PVT CANADA – 1 AN PLUS TARD, L’HEURE DES COMPTES…

Ah Janvier… On pensait avoir définitivement enterré les problèmes de 2018 (entre la voiture volée, les amendes de la voiture volée, une nouvelle voiture à acheter pour ne pas perdre son travail, etc.) mais non, 2019 a commencé tout aussi mal.

Je suis de celle qui fuie l’argent comme s’il s’agissait d’une malédiction. Je me suis toujours dit que je préférais passer ma vie à gagner peu ma vie mais la vivre heureuse, plutôt que de courir après les millions dans un job qui me ferait oublier de vivre. J’ai bien vite été calmée de mon syndrome de Peter Pan.

C’était il y a 2 ans, le moment d’économiser pour ce fameux PVT Canada. J’ai commencé à entretenir une relation bien triste avec l’argent. Chaque jour j’avançais dans l’unique but de gagner un peu plus d’oseille. Remplir ses poches un maximum, dans des jobs pas bien valorisants, quitte à accepter le racisme latent et le harcèlement de certains managers. Ils pouvaient bien dire ce qu’ils voulaient pendant qu’ils s’épuisaient à partager aux yeux du monde leur petitesse, je comptais les heures pour les convertir en euros.

C’était maladif.

Et c’était le quotidien d’un grand nombre de mes collègues qui pratiquait cela pour une durée indéterminée.

Bien heureuse d’avoir pu faire un gros bras d’honneur à ces nombreux mois qui m’auront ma foi, donné l’opportunité de faire une belle analyse sociologique en plus de ça. Je suis passée d’un extrême à un autre. Celui de travailler sans rémunération autre que le logis et le couvert. Et même s’il a été parfois agréable de ne pas dépenser un seul centime pendant plusieurs semaines, ce n’est pas non plus un mode de vie que j’encourage sur du long terme. Le travail volontaire manque de limites et d’encadrement et donne bien souvent lieu à une exploitation encore plus grande. (Je vous laisse lire ou relire mon bilan sur les volontariats à ce sujet.)

L’heure des comptes

Les autorités canadiennes demandent à chaque détenteur de PVT d’arriver au Canada avec un fond minimum de 2500 $, c’est gentil pour ceux qui n’ont pas eu le temps de trop économiser avant de partir, c’est suicidaire pour ceux qui ne trouvent pas de job dans le mois qui suit leur installation. J’exagère à peine. Ne parlons pas pour ceux qui comme nous, ont décidé de travailler sans aucun revenu à la clé pendant plusieurs mois.

Pour ce PVT Canada, j’avais travaillé et économisé pendant un peu plus d’un an dans des jobs qui ne m’ont pas permis de mettre autant de côté que ce que j’aurai espéré, mais c’était finalement déjà pas mal pour un SMIC. Les conditions de travail étant ce qu’elles sont en France, mon copain a quant à lui, bien plus galéré pour trouver un travail autre que des missions intérims d’une journée et des cdd d’un mois. Sur un an, tous ses jobs cumulés ne dépassent pas les 6 mois. Et comme nous étions déjà malchanceux avant de partir, nous avons eu droit à nos problèmes de la vie quotidienne totalement imprévus quelques mois avant de partir (ordinateur qui décide de mourir subitement, facture d’électricité improbable, problèmes de voitures, etc.) Bref, un véritable cauchemar avant même d’avoir acheté nos billets d’avion pour le grand départ. Les économies que j’avais fièrement amassées pour partir fondaient comme neige au soleil et je désespérais de voir que ce que j’avais mis de coté devoir être séparé en deux, pour permettre à mon copain de ne pas mourir de faim à côté de moi pendant notre voyage.

Pour vous donner des chiffres, nous sommes partis avec un peu plus de 8 000 euros. 8 000 euros divisés par deux, pour vivre pendant 10 mois, je vous laisse faire le calcul ça ne fait pas beaucoup.

Comment perdre de l’argent bêtement et se faire bloquer sa carte de crédit.

Ça ne fait pas beaucoup, surtout quand on commence sur un mauvais départ… Une facture de téléphone de 300 euros qui fait bien mal, 2 semaines après notre arrivée par exemple.

Au même moment, nous achetions notre van au Québec et c’est bien évidemment pour cela que j’avais besoin de crédit, d’ou mon hors forfait, car il fallait que j’augmente le plafond de ma carte bancaire pour payer. Parcours du combattant. Impossible. Il me manquait 400 dollars pour avoir la somme juste, et c’est là que ma carte bancaire a été bloquée. Celle de mon copain l’était aussi, et nous n’avions pas encore payer la SAAQ, le service d’immatriculation québécois et nous n’avions pas non plus suffisamment pour mettre de l’essence pour nous emmener à notre volontariat suivant. Par de multiples combines qui mettraient des heures à détailler ici, nous nous en sommes sortis, pas sans crise d’angoisse et sans sueur, mais ça donnait déjà le ton des mois qui allaient suivre.

Quelques deux mois plus tard, nous entamions notre première traversée du Canada de Terre-Neuve au Manitoba, pas loin de 5 000 kilométrés puisque nous sommes partis de Québec et que nous y sommes repassés en partant. C’était sans doute LA folie de notre voyage. La partie la plus intéressante, riche en rebondissements et découvertes mais aussi la plus onéreuse. Malgré toutes mes prévisions, je ne pensais pas que cela amputerait autant notre budget. A ce moment, la principale source de nos dépenses étaient l’essence, puis les hébergements puisque nous ne pouvions pas dormir dans notre van et enfin la première panne que nous avons eu avec notre van et qui a diminué notre budget de 1000$ d’un coup…

Nous sommes arrivés dans le Manitoba en plein mois de Mars avec un budget très inquiétant… un peu moins de 2000 dollars pour nous deux. VOILA VOILA. Bien évidemment nous n’étions pas suicidaires, si nous n’avions pas eu une promesse de job à Falcon Lake, nous n’aurions pas traversé la moitié du Canada pour finir au milieu de nulle part. Voila en partie pourquoi nous avons décidé de rester pas loin de 4 mois dans le Manitoba, ce qui nous a permis de nous refaire des économies, d’aménager notre van, et de prévoir avec beaucoup plus de précautions un budget adapté à notre road trip estival.

Là encore, je me suis un peu loupée au cours des premières semaines car je ne m’attendais pas à ce que les campings soient aussi chers, que les douches soient en supplément, que le paquet de pate à certains endroits des Rocheuses soit à 9 dollars les 100g, qu’absolument tout, même le plus petit lieu d’exposition soit payant et que le prix des parkings en ville soit non seulement exorbitant mais force à bouger de place sa voiture toutes les 2h.

Bref, niveau facilité de déplacements pour les voyageurs, le Canada a encore beaucoup à apprendre, à moins que cela ne soit fait exprès ?!

