APOCALYPSE COVID-19. L’expérience canadienne prend fin.

J’aurais bien aimé écrire ou réaliser un chef d’oeuvre tel que Apocalypse Now, Apocalypse Hitler ou encore Apocalypse Baby… Au lieu de ça, on se contentera tous de ce nouvel article que j’ai le plaisir d’intitulé en toute sobriété: APOCALYPSE COVID-19, qui s’annonce ô combien, rempli de rebondissements inattendus et d’un suspens insoutenable. 

Bonne lecture !

Previously // Dans l’épisode précédent :

Il y a 4 mois, je publiais un article sur mon premier mois de confinement à Vancouver dû à la pandémie mondiale. J’y exprimais à l’époque ma consternation face aux scènes d’hystéries collectives auxquelles j’avais pu assister et un certain soulagement d’avoir enfin des vacances reposantes. Je n’avais alors pas du tout imaginé que la situation s’éterniserait à ce point. Pourtant, c’est à travers ces 4 derniers mois où il ne s’est pour ainsi dire ABSOLUMENT RIEN passé, que nous avons dû faire le choix le plus important de notre expatriation: celui de rentrer en Europe.

Des années de thérapie gagnées en seulement 4 mois de confinement.

Je ne m’épancherai pas ici sur les raisons personnelles qui ont fait que ce confinement a été particulièrement éprouvant à vivre, mais vous parlerai bien volontiers du retour de mon bien aidé SAD. 

SAD porte très bien son nom, je n’en ai jamais parlé à personne, car j’ai moi même du mal à accepter son existence. Pourtant c’est le nom du mal qui vient me rendre visite à chaque fin d’hiver depuis que j’ai choisi de venir vivre au Canada. 

A la fin de notre premier hiver ici bas dans le Manitoba, je me suis sentie mal… très mal.

Je n’avais plus aucune force, plus aucune volonté pour quoique ce soit, alors que l’aventure venait seulement de commencer et que le meilleur était encore à venir. 

La deuxième année, après un second hiver passé cette fois-ci à Vancouver, c’était encore pire. J’étais assaillie des pires émotions qu’il soit. Les températures et la météo étaient incroyables pour un mois de Mai, et pourtant je n’avais à nouveau plus goût à rien. C’est grâce à mon école de yoga et en rencontrant plusieurs personnes souffrant de dépression que j’ai fini par comprendre que ce je vivais avait tout l’air d’être un SAD (Seasonal Affective Disorder).

Je n’avais jamais ressenti ça de ma vie auparavant. 

Bien sur, cela m’était déjà arrivé d’être déprimée plusieurs jours d’affilés, mais là c’était un sentiment qui ne me quittait plus durant des semaines. Mes penchants artistiques qui me faisaient plaisir à pratiquer chaque semaine m’ennuyaient au bout de 5 minutes. La seule activitée qui me procurait du plaisir et de la satisfaction à chaque moment libre, était de dormir. Je me sentais constamment fatiguée et pouvais m’endormir n’importe où, n’importe quand. Mon appétit était totalement déséquilibré; ma concentration pourtant si bonne auparavant était quasi-inexistante. J’étais en permanence déçue de tout et par tout le monde, à commencer par moi-même. Je n’avais plus aucune capacité à formuler des objectifs ou des désirs dans ma tête. 

Mon esprit flottait dans le néant d’un corps lui même vidé de toute énergie. 

Tant que je travaillais mon esprit pouvait se concentrer sur le moment présent, dès que je m’arrêtais c’était pour laisser couler mes larmes. Larmes automatiques qui m’exaspèraient au plus haut point, puisque j’etais bien incapable d’en identifier la raison. Rendez vous compte de l’absurdité de la situation ?! 

C’est dans cet absurde quotidien que j’avançais à la sortie de l’hiver 2019, et qui est revenu avec tout autant de force en plein confinement cette année. Toutes les conditions étaient réunies pour un cocktail explosif: une catastrophe planétaire, un environnement assez hostile (merci les voisins), des proches en mauvaise santé, un licenciement, un isolement qui s’éternise, un hiver qui n’en finit plus… WOOW, c’était la folie. 

