Canadian Winter Road Trip – EAST 1

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Paris – Sarajevo

J’ai découvert dans une libraire de Québec, toute une collection de bouquins Folio à 2 Euros ayant pour thème «l’éloge»: éloge des vacances, l’éloge de la douceur, l’éloge de la sensualité…

Celui qui a retenu mon attention avait une couverture étrange avec une moitié de cadran solaire, il portait le nom de « Petit éloge du temps comme il va ». C’est le deuxième livre que je lis sur le sol Canadien. J’ai sauté sur ce livre parce-que je connaissais déjà l’auteur pour un de ses précédents ouvrages: L’art difficile de ne presque rien faire. Moi forcément, ça me parle.

J’étais à quelques pages de la fin, quand nous avons pris la route vers l’Est, pour rejoindre les Provinces Maritimes. Nous avons quitté notre deuxième volontariat au Québec pour rejoindre Terre-Neuve en moins de cinq jours. Sur la carte, ça ne semblait pas si loin, et pourtant le premier jour que nous avons passé à bord de notre van, nous a pris pas loin de 10h de route, uniquement pour rejoindre Moncton au New-Brunswick, (qui est seulement la province accolée au Québec). La route était longue, droite et difficile (beaucoup de neige, beaucoup de pluie, beaucoup de vent). Arrivés vers Minuit à destination, après un arrêt désespéré sur un parking désert pour manger un Subway (le deuxième de ma vie), je lis quelques lignes du dernier chapitre de mon livre et tombe sur un nom qui m’est familier : Sylvain Tesson. Une sensation étrange me transperce, une de celles qui vous saisie pour vous dire : tu aurais pu écrire ces mots, tu aurais pu citer cette phrase, tu aurais pu donner cette référence. Mes yeux se baladent à travers les pages et redécouvre toute une tirade de Sylvain Tesson sur le voyage, celle-là même qui m’avait inspiré la création de cette vidéo.

 

Une de mes plus grosses envies au Canada était d’aller découvrir l’Ile du Prince-Edouard, cette province dont on ne parle jamais et qui est pourtant la plus densément peuplé du Canada (du fait de sa taille). Même si l’île entière semblait être en hibernation pour la saison, rien que pour traverser le fameux pont de 13km qui relie l’île au continent, cela valait le coup.

 

 

Le temps suspendu

Cette citation de Sylvain Tesson faisait notamment référence à la notion de ralentissement du temps lorsque nous voyageons. Et en effet, depuis que nous sommes partis, le temps semble s’être arrêté. J’ai du mal à croire que cela ne fait que deux mois que nous sommes arrivés, tellement nous avons fait de choses. Pour la première fois de ma vie, je ne cours pas après le temps, parfois après le sommeil (il y a des choses qui ne changent jamais); mais la meilleure des richesses nous l’avons enfin entre nos mains. C’est une sensation bien étrange, que de n’être attendu nulle part, de n’avoir personne à qui rendre des comptes, et de porter sa maison sur quatre roues. Il nous arrive très souvent de nous demander ce qu’on fait là, et ce premier road-trip hivernal aura été l’occasion de se poser davantage de questions.

 

Le problème du Carpe Diem

Voyager l’hiver au Canada, c’est une multitude d’émotions allant de la fascination à la consternation.

Les paysages que nous traversons valent la peine qu’on s’y déplace rien que pour les voir drapés de leur manteau de neige, pour expérimenter la solitude et l’immensité à son maximum, pour découvrir l’une des faces majeure de l’identité canadienne. C’est aussi un voyage qui nous fait nous rendre compte de la difficulté d’être des touristes en hiver. Tout est difficile. Trouver un logement, trouver où manger, trouver des endroits ouverts pour ne pas rester toute la journée dehors sous -15 degrés. Des questions qu’on ne se seraient jamais posées en hiver en Europe, parce-que tout y est bien plus urbanisé. Ce qui nous redonne le sourire quand avancer devient difficile, c’est de rencontrer tous ces Canadiens qui nous regardent avec étonnement et perplexité, incroyablement surpris de voir le chemin que nous avons parcouru pour nous retrouver devant leur yeux.

Pour toutes ces situations improbables que l’hiver nous fait vivre et toutes ces beautés incroyables qu’il nous fait découvrir, je ne regrette pas un instant ces 1900 kilomètres de route que nous avons parcouru jusqu’à Terre-Neuve, un Paris-Sarajevo express.

 

Parfois je lutte contre mon défaut majeur du « What’s next », vouloir toujours anticiper, fantasmer, programmer ce qui va suivre et cette incapacité de vivre au temps présent. Je repense à une autre citation de ce Petit éloge du temps comme il va, de Claudio Magris. Il disait:

Peut-être est-ce cela, le péché originel, être incapable d’aimer et d’être heureux, de vivre à fond le temps, l’instant, sans avoir la rage de le brûler, de le faire finir tout de suite. (…) Tuer le temps, forme édulcorée du suicide.

Nous avons encore tant à voir et à apprendre de nous-même, le chemin ne fait que commencer.

 

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