Grace à Dieu, Krisna, Bouddha et Jéhovah, surtout KRISNA, nous avons réussi à aller jusqu’au bout de notre voyage avec les économies qui nous restaient et à payer notre premier mois de loyer Vancouverois sans soucis. Un véritable challenge. Et comme j’avais trouvé du travail moins de 48h après avoir déménagé j’étais plutôt confiante pour la suite (enfin nous avions un peu de chance).

L’avantage d’être « pauvre »

Sur la route, on a rencontré beaucoup de voyageurs PVTistes ou non qui traversaient comme nous le pays. On s’est très vite rendu compte qu’on était bien en deça des budgets moyens de la plupart des gens que l’on croisait. Alors on s’excuse d’avoir refusé à plusieurs reprises de suivre des personnes fraichement rencontrés dans des bars mais parfois économiser sur 3-4 verres nous a permis de voyager un peu plus sereinement. On comptait en profiter un peu plus à Vancouver, mais ici la vie est tellement chère et nos problèmes tellement nombreux, que nous n’avons encore jamais fait de sortie au restaurant par nous-mêmes. J’ai acheté mes premières bouteilles d’alcools canadiennes le jour de Noel, c’était un évènement… 30 dollars, deux bouteilles de rouge. JOYEUX NOEL.

Mais nous ne sommes pas malheureux pour autant. Pendant notre voyage on a eu la chance d’être avec des hôtes qui nous ont beaucoup fait sortir, manger aux restaurants, emmener dans des bars. Et aujourd’hui, nos patrons font également la même chose. Alors malgré toutes les choses assez malencontreuses et la perte d’argent phénoménal de ces deux derniers mois, on ne vit quand meme pas trop mal . Et puis c’est aussi ça la frustration d’être dans une grande ville.

Ne pas posséder beaucoup et devoir contrôler ses dépenses en permanence ont toutefois des effets bénéfiques. Nous profitons deux fois plus de tout ce qui nous est offert et de tout ce que nous vivons. Tout semble beaucoup plus intense. Il y a des choses que nous n’aurions jamais faites si nous avions eu plus d’argent. Moi, la fille qui n’aime pas vraiment la randonnée, j’aurai sans doute pris une gondola à chaque fois qu’il y avait une montagne à gravir, au lieu de ça, nous avons toujours tout fait à pieds. Cela peut paraitre banal, mais c est ce qui fait la difference entre faire du tourisme et voyager. Les chemins ne sont pas tout tracés. Nous avons dormi dans des endroits improbables et inoubliables, chose qui ne serait jamais arrivée si nous nous étions pris des emplacements de campings ou des hôtels, au lieu de quoi, nous avons pratiquement toujours fait du camping sauvage. Nous avons partagé des nuits avec des gens qui étaient dans des situations bien pires que nous et qui semblaient s’en plaindre et s’en préoccuper encore bien moins que nous.

Et maintenant ? De retour à une vie sédentaire, je suis heureuse de vivre avec peu d’affaire, chose qui n’était pas du tout le cas avant de partir, sans non plus rentrer dans cette mode du minimalisme qui ne m’attire pas du tout.

Alors oui, 2019 à plutot mal commencer, avec toujours et encore des problèmes de voiture, auquel vient s’ajouter notre séjour au Mexique qui n’est pas de tout repos. Mais si 2018 nous a bien appris quelque chose, c’est qu’il y a toujours moyen de s’en sortir.

Bonne année à vous tous et merci de lire ces mots.

A tres vite, pour un nouveau récit en terrain Mexicain 😉

Trois mois dans l’Ontario//Manitoba

J’avais écrit cet article il y a des semaines, je n’avais plus qu’à le poster avant de nous lancer dans notre road-trip et vous auriez eu de quoi lire en attendant le récit palpitant de notre mois passé sur la route… Mais le destin en a voulu autrement, en essayant d’ouvrir mon document Word, l’article était devenu illisible. Comme je ne crois pas aux hasards, je me dis que c’est sans doute parce que la première version de cet article était un peu trop sévère. Avec un peu de recul sur tout ce que nous avons vécu là-bas, je vais tenter de réécrire cet article avec un peu plus de demi-mesure.

Ontario-Manitoba, la diagonale du vide

Que je vous situe un peu les choses…

Nous sommes arrivés dans le Manitoba au début du mois de Mars, après avoir traversé tout l’Est du Canada depuis Terre-Neuve. Un peu plus de 3500 km au total. Il faisait froid, très froid et les routes que nous avons empruntées étaient à peine visibles sous les monticules de neige. La température moyenne tournait autour de -25 degrés bien que le jour où nous sommes arrivés, il y avait une tempête de neige avec un ressenti bien sympathique de -40 degrés, ce qui avait amené les autorités à fermer les routes autour de Winnipeg (la capitale du Manitoba). Bref, c’était le moment propice pour un voyage au coeur du Canada !

Ce qui nous a permis d’affronter les éléments qui s’élevaient contre nous? L’habitude des déconvenues que nous avons eu sur le chemin, tout particulièrement lors de notre traversée de l’Ontario.

L’Ontario reste jusqu’à présent le souvenir le plus mauvais que je garde de notre voyage à travers le Canada. Beaucoup d’entre vous objecteront sans doute en disant que: 1) j’exagère, 2) c’est pas si affreux quand même, faut pas déconner !

Ne perdez surtout pas le contexte des yeux: mois de mars = conditions hivernales affreuses.

A cette période de l’année, il est bien entendu que tout, absolument TOUT est fermé. Les commerces le long de la route, les lieux touristiques et même les motels. Les seuls à rester ouverts sont : les stations essences, les fast-food et les chaines hôtelières tout droit sorties des années 80, jamais rafraichies depuis, mais qui coûtent quand même une fortune.

Ajoutons à cela que la Transcanadienne (route principale, voire l’unique à cette période de l’année pour traverser cette province) ne passe pas par le Sud donc ni par Toronto ou Kingston. Elle commence à Ottawa pour monter progressivement et se perdre dans le Nord de l’Ontario. Là-bas, les principales villes sont Thunder Bay, Salt Sainte Marie ou encore Petawawa… ces noms ne vous disent rien? C’est normal, il ne s’y passe pas grand chose mais ses habitants y sont adorables pour ceux que nous y avons rencontrés. Ces villes sont séparées par une distance moyenne de 800km. L’Ontario est la province la plus étalée du Canada, il nous aura fallu pas moins de 4 jours pour en venir à bout (soit une traversée plus longue que les provinces de Québec/New-Brunswick et Nova Scotia réunies!) Et entre ces grandes villes que je vous ai citées précédemment, c’est le vide! Rien. Pas même une station service. Parfois quelques villages de 300 habitants, sans aucun commerce ni âme qui vive au dehors. Notre principale attraction durant cette route était le lac Supérieur, une immensité et une beauté figée par la glace. Voilà, c’était tout.