Le SAD est un phénomène assez courant ici à Vancouver, la faute sans doute à un manque d’ensoleillement notable durant tout l’hiver, ce n’est pas pour rien que le surnom de cette dernière n’est autre que RAINcouver. Le seul avantage avec ce type de dépression est qu’il n’est heureusement, que de passage et se dissipe au bout de quelques semaines.

La ville seule n’est pas entièrement responsable de ce mal être saisonnier, mon travail en était le facteur principal. Scientifiquement, un nombre assez considérables d’études le prouve, travailler de nuit NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ. Ce qui à mon humble avis, devrait être inscrit sur les contrats de travail nocturne en lettres capitales. Ce qui inciterait sans doute les patrons à revoir les salaires de leurs employés nocturnes, car ici à Vancouver, travailler de nuit vous permettra juste d’éviter les bouchons en centre-ville mais absolument pas de gagner un centime de plus par rapport à un travail de jour.

Travailler de nuit provoque sur le long terme des maladies graves – BONJOUR CANCERS, et cause à court terme des problèmes: intestinaux, de sommeil, d’énergie, de stress, de peau, de cheveux, d’appétit, et ruine également toute possibilité d’avoir une vie sociale épanouie. Ceci additionné à cela, c’est toute une vie passée à frôler le burn-out et la dépression qui vous guette.  Ce n’était pas la première fois que je travaillais de nuit, mais c’était la première fois que je travaille aussi tôt (pour rappel pendant plus d’un an et demi je devais me lever à 1h30 du matin pour commencer mon travail à 3h). 

Bien sur, j’aurais pu changer de travail à n’importe quel moment, ce n’est pas les opportunités d’emploi qui manquent à Vancouver, mais j’aimais ce que je faisais, j’aimais mon équipe, et la fatigue m’empêchait de me poser les bonnes questions. Puis le temps à filé comme une étoile, la moitié de mon équipe a démissionné et le temps de mon PVT était écoulé.Je me suis alors retrouvée bloquée avec un nouveau permis de travail fermé dans ce même job en sous-effectif, au moment même ou à quelques centaines de kilomètres de là, naissait une pandémie mondiale.

Avoir le temps de se poser les bonnes questions et pouvoir prendre le temps de trouver les réponses fut un luxe pour lequel je remercie chaudement le covid.

Partir // Rester – Un choix qui n’a finalement rien de Cornélien.

Voilà maintenant deux ans, que notre routine effrénée à Vancouver, ne nous laissait pas franchement le temps de rêver à demain, à de nouveaux objectifs et à de nouvelles aventures. 

Quand bien même nous aurions eu le temps, le gouffre financier que représente la vie dans cette ville avec de bas salaires ne nous permettait pas de pouvoir planifier quoi que ce soit sur le long terme. 

Pendant un temps, quitte à galérer, je pensais que ce serait plus fun d’en profiter pour faire un PVT dans un nouveau pays. Très vite, je me suis vite rendue compte que je n’avais plus du tout envie d’une vie à vagabonder dans tous les sens. Comme une envie de ne pas arriver à la trentaine et de vivre toujours entourée que de meubles en cartons et de backpacks à moitié défaits ; comme une envie de passer à une autre étape de la vie, si possible un peu plus sereine mais surtout plus épanouissante, car à Vancouver, cela faisait un bout de temps que ce n’était plus le cas. 

Contrairement à de nombreux pvtistes qui vivent ici, je n’ai jamais eu de coup de coeur pour cette ville, je m’étais déjà exprimée sur mon ressenti par rapport à celle-ci dans mon bilan des 6 mois, et j’y reviendrais avec plaisir dans mon prochain article qui sera du coup le bilan de mes 2 années passées ici-bas. (Croyez-moi j’ai beaucoup de choses à dire, ce ne sera pas triste !)

