A V R I L – F A T I G U E

 

 

 

Mercredi 4 Avril 2018

 

Je suis fatiguée.

Je n’ai pas besoin de sommeil non.

J’écris ces mots et je suis en week-end prolongé de trois jours.

J’ai dormi 8h et 35 minutes la nuit dernière.

Notre matelas me donne certes quelques douleurs au dos mais je suis reposée comme il faut.

C’est une fatigue plus insidieuse…

De temps à autre, je prends du magnésium pour combler les carences qu’apportent mes longues journées d’hiver.

J’ai beau dormir manger à ma faim, parfois je n’ai malgré tout aucune force autant mentalement que physiquement.

Mon corps me fait mal.

Chaque jour, une autre partie de mon corps réclame mon attention.

Mon esprit souffre du vide.

Que se passe t-il?

Je suis fatiguée du chemin parcouru.

Je pensais que le stress dû au voyage serait moindre une fois sur place, en réalité il est tout aussi présent mais sous une autre forme.

Il ne se manifeste qu’en arrière plan, par des sauts d’humeur, des migraines ou des douleurs abdominales qui sévissent à peu près n’importe quand et n’importe où, la plupart du temps quand tout va bien.

Une bonne journée se termine et soudainement, le cerveau vrille: «qu’est qu’on fait-là?»

C’est fatiguant.

Je suis fatiguée de n’être plus qu’une ombre de moi-même.

C’est peut-être bête et superficiel mais le fait de ne plus rien avoir ici s’avère parfois compliqué.

J’apprends le minimalisme, certes, mais j’apprends surtout à enterrer une partie de moi, malgré moi.

Porter les même vêtements tous les jours, manger les mêmes plats simplifiés au possible par manque de place et de matériel.

Ne plus porter la moindre parure.

Ne plus se maquiller.

Ne plus s’habiller autrement qu’en oignon.

Ne plus pouvoir prendre soin de ses cheveux et ressembler en permanence à une chaussette en fin de vie.

C’est fatiguant.

Je suis fatiguée de toutes les fausses joies auxquelles j’ai droit.

Déceptions climatiques comme déceptions humaines.

Les marchands de pluie qui nous annoncent l’arrivée du printemps alors qu’une tempête de neige d’une semaine se prépare.

Ainsi que les personnes que l’on rencontre qui pour, je ne sais quelle raison, nous promettent mille et une chose sans en réaliser aucune.

Ces personnes qui le temps d’un instant deviennent notre unique famille et qui dès que tu tournes le dos, t’oublient pour mieux te remplacer.

Pour une personne qui s’attache très facilement aux gens, c’est fatiguant.

Dans un contexte où vous n’avez ni maison, ni travail fixe, aucune sécurité financière et aucune idée de ce que vous allez faire le lendemain, la moindre contrariété devient un motif d’épuisement. Une seule chose ne va pas et c’est l’ensemble qui est remis en question.

Il est tellement dur d’avoir des repères que lorsqu’on me demande ce qui me manque le plus ici, j’ai envie de répondre: rien et tout à la fois.

Parfois je me demande si je suis bien faite pour voyager et puis je me rappelle la personne que j’étais avant de partir.

Je n’aimais pas avoir un chez moi, je n’aimais pas avoir un travail fixe, je n’aimais pas la routine.

Ah oui, maintenant je me rappelle à quel point avant ce voyage, tout était déjà fatiguant…

Et voilà que je m’épuise à y songer.

Je me fatigue.

La fatigue en image.

 

[EDIT]: Nous sommes le 20 avril, les températures sont passées au dessus des 10 degrés, le soleil est doux et chaud, la neige n’a pas encore fondu, le lac est encore gelé, et bizarrement tout va beaucoup, beaucoup mieux.

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