(oui ceci est un lac)

Notre expérience de l’Ontario ne s’arrête pas là puisque nous y venions régulièrement par la suite pour y faire nos courses dans la ville de Kenora, à quelques kilomètres de la frontière avec le Manitoba. J’en ai parlé brièvement dans mon précédent article mais c’est une ville qui, l’hiver, donne le bourdon. Les rues y sont désertes et les seules personnes que nous avons croisées étaient des Premières Nations en perte totale de repères, pour la plupart sous l’effet de la drogue ou de la boisson. Les commerces ne sont pas spécialement accueillants mais chaque commerçant vous soutiendra qu’il s’agit de l’un des plus beaux endroits du Canada (ce qui n’était pas du tout pour me rassurer). Quand les beaux jours sont revenus, Kenora n’avait plus du tout la même apparence… tout d’un coup, la ville a repris vie grâce au Lake of The Woods et ses 1001 îles, très convoitées par les plaisanciers qui se pressent là par centaines en bateau pour rejoindre leur îles privée.

De l’Ontario, nous n’aurons expérimentés que cet aspect là, peut-être changerais-je un jour d’avis concernant cette province si nous y revenons pendant les beaux jours, ou si nous allons découvrir le sud.

Manitoba, the pursuit of loneliness

Venons-en à présent au vif du sujet: la vie au Manitoba durant 3 mois.

C’est drôle, cela faisait quelques jours que nous étions arrivés et j’étais tombée sur ce livre : The Pursuit of Loneliness, rien à voir avec le Canada. C’était un livre critique et sociologique autour de l’ère de l’individualisme aux Etats-Unis, un sujet en total opposition avec l’expérience communautaire que nous vivions dans notre volontariat. Et pourtant, je trouvais que le titre s’accordait tout aussi bien à cette dernière.

Jusqu’à l’arrivée de l’été, c’est à dire deux semaines avant notre départ du Manitoba, nous avons vécu dans l’isolement le plus total avec une station essence et un dépanneur à plus de 10km. Aucun café, aucun restaurant, aucun magasin, aucune distraction en dehors d’un lac gigantesque gelé et des pistes de randonnée enneigées. Pourtant vivaient là plus d’une centaine de personnes à l’année qui n’avaient pas l’air dérangés le moins du monde de passer tout un hiver chez eux au coin du feu. Et même si ce n’était pas trop dur de nous occuper pendant trois mois, je ne peux m’empêcher d’imaginer comment faire pendant toute une vie?!

Falcon Lake a beau être un endroit magnifique où nous avons pu passer de très bon moments, ce n’est pas un cas isolé en la matière dans le Manitoba. Des endroits supposés bien plus touristes comme le Parc Provincial d’Hecla ou encore Dauphin Lake m’ont procuré exactement la même sensation.

Winnipeg, mon amour

Je me rappelle de ce film, je l’ai vu il y a 8 ans. Winnipeg, mon amour. Je me rappelle aussi d’être sortie de la salle de projection et d’avoir dit mot pour mot : «eh bien, c’est pas demain que j’irais foutre les pieds à Winnipeg ». C’était pas le lendemain, n’empêche que j’y suis quand même allée, 8 ans plus tard. NE JAMAIS DIRE JAMAIS.

Et que dire de Winnipeg ?

En hiver, c’est une ville aussi sombre que dans le film. Ceci est sans doute dû à son architecture informe anti-contemporaine car coincée dans les années 70-80 (le meilleur du pire de l’architecture moderne, mais ça n’engage que moi) et à ses petits problèmes de puanteur (je ne sais pas où on en est niveau pollution, mais il faudrait peut-être s’inquiéter.) Ce qui avait malgré tout le chic de la rendre incroyablement cinématographique.

J’ai détesté Winnipeg.

Je n’ai rien compris à Winnipeg et à son côté not tourist friendly avec ses cafés qui ferment à 17h et ses musées à 16h.

Et puis j’ai commencé à apprécier Winnipeg pour son métissage incroyable de cultures ses infrastructures toutes récentes qui laissent imaginer que la ville deviendra sans doute l’une des future place to be au Canada dans quelques années. J’ai adoré voir la place qui était faite à l’art et la culture dans cette ville, ce qui n’est pas le lot de toutes les grandes villes canadiennes.

J’ai commencé à apprécier Winnipeg et puis il a fallu partir…

Alors même si je n’irais pas jusqu’à chanter avec un enthousiasme démesuré le refrain de Julien Doré « I want to go to Winnipeg with you », je pense tout de même que Winnipeg vaut la peine qu’on s’y arrête plus longtemps que le temps d’un week-end.

Alone, TOGETHer

Alors oui, le bilan de ces trois mois dans le Manitoba est assez mitigé et ce n’est pas plus mal car il nous permet d’apprécier davantage d’avoir repris la route et de voguer vers des territoires qui nous ressemblent davantage. Les forêts du Manitoba avaient beau être magnifiques, elles ajoutent une dimension encore plus saisissante à la solitude.

Une solitude qui n’est pas uniquement négative puisqu’elle nous aura permis de prendre du temps pour nous, ce qui est quelque chose de très précieux durant un voyage comme celui-ci (nous avons entamé notre 7e mois sur le territoire et ce n’est pas rien!) et tous les volontariats ne permettent pas d’avoir autant de temps libre pour faire ce que nous avons envie de faire !

A très vite pour le prochain article sur notre mois passé sur la route du Saskatchewan à la Colombie-Britannique !

Construire une maison sur roues en 10 étapes !

C’était pas du tout prévu…

Il y a un an, si on m’avait dit que j’achèterai une camionnette pour l’aménager quelques mois plus tard, j’aurai dit: «bah voyons donc, ça n’a pas de bon sens tout cé» avec l’accent québécois bien sûr! Pourquoi s’infliger autant de stress au lieu d’acheter un van déjà tout aménagé?! On peut désormais dire que la personne qui aurait dit cela n’est plus, elle a disparu quelques part au-dessus de l’Atlantique, juste avant de poser les pieds au Canada…

Si vous n’avez pas suivi le pourquoi du comment nous avons finalement opté pour une camionnette totalement vide au lieu d’un van aménagé, je vous invite à relire cet article.

Si par contre vous êtes intéressés par l’aménagement de notre bébé Gordon, restez-là c’est ici que ça se passe !

Avant toute chose, je tiens à citer et remercier deux sites en particulier qui m’ont non seulement aidé à faire le choix d’un van à aménager soi-même, mais qui ont aussi été mes références, que dis-je MA BIBLE pour la construction pas à pas de notre van. J’ai nommé: thevanual (qui est en anglais) et thetravellingshed (qui est en français). Si vous allez faire un tour sur ces deux sites, vous verrez que notre van n’a au final pas grand chose en commun avec les modèles présentés, notre van n’étant pas du tout le même que ceux qui y figurent, il fallait donc tout repenser (c’était d’ailleurs ma partie préférée). Un autre paramètre expliquant la divergence de notre van à été l’argent. Nous aurions adoré avoir un van tout beau, tout propre, tout design mais ce n’était pas très utile puisque nous ne comptions pas vivre dedans à long terme, nous avons donc préféré rester très minimalistes pour économiser sur le budget aménagement pour pouvoir davantage l »investir dans le budget voyage.

