Bloqués à l’aéroport pendant plus de 35h : comment mal commencer un voyage.

Chroniques Mexicaines

PARTIE 1

Si on m’avait dit que je prendrai un avion en plein mois de janvier pour me rendre au Mexique de mon propre chef il y a quelques années de ça, je ne l’aurai sans doute pas cru.

Pendant longtemps, le Mexique ne me donnait pas du tout, mais alors pas du tout envie. J’avais passé une bonne partie de mon été 2015 à lire l’énorme pavé de Roberto Bolano, (que je dois toujours terminer), hautement inspiré de Ciudad Juarez, aka la ville au plus haut taux de féminicide au monde, entre la corruption omniprésente, la violence, et les disparitions inquiétantes, merci mais non merci.

Bien sur le Mexique m’inspirait aussi les plages paradisiaques aperçues dans l’ile de la tentation, les couleurs et la chaleur des tableaux de Frida Kahlo, et le charme des ruines mayas. Ce qui n’était malheureusement pas suffisant pour mettre ce pays sur la liste de ceux que je tenais vraiment à visiter un jour.

Tout a basculé après avoir posé les pieds au Québec il y a un an de ça : ma première rencontre avec un Mexicain = coup de foudre. Appelez moi influençable mais cette incroyable personne a réussi à me défaire d’une bonne partie de mes aprioris sur ce pays. Nos chemins se sont séparés lorsque nous avons quitté Québec. J’avais promis qu’on se retrouverait au Mexique sans savoir si ce serait dans 6 mois ou dans 10 ans. Promesse tenue 1 an plus tard, jour pour jour.

Nous voilà donc partis en plein mois de Janvier pour les régions les plus touristiques du Mexique : Quintana Roo et le Yucatan.

Enfin non, ne nous voilà pas partis.

Le décollage de notre avion en partance de Vancouver pour Cancun était prévu à 5h50 du matin, c’était tellement tôt qu’on ne pouvait pas prendre de transport en commun pour nous y rendre. On a donc pris le dernier métro et passé la nuit dans l’aéroport pour être sûr de ne pas louper l’avion.

Arrivés 5h en avance, on pensait que, pour une fois, on ne serait pas stressé avant le décollage.

NE JAMAIS CROIRE QUE TOUT VA BIEN SE PASSER.

7h50, nous sommes toujours en train d’attendre patiemment que notre avion se positionne à la sortie de la porte d’embarcation mais rien à faire, il n’est même pas sur le tarmac. Le panneau d’affichage indique que le vol est en retard (pour ceux qui ne l’auraient toujours pas compris), mais aucune explication ne nous est donnée.

8h50, le brouillard se lève, on nous prie de bien vouloir changer de porte d’embarcation. Pour calmer les impatients, des chèques repas nous sont distribués.

9h50, je regarde les avions décoller à la chaine et disparaitre dans le brouillard. J’ai arrêté de compter après le 20e décollage. Le notre n’est toujours pas là.

10h50, on nous demande de changer de porte d’embarcation. Les passagers sont toujours sereins.

11h50 on nous demande de changer de porte d’embarcation.

12h50 on nous propose de nouveaux chèques repas, mais les passagers sont désormais assez excédés face à l’attitude de la compagnie aérienne qui est incapable de donner la moindre explication sur la situation. Un agent nous explique que la situation météorologique est beaucoup trop délicate pour espérer partir prochainement. On le regarde, on regarde par la fenêtre. Le brouillard a disparu, on le regarde. On reregarde par la fenêtre et pointons du doigt les dizaines d’avion sur la piste prêt à décoller.

  •  Oui mais vous comprenez votre avion ne va pas dans le même sens du vent… Nous aurons plus d’informations d’ici 40 minutes.

Ça m’a coupé l’appétit.

J’attends 40 minutes dans le silence et le désarroi, pressentant comme un malaise à venir.

 Je deviens impatiente et je passe mon temps à faire des allers retours jusqu’aux hôtesses.

  • 6 h plus tard, vous ne savez toujours pas ce qui se passe ?!
  • Non.
  • FANTASTIQUE, MERCI.

Finalement, sans nouvelle au bout de 40 minutes, on décide d’aller faire une razzia de bouffe, sait-on jamais que l’avion arrive soudainement et que notre départ soit précipité…

On venait à peine de se mettre à table que je vois tout autour de nous les autres passagers de notre avion s’affairer pour repartir à la porte d’embarcation. Les panneaux d’affichage n’indiquent toujours rien, je finis mon repas en paix en me disant que cette agitation doit surement vouloir dire qu’il y a du nouveau.

En arrivant à la porte d’embarcation, nous constatons que tous les passagers sont debout, valises à la main devant les hôtesses. Serait-on enfin sur le point d’embarquer?

