendant la suite, qui ne saurait tarder, car en écrivant « qui ne s’aurait tarder » j’amorce une suite à la suite de la suite qui faisait suite à toutes les suites précédemment mises bout à bout pour me conduire jusqu’ici où, de nouveau se pose le problème sans début ni fin de la suite. On attend beaucoup de choses, mais surtout la suite. – Frantz Bartelt

 

 

La foule illuminée, Raymond Mason, 1985.

HORIZONS INCERTAINS

         Question fréquemment posée:

«Pourquoi tout planter pour aller voir ailleurs ? »

[EDIT : J’ai écrit cet article il y a quelques mois déjà… depuis j’ai vieilli.]

 

J’AI 25 ANS.

J’ai 25 ans et jamais je n’aurai pensé être là où j’en suis aujourd’hui.
Il y a maintenant huit ans que j’ai quitté le domicile parental.
Huit ans que j’ai terminé le lycée.
Huit ans qu’on attend de moi que je devienne :
une femme, si possible avec du charme.
une adulte, si possible responsable.
une travailleuse, si possible acharnée.
un être humain, si possible accompli.

Et pourtant,

POUR LE MOMENT C’EST LE NÉANT.

Je brasse de l’air.
J’avais pourtant tout pour être heureuse.
Malgré des périodes de doutes et d’anxiété, dépassant l’entendement pour si peu d’enjeux…

J’ai finalement réussi à me sortir les doigts du cul et prendre le recul nécessaire pour comprendre que quelque chose n’allait pas.

Je suis une personne créative, pour l’intellectuelle on repassera…
Je parle toujours de mes études en premier parce-que c’est là sans conteste, la partie de ma vie que j’ai toujours su contrôler, que je n’ai jamais abandonnée.

Et pourtant,

J’en ai perdu la santé.

Rongée par l’anxiété, j’ai contracté une succession de maladies étranges, d’allergies et d’addictions détestables.

Mes sept ans d’études m’ont valu plus de 25 kilos supplémentaires de matière grasse à porter sur mes deux pieds.

C’est là que l’équilibre nerveux a commencé à se fragiliser.
Je paniquais très souvent, manquais de volonté constamment.
L’expression d’un corps à qui l’esprit communique un mal être permanent.

LASSÉE DE NE PLUS AVANCER, C’EST LÀ QUE TOUT A COMMENCÉ.

Ceux qui ont demandé un permis de travail pour le Canada vous le diront: la route est longue.
Une fois désigné comme l’un des gagnants de la loterie et la partie administrative réglée, l’aventure se rapproche.

Pour ceux qui comptent trouver du travail une fois sur place, ceux-là peuvent refaire la queue au guichet du stress.

Et puis il y a les autres.

Ceux qui vont tout donner avant de partir pour profiter comme ils l’entendent de ces deux années de PVT.

C’est donc prête à tous les sacrifices pour réaliser mes rêves de grand nord, que j’ai embarqué à bord d’un turbulent roller coaster, pendant un peu plus d’un an.

Fatigue, doute, angoisse.
Pas le temps de faire la difficile,
J’ai accepté des jobs qui m’ont rendu malade aussi bien physiquement que moralement.
Des journées sans queue ni tête.
Nettoyer, servir.
Supporter le mépris des gens (clients, amis, famille y compris).
Des semaines entières à nettoyer pisse,merde, moisissure et graisse.
Des nuits de 4h en moyenne.
Commencer à 5h, finir à 21h.
Vivre comme un automate.
Tous les jours les mêmes gestes.
Garder le sourire en toute circonstance.
Tenir, serrer les dents, serrer les poings.

Et pourtant j’admire: comment font ces gens qui y arrivent et y survivent une vie entière?
Comment- est-ce-possible ?

Il y a ceux qui résistent et puis…
J’en ai vu tant d’autres s’effondrer comme des quilles.
Est-ce pour ça qu’on vit ?

VIVRE SANS VIVRE, JUSQU’À SE DISSOUDRE DANS UN TROU NOIR.

Cette année m’a tant appris.
Je ne suis pas encore partie mais le voyage a déjà commencé.

 Tout ce temps durant, je n’ai cessé d’éprouver une fascination certaine pour la mer et ses mystères.
J’y vois une grande ressemblance avec ce que j’ai pu expérimenter ces derniers mois.
Cernée d’horizons incertains, je n’ai aucune idée d’où je vais.
Prise dans les flots, il ne me reste plus qu’à avancer…

On parle de la douleur de vivre, mais ce n’est pas vrai. C’est la douleur de ne pas vivre qu’il faut dire. Lettre d’Albert Camus à René Char