Au final, nous sommes très heureux esthétiquement de ce que nous avons réaliser, c’est un van qui nous ressemble.

 

ETAPE 1 – L’ECHAUFFEMENT (préparation)

Lorsque nous avons acheté Gordon, il n’était pas tout vide à l’intérieur.

Puisqu’il s’agissait d’une camionnette qui transportait auparavant des frigidaires, il était paré de magnifiques étagères en fer, qui faisaient un bruit infernal en permanence sur la route.

La partie conducteur était totalement séparée de l’arrière par une cloison en métal, ce qui ne permettait pas du tout de pouvoir circuler dans le van autrement qu’en sortant du van et en remontant par l’arrière. La première étape a donc était de tout démonter avant de penser à une quelconque construction.

 

ETAPE 2 – Pour le moment tout va bien… l’ISOLATION

Après avoir démonté tout ce qui ne nous plaisait pas dans Gordon et l’avoir nettoyer avec amour. On s’est rendu compte que Gordon n’était pas bien, mais alors pas bien isolé du tout. C’est bien simple, durant nos premiers trajets j’étais un peu en panique d’avoir fait l’achat de ce van, puisque j’avais l’impression que j’allais perdre mes orteils avant d’arriver à destination tellement il faisait froid à l’intérieur. Nous avons donc décidé de l’isoler pour l’hiver mais aussi pour l’été car si le froid s’infiltrait facilement, on se doutait bien que les 40 degrès à l’ombre en été, ne nous ferait pas non plus de cadeau.

Après avoir fait un petit tour dans les magasins de bricolage canadien, on était un peu désappointés par les tarifs des isolants… Et puis Jean-Marie, le fermier chez qui nous travaillions à l’époque, nous a sauvé la mise en nous offrant non seulement son garage pour travailler au chaud mais aussi tous les isolants dont nous pouvions rêver.

Notre van est donc grâce à lui, équipé d’une épaisse couche de laine de ver (parfait isolant thermique, qui permet d’éviter la moisissure mais aussi la rouille), que nous avons recouvert d’une fine couche d’isolant réflectif, à la fois pour son côté esthético-pratique (pas besoin de clouter les parois du van, avec du scotch il tient parfaitement bien) mais aussi idéal comme isolant estivale, puisqu’il empêche la chaleur de pénétrer à l’intérieur.

Sur cette partie, nous avons donc fait une économie non négligeable de plusieurs centaines d’euros.

Nous avons décidé de garder l’ancienne ossature en bois à laquelle était précédemment fixée les étagères en fer, nous l’avons remise à neuf et peinte avec la couleur la plus chaleureuse qui soit.

 

ETAPE 3 – A L’HEURE DU GOUTER, ESTIMER SON TERRAIN

Une fois l’étape 2 terminée, Gordon nous montrait enfin tout son potentiel, nous pouvions enfin découvrir tout l’espace dont nous disposions pour imaginer notre future maison sur roues. Munie de mon mètre à couture,qui ne me quitte jamais et qui à fait rire bien des canadiens, nous avons mesuré tout ce que nous pouvions mesurer. C’était l’étape la plus facile, mais aussi celle où il ne fallait pas se planter.

ETAPE 4 – PREMIERES ESQUISSES, (premières angoisses)

Nous ne pouvions pas tenir debout dans Gordon , alors oui, ce n’était pas une découverte certes, puisque Gordon mesure 1m30 de hauteur à l’intérieur. Ce qui a été plus délicat a été de découvrir que Gordon ne mesurait que 1m60 et des poussières de largeur.

Comment vous dire… Pour mon copain, tout va bien (ahahah) mais pour moi… je fais plus d’1m70, nos possibilités de faire un lit dans la largeur du van pour gagner un maximum d’espace venaient d’être réduites à néant, à moins que je ne dorme avec les genoux sur le ventre. Autant camper dehors dans ces conditions là! Il fallait donc penser à un lit en longueur qui prenne un minimum de place et qui dispose également de beaucoup de rangements, puisqu’il ne pouvait y avoir aucun rangement en hauteur sous peine de finir le crane brisé, une nuit où nous nous serions levés trop vite. Cela arrive même aux meilleurs (bisous Charles VIII, on ne t’oublie pas!)

ETAPE 5 – VOUS REPRENDREZ BIEN UNE TASSE DE THE ? (CHOISIR SON BUDGET)

Passée l’étape des croquis les plus fantaisistes qui soit (lit qui roule, lit qui descend du plafond), il a fallu là encore faire preuve de réalisme et de se dire que notre lit serait avant tout un lit en bois avant de pouvoir lui inventer des ailes. En dehors du lit, il a fallu penser au budget dans sa globalité : quel sol mettre pour quel prix ? Faut-il installer des panneaux solaires pour pouvoir recharger nos appareils électroniques ? Installer une douche solaire dans le van ? Comment faire pour les WC ? Y a t-il un espace suffisant pour faire un évier et un petit plan de travail pour la cuisine ? Beaucoup de questions auxquelles nous n’avions pas de réponse pendant un temps et puis, tout à coup tout est devenu clair dans nos esprits.

ETAPE 6 – LE CHOIX DU MINIMALISME, qui a besoin d’un WC quand on peut avoir un seau ?

Pourquoi s’embarrasser de poser un sol en lino, quand nous en avions déjà un en contreplaqué (certes usé) mais quoi de mieux qu’un bon tapis bien moelleux pour économiser le prix d’un sol tout neuf?! Pourquoi installer des panneaux solaires pour être connectés aux objets dont on veut justement se déconnecter pendant notre voyage? Pourquoi se casser la tête à faire rentrer une douche à l’intérieur du van, quand on peut se laver face au soleil à l’extérieur? Pourquoi se préoccuper d’aménager des WC quand on peut avoir un seau? Pourquoi faire un évier quand on a déjà une bassine et un bidon d’eau?

C’était une période très étrange, on végétait sur plein de sujets parce qu’il faisait beaucoup trop froid pour sortir et que nos journées de travail étaient plutot épuisantes, c’était exactement au même moment, où je découvrais le documentaire Netflix sur le Minimalisme dont je vous ai parlé dans cet article. C’était tout d’un coup une révélation. Le plus dur n’était pas de construire notre van, le plus dur était de se détacher de toutes les choses matérielles et du comfort quotidien auquels nous étions habitués. Quand je regarde toutes les vidéos Youtube sur tous ces gens qui construisent des vans hyper perfectionnés pour y vivre dedans j’ai les yeux qui brillent et je voulais faire exactement la même chose, mais quel intérêt, si le but de notre van est de voyager et non pas de devenir des « digital nomads » hyper-connectés comme on en voit si souvent sur les réseaux sociaux. Il fallait que je déconstruise toute cette imagerie que j’associais à la vie en van, pour construire une maison sur roues qui soit avant toute chose pratique.