En se rapprochant, on constate qu’il n’y a toujours pas d’avion et en tendant l’oreille… que les gens se hurlent dessus. Mon sentiment de malaise se renforce à mesure qu’on se rapproche de la foule. On se faufile entre les gens. On ne comprend pas ce qu’il se passe. Tout le monde parle en même temps, c’est un cauchemar. On finit par attraper un petit steward qui s’était mis à l’écart pour comprendre de quoi il s’agit.

Le vol est annulé. Voilà ce qu’il se passe.

  • Ah et donc, qu’est qu’on fait maintenant ?
  • Vous pouvez prendre le prochain avion !
  • Ah ça c’est une bonne nouvelle, il est à quelle heure ?
  • Je ne sais pas.
  • Comment ça ?
  • Il faut voir avec la manager, il est à la fin de la semaine.
  • Qui est à la fin de la semaine ?
  • Le prochain avion! Il est dans 4 jours.
  • Est-ce que c’est une blague ? Notre vol retour est dans 7 jours, on ne va pas partir dans 4 jours.
  •  Oh, vous pouvez essayer de vous faire rembourser ce vol si vous préférez mais ce n’est pas garanti.

Je vous passe les détails sur notre réaction.

Entre les hôtesses antipathiques, le manque de communication et d’honnêteté de la compagnie… On a quand même fini par savoir la vérité. Le pilote qui devait faire atterrir l’avion que nous devions prendre avait détourné celui-ci en plein vol, laissant à l’intérieur une centaine de passagers assis pendant plus de 10h, avec l’impossibilité de pouvoir sortir puisqu’il n’était pas autorisé à atterrir sur cet aéroport.

La raison ? Le pilote aurait paniqué à la vue de la situation météorologique, d’autant plus qu’il n’était pas certifié pour piloter. Non je vous assure ce n’est pas une blague.

De notre côté, la compagnie INTERJET, je cite bien son nom:

I N T E R J E T

(ne prenez JAMAIS cette compagnie), nous pressait pour que nous rentrions chez nous. Au lieu de quoi, on s’est pris le chou pendant 2h avec les agents de la compagnie, je refusais de partir sans avoir la certitude de me faire rembourser pour leur incompétence. Après que la manager m’ait regardé droit dans les yeux en me disant :

– Ce n’est pas dans notre politique de rembourser qui que ce soit. C’est pour votre sécurité que le vol est annulé.

Je voyais rouge, ne parlons pas de mon copain.

La police est arrivée pour nous dissuader d’en venir à la violence physique, alors même que nous n’étions plus qu’un petit groupe de 20 personnes sur la centaine de passagers initiale, décidés à ne pas quitter l’aéroport sans solution.

Après 2h d’acharnement, la manager revient vers nous pour nous dire que nous avons un vol le soir même, comme par miracle.

Soulagement.

Pas pour longtemps.

Le vol n’atterri pas à Cancun mais à Mexico City… Ce qui laisse imaginer que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.

Notre vol pour Mexico City est prévu pour 21h00. Nous attendons donc plus de 6h, pour ressortir de l’aéroport, s’enregistrer à nouveau et repasser les contrôles.

A 18h pétantes, tous les passagers de notre vol du matin sont déjà entrain de faire la queue au guichet d’enregistrement. Pour ma part, cela fait quasiment 48h que je n’ai pas dormi puisque je travaillais de nuit la veille, alors je sens que la moindre contrariété supplémentaire pourrait me faire massacrer quelqu’un en plein milieu du hall de l’aéroport à coup de sac Quechua.

19h00 passent, il n’y a toujours personne au guichet. Je revois mon visage se tourner vers le panneau d’affichage et voir le statut de notre vol s’actualiser de “à l’heure” à “vol annulé”.

Rire nerveux.

Je pars en furie à la recherche d’une personne de la compagnie. On dirait qu’ils se planquent, comme c’est étrange. Un tel manque de professionnalisme, c’est tellement fou que je ne sais plus quoi dire. L’un des employés de l’aéroport fait mine de compatir à mon désarroi, je m’en retourne retrouver ma tribu dans la file d’attente.

Quelques 45 minutes plus tard, la manager avec qui on a eu affaire toute la journée, arrive nonchalamment mais sure d’elle. A distance, elle nous fait signe de ne pas l’insulter tout de suite, elle tient des papiers dans sa main et nous assure que tout va bien. Le vol est bien annulé mais ils ont trouvé une solution…

Nous allons prendre notre avion dans un autre aéroport.

Il est presque 20h, finalement j’ai envie de rentrer chez moi.

La situation s’arrange, l’avion entier monte dans 3 bus en direction d’un autre aéroport de Vancouver qui se situe à quelques 60 kilomètres de là.

22h nous sommes enfin dans l’avion, ceinturés, fatigués, dégoutés. L’avion décolle.