Mon copain et moi avons pensé quelques temps à rester au Canada et repartir à l’Est, vers le Québec, qui avait été un bien plus grand coup de coeur après y avoir vécu un peu plus de 2 mois. Toutefois, de multiples raisons nous ont poussé à ne pas prendre cette décision: la principale étant l’envie de nous rapprocher de nos familles et de nos amis, que nous n’avons pas revu depuis 3 ans (le prix à payer avec seulement 10 jours de congés payés par an). 

Pour autant pour les mêmes raisons qui nous ont fait quitter la France, nous n’avions pas non plus envie de retourner y vivre, alors que faire ?! 

Après l’apocalypse…

La réponse est pourtant évidente et je m’en veux d’être passée à côté depuis si longtemps. 

Mon copain est d’origine Suisse, c’est une information que j’avais mise dans un coin de mon cerveau, sans jamais trop y songer. Au tout début de notre relation, il m’avait proposé d’aller nous y installer, suggestion que je n’avais pas vraiment prise la peine d’étudier avec attention, car pour moi la Suisse était tout sauf synonyme d’aventures. Étant à moins de 200 km du domicile de mes parents, cela m’emballait tout autant que la possibilité d’aller faire un PVT au Luxembourg (no offence les Luxembourgeois!) or dans la première moitié de ma vingtaine, je ne rêvais que d’aventures au bout du monde et si possible sur le continent Américain. Je ne connaissais rien à la Suisse. J’en avais juste vu des cartes postales et gardais un souvenir pas franchement très gai de ses douaniers germaniques. Etant donné nos domaines d’études, (rappelons que nous étions tous deux dans le cinéma), je ne voyais pas bien qu’est ce qu’on aurait bien pu glander en Suisse. Et puis, il y a eu l’aventure Canadienne, qui nous a fait changer de manière diamétralement opposée nos trajectoires professionnelles et nos aspirations par rapport aux environnements dans lesquels nous voulions évoluer…

C’est pourquoi, après un an à Vancouver j’ai commencé à y repenser, étant donné les métiers que nous avons commencé à exercer (mon copain étant fromager et moi pâtissière), la Suisse devenait tout d’un coup le pays idéal pour continuer nos petites vies de manière bien plus paisible que dans le fracas Vancouvérois. 

Je me suis beaucoup renseignée sur la Suisse. Après une première expatriation où je m’étais dit: ‘on découvrira sur place, pas la peine d’étudier la sociologie et le système politique canadien’, je voulais que celle-ci soit beaucoup plus réfléchie. J’avais envie de savoir exactement ce qui m’attendait pour ne pas découvrir le pot aux roses une fois sur place, comme ce fut le cas ici. 

Très vite, je me suis rendue compte qu’en dehors de la beauté incroyable de ses paysages, j’étais aussi séduite par son modèle social et politique. Ne voulant plus jamais vivre dans une grande ville, nous n’avons que l’embarras du choix pour nous trouver une ville à taille humaine ou un petit village au coeur d’une montagne. S’il y a bien un enseignement que je tire de notre première expatriation: c’est de laisser une chance au destin de nous aiguiller sans avoir d’idées arrêtées sur un endroit où nous installer. Nous verrons sur place. 

Grâce à ce précieux Covid, nous avons aussi eu le bonheur inespéré de voir nos économies fleurir au moment où nous nous y attendions le moins. Encore une chose, qui nous a fait comprendre que la vie ici n’était pas viable: se rendre compte que nous gagnons un bien meilleur salaire en temps de confinement, (sans travailler donc – merci aide fédérale), qu’en épuisant nos santés au travail. Ce qui nous permet aujourdhui davancer la date de notre depart à l’automne prochain, ce qui etait il y a encore 4 mois inenvisageable.

L’apocalypse ne fut finalement pas de si mauvais augure pour tout le monde. Pour nous en tout cas, ce fut sans aucun doute l’événement salvateur de ce début de décennie et le signe qu’il était temps de passer à de nouvelles aventures.

On se retrouve tout bientôt, je vous concocte dès à présent deux articles spécialement dédiés à Vancouver avant notre départ 😉

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