ETAPE 7 – CROQUER DES CROQUIS, sortez les critériums !

Une fois mes idées remises en place, c’est comme si mes croquis s’étaient dessinés par eux mêmes. Quelques coups de crayons et nous avions une idée de ce à quoi pourrait ressembler notre van :

  • un lit amovible avec une partie fixe qui permettrait:
  • de grands espaces de stockage
  • plusieurs placards et des rangements sur les portes
  • une douche solaire extérieure
  • aucune sorte d’électricité
  • des rideaux thermiques pour l’été
  • des rideaux textiles pour se sentir dans un petit cocon

 

ETAPE 8 – DU DESSIN A LA REALITE, ça avait pourtant l’air de tenir sur le papier ?!

 

Quelques semaines plus tard, nous avons commencé à travailler sur la construction de notre petit Gordon, grâce à nos hôtes nous avons eu un autre garage à disposition, avec tous les outils nécessaires à sa construction. Il a fallu prendre le temps pour réajuster certaines choses qui sur le papier semblait évidentes, mais qui l’étaient beaucoup moins en réalité (comme le sommier des lits).

Le plus gros couac dans mes mesures aura été la hauteur du lit: l’espace dédié au rangement est incroyable, nous avons au final bien plus d’espace que ce que j’avais imaginé, mais il aurait peut être mérité d’être un poil plus petit pour que nous puissions tenir droit en étant assis sur notre lit, ce qui n’est pas vraiment le cas. Les espaces de rangement que nous voulions mettre au niveau des portes à été repensé autrement, sinon les portes ne se seraient plus fermées. Quant à l’espace vacant pour faire une cuisine, nous avons préféré le laisser libre pour le moment et si l’envie nous en prend de l’aménager plus tard, pour le moment il est un espace idéal pour y mettre en vrac toutes les affaires pour lesquelles nous n’avons pas encore attribué de place.

Je vous passe bien évidemment nos meilleurs exploits, ou comment nous avons perdu toute une matinée à scier nos pieds de lit à la main. Heureusement qu’un Canadien  a eu pitié de nous et nous a montré comment utiliser une scie électrique. Ça nous a fait économiser quelques précieuses minutes de vie !

ETAPE 9 – AU DIABLE LA RIGUEUR, faites une maison qui vous ressemble.

Adieu étagères parfaitement symétriques, digne du plus beau des catalogues IKEA.

Notre van est loin d’être parfait, mais il est encore mieux que ce que nous imaginions.

Une de mes parties préférées à été de choisir les textiles pour notre van, ceux pour la literie et ceux pour nos rideaux. Pour le coup tout vient de chez IKEA, on ne s’est pas foulé, et j’ai eu le temps de faire mes propres rideaux à la main comme je le voulais.

Pour la literie, c’était un peu plus compliqué, notre lit n’est pas véritablement un QUEEN SIZE mais il s’en rapproche. Nous avons opté pour un matelas en mousse qu’ils appellent ici « MEMORY FOAM » car il épouse la forme de votre corps pour plus de moelleux. C’est ce qu’il y a de moins cher sur le marché mais pas forcement de plus confortable, puisqu’il mesure moins de 5cm d’épaisseur (après quelques nuits dessus, on vous dira ce qu’il en est). Puis, nous avons ajouté une alaise bien bien moelleuse comme les Américains savent si bien les faire. Pour davantage de moelleux (ça n’en fini plus), nous avons des couvertures en laine juste au dessus de notre sommier que nous avait gentillement offert, Carole, notre hôte à la ferme à Québec. Par le plus grand des miracles, les draps que nous avons acheté à IKEA sont absolument parfait pour notre lit.

Encore une fois, nous avons été très chanceux et sommes très reconnaissants, de tout ce que nous ont donné nos hôtes à la ferme, puisque grâce à eux, nous n’avons pas eu besoin d’investir dans une couette, et très peu dans tout le matériel de camping dont nous disposons.

 

ETAPE 10 – LAISSER PARLER l’artiste qui sommeille en vous. (Place à la créativité).

Enfin et le meilleur pour la fin.

Alors que nous pensions avoir terminé notre van, la palme de l’ingéniosité revient à mon incroyable copain. Nous stressions à l’idée de devoir chier dans les bois (excusez l’expression) à même le sol et sans aucun confort, voilà que l’idée la plus brillante lui est venue quelques jours avant notre départ. Et je vous laisse sur cette découverte incroyable comme image de fin.

A très vite pour plus de photos de Gordon les copains !

 

 

Mécanismes de survie en milieu hostile

En Avril, j’ai tout de même réussi à faire autre chose que d’être simplement fatiguée.

Après avoir longuement attendu l’arrivée du Printemps, je me suis faite à l’idée que peut-être, il ne viendrait pas.

Je me suis découverte d’un fil, je ne porte plus mon manteau c’est terminé, c’est ma manière à moi de lutter contre le froid. Ici, il fait toujours entre -10 et 5 degrés, le vent se lève et la glace sur le lac craque tous les soirs. Elle aussi ne supporte plus les variations de températures, comme ma peau qui s’est remise à peler, je crois bien que je n’ai jamais eu un teint aussi blanc de ma vie. Alors il n’y a rien de mieux à faire que de se fortifier l’esprit et se remonter le moral en nourrissant un peu son cerveau.

Ce mois-ci était riche en découvertes. J’ai pu prendre le temps de comprendre un peu mieux la psychologie des tueurs en série, je me suis remise à m’intéresser à Freud et son interprétation des rêves, je me suis replongée dans la psychose de Norman Bates.

Je me suis intéressée à ces choses qu’on n’aimerait mieux ne jamais savoir, comme par exemple: l’autodestruction du corps*.

Je ne me suis jamais demandée ce que je deviendrai une fois que mon cœur aurait arrêté de battre. Je veux dire, physiquement parlant.

C’est à la fois macabre et rassurant d’y voir désormais un peu plus clair. Et comme je suis d’humeur généreuse, je veux bien vous expliquer ce que j’en ai retenu.