A coté de moi, un indien (d’Inde,je précise), 70 ans passés, se frotte à moi pendant tout le vol. Je le regarde fixement pendant 2 bonnes minutes. Il me sourit, je l’insulte du regard. Mes yeux injectés de sang due à la fatigue le dissuadent de me faire chier plus longtemps.

Le vol est désagréable. Heureusement on nous donne des chips en guise de repas et du soda.

Je crois que je vais vomir.

5h plus tard, nous avons survécu et nous voilà à Mexico City, sans billet d’avion pour notre correspondance jusqu’ à Cancun.

En parfait naïfs que nous sommes, nous pensions que les agents à Mexico City étaient au courant de ce qu’il s’était passé avec notre avion… Pas du tout.

Incompréhension totale. Nous avons la surprise de découvrir que dans la ville la plus peuplée du monde, personne ne parle anglais aux guichets de notre compagnie aérienne. Par chance après quelques essais infructueux en espagnol, nous tombons sur un agent qui parle français, mais qui ne comprend strictement rien à notre histoire.

Notre correspondance était censée partir le matin meme pour nous faire arriver en début d’après-midi. L’agent fait mine de s’occuper de nos billets, nous les tend en nous expliquant d’aller attendre dans une salle. On ne comprend pas tout mais je constate juste que les billets qu’il nous a donné indiquent que nous partons dans l’après-midi pour arriver en fin de soirée…

Je suis à bout.

Le problème est que si nous prenons cet avion, notre première nuit au Mexique se passera à dormir dans la rue, car ce vol arriverait tellement tard que nous serions dans l’incapacité d’accéder à notre auberge.

Je regarde autour de moi et je constate que nos amis passagers sont tous entrain de s’embrouiller avec les hôtesses en espagnol. Je comprends qu’ils essayent tous de nous entuber mais entre mon mauvais espagnol et leur incapacité à comprendre l’anglais, notre situation ne s’arrange pas. Notre tribu disparait soudainement, impossible de demander de l’aide à quiconque. Nous nous retrouvons seuls face à 4 hôtesses incompétentes, mâchouillant leur chewing-gum avec dédain. Nous leur demandons d’appeler leur manager, elles n’en font rien.

Apres avoir essayé la politesse, après avoir essayé la colère et la menace, le résultat est identique, rien n’y fait, personne ne veut rien savoir.

  • Estimez vous heureux d’avoir des billets déjà ! * Jamais contents ces connards de touristes.*
  • Peut-on parler à votre manager ?
  • Qui ca ? Connais-pas.

A deux doigts d’abandonner et de chercher un spot ou dormir sur la plage en arrivant. Je finis par aller voir une hôtesse de l’air qui finit son service. Je suis confiante parce qu’elle a un sac CACA GROS YEUX (vous savez le fameux émoticône), c est à ca qu’on reconnait les bonnes personnes, je vous le dis.

Par chance, c’est la seule personne que nous rencontrons qui parle anglais, qui accepte de nous écouter, et qui MIRACLE, décide de bien vouloir changer nos billets.

Nous sommes sauvés. GLOIRE AU CACA.

Notre avion décolle une heure plus tard.

Le vol est tout aussi laborieux que le précédant mais cette fois ci, nous avons des barres énergisantes en guise de repas. LE GRAND LUXE.

C’est à bout de nerfs que nous arrivons à Cancun.

Avec notre petite tribu du vol annulé, nous nous saluons chaleureusement, car nous avons passé plus de 30h laborieuses tous ensemble, à crier, jurer, taper des pieds, faire des blagues, retrouver le sourire et s effondrer de sommeil. Cela m’émeut un peu car tous ces gens étaient adorables et ont su garder leur trait d’humour jusqu’au bout.

Finalement, la compagnie Interjet ne se sera jamais excusée de quoi que ce soit. Nous n’avons reçu aucune preuve écrite attestant que le vol avait été annulé. La compagnie n’a remboursé personne parmi ceux qui n’ont pas pu prendre de vol de remplacement. Certains disent même que nous avons eu de la chance d’avoir eu des tickets repas.

Après avoir jeté un œil sur les procédures de remboursements pour vol annulé-retardé, je réalise que la compagnie est sacrement maligne. Grâce à un flou juridique bien pensé, il est impossible d’obtenir un dédommagement provenant de compagnies mexicaines. Mais si vous avez la preuve du contraire, n’hésitez pas à m en parler.

Dans notre malheur, nous avons quand même fait de jolies rencontres et surmonté une nouvelle épreuve sans jamais abandonner. Notre séjour au Mexique en a été que plus intense.

Je vous parle de comment on s’est à nouveau retrouvé coincé à l’aéroport pour notre trajet retour ou vous en avez eu assez ??

La suite au prochain épisode…

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