Une fois mort, vous allez vous auto-détruire en plusieurs étapes. Cette autodestruction s’explique par la dégradation des lipides et des glucides. Votre peau prendra une apparence marbrée, et vos veines que vous n’êtes pas habitués à admirer sur votre peau, s’exprimeront de toute leur beauté en un magnifique tatouage sur l’intégralité de votre corps. Viendra ensuite la décomposition organique proprement dite, qui provient de la flore bactérienne hébergée par les intestins. Elle débutera par le colon et s’étendra à l’abdomen où des taches vertes correspondant à la dégradation des pigments biliaires apparaîtront. Cette coloration verdâtre se répandra ensuite sur tout votre corps avant d’atteindre les extrémités, qui elles résistent plus longtemps. Vos tissus et organes deviendront beaucoup plus fluides. Je vous épargne tous les détails vraiment sordides de putréfaction et décompositions progressives de votre apparence extérieure. Mais dites-vous bien que si le simple mot de putréfaction vous dégoûte, il y en a pour qui l’odeur est un véritable délice. Je ne fait pas référence aux tueurs en série, rassurez-vous, non, je vous parle des insectes. Volants ou rampants, quand vous aurez désertez votre corps, c’est eux qui viendront l’habiter. Dit ainsi, je vous l’accorde, c’est effrayant, on n’a pas vraiment envie de savoir ça pour passer une bonne journée. Mais c’est peut-être le moment de remettre en question votre rapport aux insectes et de les affectionner davantage, puisqu’ils feront sans doute un jour parti de vous. On en distingue quatre catégories (et c’est là encore un parallèle très étrange avec mon étude des tueurs en série): les nécrophages qui se nourrissent de la viande putréfiée, les nécrophiles qui se nourrissent des nécrophages, les omnivores qui se nourrissent à la fois des nécrophiles et du cadavre et puis, les opportunistes qui comme certaines araignées se servent du cadavre comme refuge. (J’ai toujours détesté les opportunistes, voilà sans doute pourquoi je déteste aussi les araignées.) Ces quatre catégories se répartissent elles-mêmes en huit escouades : toutes prêtes à entrer en scène au rythme des modifications du substrat nourricier dont elles activent la dégradation. La première escouade composée essentiellement de diptères, mouches bleues pondant leurs larves dans les plis humides et les blessures, intervient au moment même où un sujet donné bascule de vie à trépas. La deuxième escouade constituée par les Sarcophagidae, carnivores alléchés par la décomposition des matières fécales, se nourrit directement de la charogne. La fermentation des graisses et des matières protéiques attire ensuite la troisième escouade, coléoptères et lépidoptères qui se partagent le travail entre la ponte et la dévoration des chairs. Quatrième, cinquième et sixièmes escouades profitent des différentes humeurs du corps jusqu’à son dessèchement. Enfin, les Dermestidae et Tineidae racleront les tendons et les ligaments avant que les Tenebrionidae et Ptinidae n’éliminent les restes des escouades précédentes,  larves, chrysalides et insectes morts. Mouches, papillons, coléoptères, acariens, scarabées noirs et rouges s’installent dans les corps humains. Ils pondent, mangent se reproduisent, se métamorphose. Ainsi, de la mort vient la vie et même si le procédé n’est pas très glamour, je trouve que c’est assez rassurant de se dire que bien qu’on ne sache toujours pas ce que devient l’âme après la mort, le corps lui, se détruit pour vivre ailleurs et cela est certain. Je sens que vous êtes désormais impatients que je vous parle de la réincarnation. Oh, mais cet article est déjà bien trop long !

Le plus beau cimetière Canadien, quelque part à Terre-Neuve.

Dans la même veine, j’ai aussi pris le temps d’écouter de belles pépites radiophoniques, dont le témoignage d’un ancien directeur RH parlant de ses pratiques et du management des grandes entreprises. Un schéma en parfaite adéquation avec l’imagerie de la chaîne alimentaire, en perpétuel recherche du maillon faible et de la façon la plus efficace pour rendre toute tentative de résistance impossible et chaque employé impuissant. Après moult réflexions et méditations sur le sujet, je me suis rendue compte que malgré tout le mal que j’ai pu dire et voir dans ce système, j’étais encore loin du compte…

J’ai vu un documentaire sur le Minimalisme (merci Netflix) et même si je me demande encore pourquoi en 2018, les documentaires américains continuent de ressembler à des publicités d’1h30 pour une pilule magique qui vendrait le bonheur absolu, il y avait tout de même quelques chouettes mises en scène dans ce docu. Le sujet donne beaucoup à réfléchir, et je reviendrai sans doute dessus.

Avril aura donc été sans conteste le mois le plus froid, le plus long et également celui où je me serais plainte le plus (on ne se refait pas !)

Et voilà que le 30 Avril, les températures s’affolent. La neige a disparu, la glace du lac fond à petit feu et les premiers moustiques font leur apparition.

Déjà 6 piqures en une seule journée, en voilà qui ne m’avaient pas manqué !

Au revoir l’hiver, ne te presse pas trop pour revenir ! XoXo

Promis pour le prochain article je vous en dirais plus sur ce qu’on a fait en cette fin d’hiver et où le printemps nous mène! A très vite !

* Si cet exquis passage sur l’autodestruction du corps vous intéresse, je vous invite à vous plonger dans Mécanismes de survie en milieu hostile, le livre très étrange d’Olivia Rosenthal.

Continuer la lecture de Mécanismes de survie en milieu hostile

A V R I L – F A T I G U E

 

 

 

Mercredi 4 Avril 2018

 

Je suis fatiguée.

Je n’ai pas besoin de sommeil non.

J’écris ces mots et je suis en week-end prolongé de trois jours.

J’ai dormi 8h et 35 minutes la nuit dernière.

Notre matelas me donne certes quelques douleurs au dos mais je suis reposée comme il faut.

C’est une fatigue plus insidieuse…

De temps à autre, je prends du magnésium pour combler les carences qu’apportent mes longues journées d’hiver.

J’ai beau dormir manger à ma faim, parfois je n’ai malgré tout aucune force autant mentalement que physiquement.

Mon corps me fait mal.

Chaque jour, une autre partie de mon corps réclame mon attention.

Mon esprit souffre du vide.

Que se passe t-il?

Je suis fatiguée du chemin parcouru.

Je pensais que le stress dû au voyage serait moindre une fois sur place, en réalité il est tout aussi présent mais sous une autre forme.

Il ne se manifeste qu’en arrière plan, par des sauts d’humeur, des migraines ou des douleurs abdominales qui sévissent à peu près n’importe quand et n’importe où, la plupart du temps quand tout va bien.

Une bonne journée se termine et soudainement, le cerveau vrille: «qu’est qu’on fait-là?»

C’est fatiguant.

Je suis fatiguée de n’être plus qu’une ombre de moi-même.

C’est peut-être bête et superficiel mais le fait de ne plus rien avoir ici s’avère parfois compliqué.

J’apprends le minimalisme, certes, mais j’apprends surtout à enterrer une partie de moi, malgré moi.

Porter les même vêtements tous les jours, manger les mêmes plats simplifiés au possible par manque de place et de matériel.

Ne plus porter la moindre parure.

Ne plus se maquiller.

Ne plus s’habiller autrement qu’en oignon.

Ne plus pouvoir prendre soin de ses cheveux et ressembler en permanence à une chaussette en fin de vie.

C’est fatiguant.

Je suis fatiguée de toutes les fausses joies auxquelles j’ai droit.

Déceptions climatiques comme déceptions humaines.

Les marchands de pluie qui nous annoncent l’arrivée du printemps alors qu’une tempête de neige d’une semaine se prépare.

Ainsi que les personnes que l’on rencontre qui pour, je ne sais quelle raison, nous promettent mille et une chose sans en réaliser aucune.

Ces personnes qui le temps d’un instant deviennent notre unique famille et qui dès que tu tournes le dos, t’oublient pour mieux te remplacer.

Pour une personne qui s’attache très facilement aux gens, c’est fatiguant.

Dans un contexte où vous n’avez ni maison, ni travail fixe, aucune sécurité financière et aucune idée de ce que vous allez faire le lendemain, la moindre contrariété devient un motif d’épuisement. Une seule chose ne va pas et c’est l’ensemble qui est remis en question.

Il est tellement dur d’avoir des repères que lorsqu’on me demande ce qui me manque le plus ici, j’ai envie de répondre: rien et tout à la fois.

Parfois je me demande si je suis bien faite pour voyager et puis je me rappelle la personne que j’étais avant de partir.

Je n’aimais pas avoir un chez moi, je n’aimais pas avoir un travail fixe, je n’aimais pas la routine.

Ah oui, maintenant je me rappelle à quel point avant ce voyage, tout était déjà fatiguant…

Et voilà que je m’épuise à y songer.

Je me fatigue.

La fatigue en image.

 

[EDIT]: Nous sommes le 20 avril, les températures sont passées au dessus des 10 degrés, le soleil est doux et chaud, la neige n’a pas encore fondu, le lac est encore gelé, et bizarrement tout va beaucoup, beaucoup mieux.

PVT CANADA – TROISIÈME VOLONTARIAT in NEWFOUNDLAND ❤❤❤

 

Un mois déjà.

Il y a un mois nous quittions notre troisième volontariat à Terre-Neuve. Le temps file, les kilomètres aussi, mais je n’ai pas oublié un instant de ce volontariat placé sous le signe de l’immersion en terre-inconnue, pas seulement géographiquement, mais bel et bien à tous les niveaux.

Un proverbe que j’ai adoré trouver au beau milieu de la maison de nos hôtes et qui leur correspondait totalement!

  • Immersion en territoire reculé

  • Il nous aura fallu plusieurs jours de route et une journée en ferry pour rejoindre ce nouveau volontariat. C’était osé.

  • Je me rappelle de ce soir du mois d’Octobre 2017 où je cherchais le volontariat qui suivrait celui de Québec. J’avais envie de m’aventurer vers l’Est, j’avais regardé des images de Terre-Neuve et j’étais tombée amoureuse. L’annonce pour ce volontariat venait juste d’être publiée et après avoir convaincu mon copain que c’était l’idée du siècle, j’ai sauté dessus sans aucune hésitation. Le courant est tout de suite bien passé avec les hôtes. Je n’avais qu’une hâte depuis notre arrivée à Montréal: filer à Terre-Neuve !

    Les deux mois qui ont précédé notre arrivée à Terre-Neuve, nous ont toutefois valu une petite piqûre d’anxiété. Chaque personne que nous croisions et qui nous demandait quelle serait notre future destination avait toujours le chic pour essayer de nous faire comprendre que cette destination était insensée voire «risquée» (comme quoi l’exagération à la Marseillaise a traversé l’Atlantique.) C’est donc un poil fébrils suite à toutes ces mises en garde que nous avons posé les pieds à Terre-Neuve.

    Force est de constater que la seule chose que nous avions véritablement à craindre de ce périple, c’était l’ennui.

  • Retrouvez ici mon récit sur Terre-Neuve.
  • Nous n’allions pas seulement à Terre-Neuve, nous allions dans un village de la côte Ouest de l’île qui n’avait ni rue, ni adresse et dont la ville la plus proche (comprenez bien: l’endroit le plus proche pour acheter à manger, se trouvait à plus de 45 minutes de route.) Le seul lieu public et commerçant aux alentours était le bureau de poste! Autant vous dire que sans occupation et vu les conditions météos, nous aurions pu finir fossilisés autour d’un poêle. Heureusement pour nous, nos hôtes ont su rendre ce séjour très intéressant pour bien des raisons…

 

  • Immersion en territoire «Do It Yourself with a big smile on your face»

  • C’est avec un grand soulagement et beaucoup d’enthousiasme que j’ai troqué mes gants de fermière pour des pinceaux et de la peinture. Nous avons en effet participé aux finitions matérielles de la première auberge écologique du Sud de l’île. L’auberge ouvrira ses portes à l’été prochain et nous sommes fiers d’y avoir laissé nos marques dans ses fondations. Lana & Roshni, nos hôtes pour ce volontariat avaient déjà bien avancé le travail alors même qu’elles vivaient là depuis moins d’un an. Le terrain et la maison était incroyablement grands (d’un point de vue français) et les projets de nos hôtes étaient du même acabit.

  • Pour vous planter le décor: imaginez une maison sur deux étages avec l’un d’eux entièrement privatif et le second réservé aux invités. L’espace pour les clients comportait un très grand espace commun avec bibliothèque, cuisine et terrasse extérieure, ainsi que trois chambres dont un dortoir. A l’extérieur, se trouvait une grande maison en bois qui deviendra prochainement un cinéma et plus loin, un grand hangar qui servira de «dancing-hall» et projets musicaux-dansants en tout genre. Entre ces bâtiments se trouvaient les futurs emplacements dédiés aux amateurs de camping écologique avec douches solaires et toilettes à composte. A l’avant, se trouvait la plus grande fierté de nos hôtes: leur potager dans lequel se situait également une serre en forme de dôme. Cela peut sembler peu comme infrastructure touristique, surtout s’il s’agit d’un point de vue d’un habitué du Club Med, mais ça le devient beaucoup moins lorsqu’on réalise qu’absolument tout a été conçu, pensé et réalisé par ces deux petits bouts de femme avec l’aide de quelques amis et volontaires seulement.

  • Tout ce projet m’a de suite emballé. Quoi de plus beau que d’ouvrir sa maison pour accueillir des voyageurs du monde entier, pour leur proposer non pas seulement une chambre où se reposer, mais tout un pan de culture et de divertissement à la canadienne, ainsi qu’une cuisine avec des aliments provenant tout droit du jardin et une attention toute particulière à l’énergie utilisée et au respect de la nature dans un milieu encore quasiment vierge de toute modification humaine. Oui, rien que ça! (Et c’est déjà beaucoup étant donné la longueur de cette phrase!)

  • Immersion en territoire artistique

  • Nous avons donc eu l’opportunité de faire travailler notre créativité durant ces quelques semaines à Terre-Neuve en participant aux dernières touches de décoration de cette future auberge. Peindre des murs, inventer, dessiner, créer des meubles, récupérer du matériel usagé pour en «faire du neuf» étaient nos principales occupations. J’ai adoré m’occuper de toutes ces petites choses, en étant toujours bien accompagnée par ma petite tribu de chatons que vous voyez ci-dessus.

Ici on s’est amusé à faire des décorations pour le potager, histoire que les touristes à venir ne se trompent pas en cueillant les légumes !

Et là, je me suis amusée à designer la pièce qui servira d’accueil pour les filles, en utilisant uniquement des matériaux récupérés dans la nature.


Et ici, ma première peinture murale, je suis assez fière de ma lune 😀

 

 

  • Immersion en territoire communautaire
  • Une immersion supplémentaire dans un milieu qui m’était totalement inconnu…

  • Comme je l’ai expliqué en début d’article, nous étions dans une petite ville bien enclavée dans la côte Ouest de l’île. Il devait y avoir une centaines d’habitants tout au plus et chaque quartier de cette vallée était découpé en plusieurs communautés. La-bas, tout le monde connaissait tout le monde. Chacun se rendait service de temps en temps et surtout tous se retrouvaient régulièrement plusieurs soirs par semaine pour se réunir dans une salle communale pour divers événements dont le plus récurent était: la pratique du DARTS.

  • Le DARTS comment vous dire…

  • C’est le sport national, la fierté de tout un peuple, la lune pour les étoiles… Trouvez un Newfie du sud qui n’y a jamais joué serait aussi tragique de de rencontrer un breton qui n’a jamais bu, c’est dire… Je ne vous vendrai pas plus de rêve, l’enjolivement s’arrête ici, le DARTS ce n’est rien d’autre que ce que nous connaissons sous le nom de fléchettes. Bien qu’en France ce jeu est loin derrière la pratique du billard qui tend à disparaître… ici ce n’est pas qu’un simple jeu, c’est une raison de vivre. Malheureusement pour moi, j’ai su à l’instant même où je franchissais la porte de cette salle que toute cette frénésie pour un jeu aussi aléatoire me pèserait très rapidement sur le système.

  • C’était bien me connaître… à la deuxième partie, je n’avais qu’une envie c’était d’aller siroter mon jus d’orange (non je ne suis toujours pas passer à la bière) mais impossible ! The show must go on ! A la quatrième partie lorsque mes co-équipiers m’ont annoncé que c’était la pause, je jubilais à l’idée de ne plus à avoir à lancer de fléchettes pendant 10 minutes consécutives…Manque de chance, la pause ne dura que cinq minutes et on en enchaîna sur trois puis quatre parties supplémentaires, où je ne m’efforçais même plus de viser la cible tant ce jeu me rendait folle. Avec du recul, j’aurai pu apprécier cette soirée pour son côté inouïe mais l’insistance qui a suivi tous les jours suivants pour qu’on retourne s’enchaîner 10 parties de Darts sans même avoir l’occasion de parler à son voisin de table me désespérait plus qu’autre chose. Nous avons préfèré ne pas nous forcer à faire quelque chose qui ne nous mettait pas à l’aise pour nous plonger corps et âme dans un tout autre projet : un numéro de danse incroyablement majestueux et acrobatique pour la clôture du carnaval. Nous avions pour cela décidé de mettre la France à l’honneur avec l’une de ses chansons les plus emblématiques, interprétée par l’illustre Plastic Bertrand. Vous voyez de quoi je parle ?! Autant vous dire qu’on en a fait tourner des serviettes après ce show éblouissant…

Ça plane pour nous au Canada, notre premier moment de gloire.

 

    • Immersion en territoire végan

    L’immersion la plus totale et la plus incroyable restera tout de même celle au véganisme.

  • N’étant pas à végétarienne du tout à la base (la vie serait tellement triste sans charcuterie) l’absence de viande était déjà un pas vers l’inconnu. Rien d’insurmontable de mon côté, mais là où ça se compliquait c’était par rapport aux produits laitiers et aux œufs… Si je n’avais pas trop de difficulté à ne pas boire de lait ni à manger de fromage pendant plusieurs semaines, l’absence d’œufs allait me poser de sérieux problèmes :  pas de gâteaux, pas de quiche, pas de crêpes… Autant enlever l’eau à la mer !

    J’avais aussi de grands doutes quant à ma capacité à me nourrir quasi-exclusivement de légumes et de fruits séchés. Au final, l’expérience fut pour moi très bénéfique, d’une part car je me suis surprise à adorer tous les plats cuisinés et à ne pas ressentir de sensation de faim à la fin des repas. Mais je ne vais pas vous mentir, l’absence de féculent était toutefois douloureuse vers la fin, on a d’ailleurs craqué à plusieurs reprises en cuisinant des pâtes aux légumes.

    J’aurai appris de nombreuses nouvelles recettes dont celle du tiramisu composé à 80% d’haricots blancs,mais j’aurai surtout compris que ce mode de vie n’est pas pour moi. Je sens les vegans convaincus s’attrister en lisant ces mots. Je sais bien que tout changement de style de vie implique une certaine période d’adaptation, mais je ne m’attendais pas à voir les effets bénéfiques du véganisme apparaître immédiatement, ventre plat et sensation de légèreté, accompagné de tous ses effets négatifs en même temps. Mon organisme a été totalement dévasté en très peu de temps et durant des semaines : mal de ventre permanent, vidanges au rythme de 4 à 5x par jour, sensation de faim constante, manque d’énergie et perturbation hormonale totale… Vous me direz que le changement était sans doute trop brutale et que l’absence quasi totale de féculents étaient peu être excessif pour ce faire un avis définitif sur le véganisme, je vous l’accord. Malgré tout, avec toute la volonté du monde, je ne trouve pas que le véganisme soit la voie du « manger mieux » en ce qui me concerne, je considère que c’est la nourriture qui nous rend heureux de manger qui nous permet de vivre mieux, pour cette raison, je ne pourrais jamais dire non aux œufs, et encore moins aux tiramisu bien gras, bien crémeux ! Même si je comprends l’idéologie qu’il y a derrière le végétarisme et que je soutiens totalement, je comprends beaucoup moins celle du véganisme, surtout après avoir travaillé dans une ferme et avoir consommé mes propres œufs de poule et le lait des vaches présentes. C’est un grand débat, mais dans un pays comme le Canada, où tout s’achète congelé, les fruits, les légumes, la viande, et où les principaux cafés/lieux de restauration sont des fast-foods totalement anti-végétariens, le véganisme reste quelque chose de très en marge pour ceux qui ne vivent pas dans les grandes villes, et cela mène malheureusement  à une alimentation saine, certes, mais totalement déséquilibrée. 

    Un volontariat supplémentaire au Canada qui nous aura ouvert davantage les yeux sur plein de choses et fait remettre en question pas mal de sujets.

    A bientôt !